Des demandeurs d'asile devant un centre d'accueil près de Nicosie, le 9 novembre 2021. Crédit : Reuters
Des demandeurs d'asile devant un centre d'accueil près de Nicosie, le 9 novembre 2021. Crédit : Reuters

Chypre va demander à la Commission européenne le droit de suspendre les demandes d’asile des personnes "entrant illégalement dans le pays". L'île se dit débordée par les arrivées de migrants, dont le nombre a augmenté de 38% par rapport à l’ensemble de l’année 2020.

Le gouvernement chypriote cherche à limiter les arrivées de migrants dans le pays. Le président Nicos Anastasiades a tenu une réunion d’urgence mercredi 10 novembre avec ses ministres afin de prendre des mesures pour lutter contre l’augmentation de l’immigration clandestine.

"Une demande sera soumise à la Commission européenne pour qu’elle accorde à la République de Chypre le droit de suspendre les demandes d’asile des personnes entrant illégalement dans le pays", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Marios Pelekanos.

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Entre le 1er janvier et le 31 octobre, 10 868 exilés sont arrivés dans le pays selon les autorités, 8 870 selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Soit une augmentation d’environ 38% par rapport à l’ensemble de l’année 2020. Un chiffre à relativiser cependant, l’année dernière ayant été marquée par une baisse des arrivées dans de nombreux pays en raison de la pandémie de coronavirus. En 2019, 7 821 migrants avaient débarqué sur l’île, d’après les données de l’OIM.

Les arrivées de cette année s’ajoutent aux plus de 33 000 personnes résidant de manière illégale à Chypre, a précisé le porte-parole du gouvernement.

"Ghettoïsation dans les zones urbaines"

Toujours d’après Marios Pelekanos, les données montrent que l’île est confrontée à un "changement démographique" aux "effets socio-économiques aigus" en raison de "la crise des migrants". Les autorités s’inquiètent de "la ghettoïsation dans les zones urbaines", du nombre d’élèves issus de l’immigration en maternelle qui "dépasse 30%" et qui "atteint 16% dans l’enseignement primaire".

En juin 2020 déjà, Chypre avait durci sa politique migratoire pour faire face à l’explosion du nombre de demandes de protections déposées dans le pays ces dernières années. Nicosie a réduit le temps d’instruction des dossiers d’asile, qui tournait autour de trois à cinq ans, pour passer à 50 jours maximum.

Les autorités ont également décidé que les demandes déposées par des ressortissants de 21 pays considérés comme sûrs, dont l'Égypte, le Nigeria, la Bosnie, les Philippines ou encore le Vietnam, seraient immédiatement considérées comme "sans fondement" et donc rejetées. À moins que les demandeurs ne puissent prouver que leur vie est menacée en cas de retour dans le pays d'origine.

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Depuis cette nouvelle procédure, 5 671 demandes ont été rejetées, a indiqué mercredi le porte-parole du gouvernement.

La République de Chypre, reconnue par la communauté internationale, exerce son autorité sur la partie sud de l'île. Le tiers nord du pays est occupé par la Turquie depuis l'invasion en 1974 de l'armée turque, en réaction à un coup d'État de partisans d'une union de Chypre avec la Grèce.

La République de Chypre accuse la Turquie d’instrumentaliser les migrants en leur permettant de traverser la ligne de démarcation, longue de 180 km, séparant les communautés chypriote-grecque dans le sud et chypriote-turc dans le nord. La grande majorité des migrants arrivés cette année ont traversé la ligne verte, assure Marios Pelekanos.

 

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