Vue sur les montagnes depuis la ville de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil
Vue sur les montagnes depuis la ville de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil

Depuis un peu plus de deux semaines, les associations exhortent l'État à créer un centre d'accueil d'urgence pour les exilés, en complément du local des Terrasses Solidaires. Une requête balayée par la préfète des Hautes-Alpes, qui lui a préféré des contrôles supplémentaires à la frontière.

"C’est une fin de non-recevoir en bonne et due forme", regrette Max Duez, des Refuges Solidaires. Après plus de 15 jours de bras de fer avec les autorités, l'association a fini par recevoir une réponse. Martine Clavel, préfète des Hautes-Alpes l'assure : "Aucun dispositif d’accueil ne sera initié par nos soins", a-t-elle fait savoir à l’association dans un communiqué.

La création d’un centre d’accueil d’urgence pour les exilés près de la frontière franco-italienne est une requête défendue par les associations de Briançon depuis des années. Ces dernières semaines, elle s’est faite plus vindicative. Car les Terrasses Solidaires, nouveau local du Refuge Solidaire, d’une capacité de 80 places, n’est plus en mesure d’accueillir les migrants dans des conditions dignes et en toute sécurité. Le 25 octobre, l’association a donc temporairement fermé son local. Et n'envisageait de le rouvrir qu'à plusieurs conditions, dont celle d'une solution d'abri pérenne géré par l'État - ou si un nouveau centre d'accueil voyait le jour.

Des critères que Martine Clavel dépeint comme des "exigences", "voire des ultimatums à l’égard de l’État". Et donc, qu’elle ne satisfera pas.

Plus de contrôles à la frontière et au-delà

Si aucune solution d’hébergement pour les exilés n’est au programme, des "moyens supplémentaires" ont en revanche "été concentrés à la frontière afin d’entraver les passages illégaux, conformément aux lois régissant le droit au séjour en France", indique-t-elle.

Depuis la fermeture des Terrasses Solidaires, 200 gendarmes mobiles ont en effet été déployés dans la zone. "Il est important de rappeler que la mission du représentant de l’État dans le département est de faire appliquer la loi, en l’occurrence de s’assurer que toutes les personnes entrant sur le territoire national en ont le droit et ne représentent pas un risque pour la sécurité nationale", a réagi la préfecture auprès d’InfoMigrants.

Au-delà de la frontière, dans le Briançonnais même, les contrôles ont également été "renforcés". Et ils "se prolongeront durablement, débouchant sur des réadmissions ou des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) selon les cas". Un dispositif qui, selon Martine Clavel, "permet à ce stade une gestion maîtrisée des flux".

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Chaque nuit pourtant, des exilés - pour la plupart des Afghans - continuent d’arriver à Briançon après une route très périlleuse par les Alpes. D’après Max Duez, "56 personnes supplémentaires ont été accueillies par nos soins en début de semaine".

Elles ont été mises à l'abri, comme les autres migrants avant eux, sur un terrain de la paroisse Sainte-Catherine prêté par l’évêque de Gap et d’Embrun. Deux grands barnums ont été installés pour les protéger des intempéries. Certains, dont des familles avec enfants, sont également hébergés temporairement chez des habitants de la commune.

Huit exilés héliportés à l'hôpital

Une "situation de crise subit" par la ville, "alors que Briançon, ça n’est pas cela", a fait savoir son maire, Arnaud Murgia, sur la chaîne de télévision CNews. C'est aussi "des fortifications inscrites au patrimoine mondial de l’humanité".

Dans ce qu’il décrit comme "l’une des plus belles stations de ski des Alpes", la situation humanitaire est pourtant très préoccupante. Dans la soirée du dimanche 7 novembre vers 21 heures, les gendarmes de haute-montagne de Briançon ont porté secours "à un groupe de personnes migrantes en difficulté sur les hauteurs de Montgenèvre", à quelques kilomètres de là, rapporte Le Dauphine Libéré. "Huit exilés, souffrant d'hypothermie et de douleurs aux jambes, se sont retrouvés bloqués dans le secteur du mont Janus, dans leur tentative de passage de la frontière franco-italienne". Ils ont été héliportés vers le centre hospitalier de Briançon.

"Militariser la frontière comme le font les autorités incite les personnes à prendre des routes moins surveillées et plus dangereuses. Ça ne fait qu’augmenter les accidents", fustige Max Duez. Cette même nuit, d’après le journal local, "les gendarmes ont aussi été mobilisés, avec des sapeurs-pompiers, jusqu'à 4 heures du matin par voie terrestre pour tenter de retrouver deux autres personnes migrantes en difficulté". À ce jour, elles n’ont pas été retrouvées.

 

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