La tente de MSF a été installée sur le terrain de la paroisse de la ville de Briançon. Crédit : DR
La tente de MSF a été installée sur le terrain de la paroisse de la ville de Briançon. Crédit : DR

Médecins sans frontières a installé ce week-end une tente humanitaire à Briançon, normalement déployée dans les pays en crise, pour héberger les migrants arrivant des Alpes italiennes. La tente chauffée peut accueillir une cinquantaine de personnes. Elle permet d'éviter aux exilés de dormir dehors et de mourir de froid par des nuits glaciales.

C’est une tente que l’on n’a pas l’habitude de voir dans les pays riches, comme la France. Et pourtant, samedi 13 novembre, Médecins sans frontières (MSF) a installé une immense tente humanitaire dans la ville de Briançon frontalière avec l’Italie. Le but : héberger en urgence des migrants ayant traversé les Alpes voisines depuis l’Italie.

"Il fait actuellement entre 0 et -10 degrés la nuit à Briançon", rappelle Alfred Spira, médecin et membre des Refuges solidaires, l’association qui vient en aide aux migrants à la frontière franco-italienne. "Il est impossible de passer la nuit dehors pour les exilés qui arrivent depuis la montagne."

Or, mis à part cette tente, aucune structure n’est ouverte pour accueillir les migrants. Les Terrasses Solidaires, seul refuge dans la ville, ont fermé leurs portes le mois dernier, saturé. "Cette tente humanitaire est très utile parce qu’elle permet aux exilés de ne pas mourir de froid", continue Alfred Spira.

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La tente de MSF, chauffée, d'une superficie de 100 m2, est capable d’accueillir une cinquantaine de personnes. "Cette nuit [entre le 14 et le 15 novembre], trois personnes sont arrivées", ajoute de son côté Philippe Wyon, membre des Refuges solidaires. "Il doit y avoir actuellement une trentaine de personnes abritées sous la tente. Elle n’est pas encore arrivée à saturation".


Des migrants traversent les Alpes, entre l'Italie et la France, en février 2021. Crédit : InfoMigrants
Des migrants traversent les Alpes, entre l'Italie et la France, en février 2021. Crédit : InfoMigrants


"Cette tente humanitaire existe pas par manque de moyens, mais par manque de volonté politique"

Il est extrêmement rare de voir ce genre de dispositif installé en France, au 21e siècle. "Ce qui est triste, c’est que nous sommes obligés d’avoir recours à des stratégies mis en place dans des États défaillants. Cette tente existe non pas par manque de moyens de la part de la France mais par manque de volonté politique."

Reste que cette installation n’est pas une solution à long-terme. "Déjà parce qu’il n’y a pas de sanitaires, pas de toilettes, pas de douches", précise le médecin Alfred Spira. "C’est juste une tente pour dormir au chaud". Ensuite parce qu’elle ne résout pas le problème de l’hébergement d’urgence des personnes exilées. "Cette tente met en évidence la carence de l’État français à assurer ses devoirs. Partout en France, il y a des hébergements qui, en complément de l’action des associations, permettent de mettre les gens à l’abri. À Briançon, ce n’est pas le cas."

Les Refuges solidaires demandent depuis des mois à la préfecture des Hautes-Alpes d’ouvrir un centre d’accueil pour les migrants dans la région. Mais la préfète des Hautes-Alpes Martine Clavel refuse et réplique que "l'État n'a pas pour mission d'organiser à la frontière la mise à l'abri durable de personnes entrées illégalement", faute d'avoir demandé l'asile dans leur premier pays d'entrée en Europe, l'Italie. Elle insiste sur le "maintien de l'ordre public".


Des voitures des forces de l'ordre françaises à Montgenèvre, au pied des Alpes. Crédit : Mehdi Chebil
Des voitures des forces de l'ordre françaises à Montgenèvre, au pied des Alpes. Crédit : Mehdi Chebil


300 migrants traversent les Alpes chaque semaine

Le maire LR de Briançon, Arnaud Murgia, condamne pour sa part à l'AFP "le rapport de force engagé avec l'État par les associations et qui prend en otage la ville et sa population".

Selon les estimations des associations, près de 300 migrants, en majorité des Afghans et des Iraniens, traversent actuellement chaque semaine à pied la frontière franco-italienne au niveau du col de Montgenèvre.

>> À (re)lire : Depuis l'Italie, des migrants déterminés à traverser les Alpes malgré les dangers

La ville des Hautes-Alpes, où les patrouilles terrestres en montagne, la gendarmerie, la Police aux frontières (PAF) et les militaires de la force Sentinelle, ont été renforcées, reste l'un des principaux points de passage de migrants entre l'Italie et la France depuis 2017.

Selon les autorités, depuis le début de l'année, près de 3 000 personnes en situation irrégulière ont été remises aux autorités italiennes (dont 40% d'Afghans) contre 1 200 en 2020 et 1 500 en 2019.

 

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