L''instagrameuse" Sabee Saïdi a posté des clichés d'elle et une vidéo qui la présentent sur une embarcation de fortune, partie de Tunisie en direction de l'Europe. Crédit : Pixabay
 L''instagrameuse" Sabee Saïdi a posté des clichés d'elle et une vidéo qui la présentent sur une embarcation de fortune, partie de Tunisie en direction de l'Europe. Crédit : Pixabay

Une traversée clandestine de la Méditerranée glamour. Depuis quelques jours, la polémique fait rage en Tunisie. Une jeune "instagrameuse" a posté des photos sur lesquelles on la voit poser à la façon d’un mannequin dans une petite embarcation en direction de l’Italie, selon ses dires. Une attitude qui n'est pas du goût de tout le monde, dans un pays où l'immigration clandestine est souvent synonyme de drames.

De notre correspondante à Tunis, 

L’air encore enfantin, maquillage et manucure parfaits, elle minaude devant l’objectif. Une scène banale à cela près qu’elle se déroule sur une embarcation de fortune, partie de Tunisie en direction des côtes italiennes. C’est en tout cas le récit que fait une jeune femme sur Instagram et qui déchaîne les passions en Tunisie depuis deux jours.

En plus de ces clichés glamour, la jeune femme a aussi diffusé une vidéo dans laquelle on la voit – toujours en pleine mer – dandiner de la tête au son d’une chanson populaire tunisienne qui a pour thématique la "harga", la traversée illégale vers l’Europe. Autour d’elle, la présence d’une dizaine de jeunes hommes chaudement vêtus semble accréditer le récit de la jeune fille, qui dit avoir 18 ans. 

"Harqa confort", "on a l’impression que tu es sur un yacht" ou encore "quelle inconscience", les commentaires déferlent par centaines depuis quelques jours. Certains l’accusant d’encourager l’immigration illégale avec ses posts.

Face à cette vague de réactions qu’elle n’a, semble-t-il, pas vues venir, la jeune femme s’est fendue d’un nouvel enregistrement dans lequel elle explique mal vivre la polémique et avoir des raisons valables de quitter la Tunisie, laissant derrière elle sa mère, morte d’inquiétude à l’en croire.

Traversée la fleur au fusil

Ce n’est pas la première fois que des jeunes sont accusés de s’embarquer la fleur au fusil dans la traversée vers l’Europe. En claquettes, en short, parfois avec leur chat ou leur chien sous le bras, les photos postées par certains candidats à l’exil interrogent sur leur conscience du danger qui les attend. 

Lors du dernier ramadan, période sacrée pour les producteurs de télénovelas tunisiennes, un feuilleton intitulé sobrement Harga et soutenu par l’Organisation internationale des migrations (OIM) a tenté d’alerter sur les dangers de l’immigration illégale. On y suit le parcours de Tunisiens de tous horizons en chemin vers leur rêve européen. Très vite, nombre d’entre eux déchantent et finissent par regretter leur décision. 

Mises en garde inaudibles

Des mises en garde qui restent inaudibles dans un pays où le taux de chômage des jeunes est endémique – 42,4% des moins de 25 ans seraient sans emploi, selon les dernières estimations –, le départ vers d’autres cieux reste donc souvent perçu comme le seul salut possible. Accusée de laisser faire et de ne pas reprendre ses clandestins, la Tunisie s’est attirée les foudres de Paris dernièrement. La France a annoncé réduire de 30% le nombre de visas délivrés à ses ressortissants tant qu’une solution n’était pas trouvée. 

Loin de ces considérations diplomatiques, quel avenir attend la dénommée Sabee Saïdi ? Celle qui approche désormais les 300 000 abonnés a promis de faire un live dès sa quarantaine achevée pour donner de ses nouvelles.

 

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