Des milliers de migrants s'entassent à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Crédit : Reuters
Des milliers de migrants s'entassent à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Crédit : Reuters

La police polonaise a interpellé au cours des dernières 24 heures, plus de 50 migrants massés à la frontière avec la Biélorussie. Depuis lundi, des milliers de personnes ont afflué dans la zone dans l’espoir d’entrer en Pologne, membre de l’Union européenne, provoquant des tensions entre migrants et garde-frontières polonais.

Le porte-parole de la police régionale à Podlaskie, Tomasz Krupa a déclaré à l’AFP mercredi 10 novembre qu’au "cours des dernières 24 heures, la police [polonaise] a détenu plus de 50 personnes près de Bialowieza après qu'elles ont traversé illégalement la frontière". Selon lui, deux groupes séparés de migrants, dont certains se sont enfuis après avoir été arrêtés, sont impliqués.

Toujours à Podlaskie, la porte-parole des gardes-frontières, Katarzyna Zdanowicz, a déclaré que trois personnes - un Russe, un Lituanien et un Suédois - avaient été interpellées pour avoir contribué à "l'organisation de traversées illégales". Ils risquent huit ans de prison.

Le ministre de la Défense Mariusz Blaszczak a précisé que de petits groupes d’exilés tentaient encore mercredi matin de traverser la frontière avec la Biélorussie, membre de l’Union européenne et de l’Otan. "La situation n’est pas calme", a-t-il affirmé à la radio polonaise.

"Alors qu'il y a deux jours nous avions un grand groupe concentré près de Kuznica Bialostocka et qu'il y avait (...) une tentative de traverser de force la frontière, nous avons dorénavant affaire à des groupes plus petits, quoique fournis, qui attaquent simultanément la frontière polonaise en plusieurs endroits", a-t-il ajouté.

Depuis lundi, entre 3 000 et 4 000 migrants ont afflué vers la zone frontalière. Arrivés à la frontière, près du poste de Bruzgi-Kuznica, ils ont été stoppés net par les autorités polonaises - militaires, policiers et garde-frontières - déployées en nombre pour les empêcher d’entrer dans le pays.

Gaz lacrymogène et coup de feu

Des tensions ont alors éclaté avec les gardes polonais et biélorusses. Sur Twitter, des vidéos publiées par les garde-frontières polonais montrent certains exilés détruire la clôture à coups de pelle, ou à l’aide de troncs d’arbres. En réponse, ils sont gazés par les militaires et la police.

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De son côté, le ministère polonais de la Défense a tweeté mercredi deux courtes vidéos d’un tir présumé provenir d’un homme armé en uniforme, côté biélorusse de la frontière. Les images montrent un groupe de migrants, dont des enfants, debout près de la frontière du côté biélorusse.

Les autorités polonaises accusent les responsables biélorusses de menacer les exilés, pour qu'ils forcent la frontière. Le Premier ministre polonais a également pointé du doigt le président russe Vladimir Poutine comme étant le "commanditaire" de la vague de migrants tentant d’entrer en Pologne afin de déstabiliser l’Union européenne.

La Biélorussie a répliqué mercredi, en rejetant la faute sur Bruxelles, qui a envisagé mardi de prendre de nouvelles sanctions contre Minsk. "En vue d'une cinquième série de sanctions, dont ils parlent déjà à l'Ouest, le prétexte utilisé cette fois est la crise migratoire provoquée par l'UE et ses membres frontaliers de Biélorussie", a déclaré le chef de la diplomatie Vladimir Makeï, lors d'une rencontre avec son homologue russe à Moscou.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a abondé en affirmant que Minsk et Moscou avaient renforcé "efficacement leur collaboration pour contrer une campagne contre la Biélorussie déclenchée par Washington et ses alliés européens au sein d'organisations internationales".

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Empêchées d’un côté comme de l’autre d’entrer en Pologne ou de revenir en Biélorussie, des centaines de personnes tentent depuis cet été de survivre à la frontière, en pleine forêt et par des températures glaciales. Semaine après semaine, Varsovie comme Minsk multiplient les mesures anti-migrants, dégradant encore davantage leurs conditions de vie.

Dans les deux pays, les refoulements des exilés sont désormais inscrits dans la loi. Côté polonais, les autorités interdisent aux associations de leur venir en aide dans la zone frontalière, sous état d’urgence. Une décision lourde de conséquences : cet été, 10 migrants sont morts à la frontière. Dernier décès en date, celui d’un jeune Irakien, dont le corps a été retrouvé par les garde-frontières polonais.

 

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