Des gendarmes démantèlent un campement de migrants à Calais, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des gendarmes démantèlent un campement de migrants à Calais, en octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

En une semaine, le nouveau centre d'accueil de Calais a accueilli près de 1 400 personnes, pour la nuit. Une mise à l'abri temporaire, qui ne convainc pas vraiment les associations sur place. D'après elles, le "harcèlement" policier à l'égard des migrants n'a pas cessé. Les exilés sont toujours très régulièrement expulsés de leur lieu de vie, sans proposition de mises à l'abri systématique.

Une semaine après son ouverture, près de 1 400 personnes ont été accueillies dans le "centre d’accueil temporaire" ouvert à Calais, soit en moyenne 197 personnes chaque nuit, selon la préfecture. De grandes tentes blanches et 300 lits de camps ont été installés pour abriter les migrants, acheminés en bus après leur expulsion d’un campement.

Sur place, ils disposent d’une collation, de prises électriques pour recharger leur téléphone, de sanitaires, d’une brosse à dents ou encore d’une paire de tongs, détaille l’AFP. Sur les murs, des affiches rappellent les dangers liés à la traversée de la Manche en bateau.

"Pour ceux qui le souhaitent, des personnes de l’association locale mandatée sur place leur expliquent les démarches à suivre pour déposer une demande d’asile", a indiqué le directeur de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), Didier Leschi, à InfoMigrants.

Ce nouveau sas est une des mesures appliquées par l’État à la suite de la médiation menée avec les grévistes de la faim. Situé à 4 km du centre-ville, dans la zone des dunes, le hangar avait déjà accueilli, ponctuellement, des exilés lors des périodes de grand froid.


Le sas, d'une capacité de 300 places, est situé dans la zone des dunes, à Calais. Crédit : DR
Le sas, d'une capacité de 300 places, est situé dans la zone des dunes, à Calais. Crédit : DR


Les migrants peuvent désormais y passer la nuit, mais doivent quitter les lieux à 8h30. Ils sont ensuite redirigés vers des hébergements plus pérennes en dehors de Calais, dans "des foyers ou des centres d'accueil", "essentiellement dans les Hauts-de-France", avait précisé le directeur de l’Ofii. Pour autant, "tous ne souhaitent pas être conduits dans ces hébergements". Dans ce cas, ils sont alors contraints de quitter le bâtiment, et repartent dans le Calaisis.

La structure, d'une capacité de 300 places, a été mise en avant et défendue par Didier Leschi pour convaincre les militants de cesser la grève.

Des expulsions "tous les trois jours"

Mais pour les grévistes Anaïs Vogel et Ludovic Holbein, comme pour les associations qui les soutiennent, le sas et la fin annoncée des "évacuations surprises" ne suffisent pas. "Nous ne nous opposons pas à la structure en soi. Mais celle-ci ne répond pas à notre revendication principale : l'arrêt des traitements inhumains et dégradants sur les exilés, et une trêve des expulsions de cinq mois, pour l’hiver", explique Clara Houin, leur porte-parole.

D’après la militante, les "évacuations en flagrance, sans proposition de mises à l’abri" continuent dans le Calaisis, malgré la mise en place du sas. "La seule chose qui ait changé, c’est que ces expulsions ont lieu tous les trois jours, au lieu de deux auparavant".

Dimanche 7 novembre, un camp a été démantelé à Calais, lors duquel "police et CRS sont passés en force, gazant et nassant le groupe. Aucune sommation, aucune base légale, aucune traduction. Opération illégale", dénonce Utopia 56. Lors de ces démantèlements, "les affaires personnelles et les tentes des exilés sont toujours confisquées", déplore aussi Clara Houin.

"Les faits et gestes des forces de l'ordre sont scrutés"

"Il n'y pas de confiscations des affaires à Calais, où les faits et gestes des forces de l'ordre sont scrutés en permanence, estime de son côté Didier Leschi, qui tient à souligner qu'à "chaque évacuation ou démantèlement, des mises à l’abri sont proposées, et les migrants ont désormais un délai de 45 minutes pour regrouper leurs affaires, comme prévu par la médiation".

En ce qui concerne les expulsions, dites en flagrance [effectuées sans arrêté préfectoral, qui permet d'évacuer un campement avant même qu’une juridiction ait été saisie et se soit prononcée ndlr], le patron de l'Ofii les juge, lui, "nécessaires". "Au-delà d'un certain délai [qui s'étend sur 48h ndlr], les autorités sont dans l'obligation de saisir le tribunal de grande instance pour ordonner une évacuation. En attendant, les migrants restent sur place", explique-t-il.

La flagrance empêche donc la constitution de points de fixation. "Elle est inéluctable pour éviter la reconstitution de la lande. Si on les interrompt, on risque de se retrouver, à la fin de l'hiver, avec 3 000 personnes dans le Calaisis".

Des migrants "affamés"

Un mois après le début de la grève, le dialogue est dans l'impasse. Le 8 novembre, les associations ont d'ailleurs décliné l’invitation de la sous-préfète Véronique Deprez à une réunion sur la question, en présence du directeur de l'Ofii.

En cause ? La poursuite des expulsions, donc, mais aussi "l’arrêt des distributions d’eau et de nourriture depuis le 4 novembre" à Marck, une commune collée à Calais, "où survivent plusieurs centaines de personnes exilées", affirme Utopia 56 dans une lettre ouverte à la sous-préfète. D’après l’association, certains migrants, "affamés", n’ont pu accéder aux distributions de l’État "depuis sept jours".

>> À (re)lire : À Calais, l’État s’engage à proposer "systématiquement" un hébergement aux migrants

" Entre 700 à 900 repas sont distribués chaque jour aux exilés par La Vie active, répond Didier Leschi, la seule association mandatée par l’État pour la distribution de nourriture dans le centre-ville de Calais. Les exilés - 1 500 selon les associations, un millier selon Didier Leschi - y patientent dans l'espoir de traverser la Manche.

 

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