Une embarcation de 40 migrants quitte une plage de Wimereux, dans le nord de la France, pour tenter de rejoindre les côtes anglaises, le 24 novembre 2021. Crédit : Reuters
Une embarcation de 40 migrants quitte une plage de Wimereux, dans le nord de la France, pour tenter de rejoindre les côtes anglaises, le 24 novembre 2021. Crédit : Reuters

Au lendemain du dramatique naufrage au large de Calais qui a entraîné la mort de 27 migrants, dont des femmes et des enfants, cinq personnes, soupçonnées d'être des passeurs ont été arrêtées. L'enquête suit son cours : le canot gonflable serait parti de Dunkerque, et aurait ployé sous le poids de ses passagers.

Au lendemain du terrible naufrage qui a coûté la mort à 27 migrants dans la Manche, au large des côtes françaises, les premières arrestations ont eu lieu.

Cinq personnes, soupçonnées d’être des passeurs, ont été arrêtés entre hier et aujourd’hui. Selon le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, le cinquième trafiquant arrêté dans la nuit avait "une plaque d'immatriculation allemande". Il avait "acheté des zodiacs en Allemagne", a-t-il ajouté, indiquant n'avoir aucune précision sur les circonstances du drame.


Cinq passeurs ont été arrêtés à Calais entre le 24 et le 25 novembre 2021. Crédit : Picture alliance
Cinq passeurs ont été arrêtés à Calais entre le 24 et le 25 novembre 2021. Crédit : Picture alliance


Des premières informations commencent à émerger sur les victimes. On sait que parmi elles figurent 17 hommes, sept femmes. Il y aurait aussi un adolescent et 3 enfants, a précisé une source policière.

Deux survivants, un Irakien et un Somalien, sont dans un état stable. Ils étaient en "grave hypothermie hier" mais ils vont "un peu mieux aujourd'hui", a indiqué jeudi sur RTL le ministre de l'Intérieur, précisant qu'ils allaient être rapidement entendus.

La bateau était parti de Dunkerque

Le drame s'est déroulé sur un "long boat", un bateau gonflable fragile au fond souple dont l'utilisation par les passeurs s'est accrue depuis l'été. Le bateau était parti de Dunkerque, selon une source proche du dossier. L'épave a été saisie et sera examinée pour éclaircir les causes du naufrage, a indiqué la procureure.

"C’est la catastrophe que nous craignions depuis le début de la crise migratoire", a déclaré à Ouest-France Bernard Barron, président de la station SNSM de Boulogne-sur-Mer. Les migrants prennent désormais la mer sur des embarcations gonflables que nous appelons IRB. Ce sont des boudins flottants, conçus pour le transport au maximum de dix personnes, mais qui sont systématiquement surchargés".

Tout un arsenal juridique et policier a été mis en place suite à cette tragédie. La Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille a été saisie de l'enquête, ouverte pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs". Dans le même temps, la police aux frontières (PAF) et la gendarmerie maritime et l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et l'emploi des étrangers sans titre (Ocriest) ont aussi été saisis.

"Depuis le début de l'année, nous avons arrêté 1 500 passeurs"

Le Premier ministre Jean Castex a tenu en cette matinée de jeudi une réunion interministérielle sur "les traversées de migrants dans la Manche à la suite du naufrage dramatique". Sont présents notamment les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de la Justice, Eric Dupond-Moretti, des Armées, Florence Parly, des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le secrétaire d'Etat à l'Europe, Clément Beaune, a indiqué Matignon mercredi.

Jeudi, le ministre de l’Intérieur a également défendu son bilan. "Depuis le 1er janvier, nous avons arrêté 1 500 passeurs", a-t-il assuré en précisant que les trafiquants fonctionnaient comme des "organisations mafieuses" qui "relèvent du grand banditisme" avec l'utilisation notamment de "téléphones cryptés".

Déjà 34 morts dans la Manche en 2021

Avant ce naufrage, le 12 novembre, trois personnes sont mortes en tentant de rejoindre l’Angleterre. Quatre autres sont portées disparues. Le bilan des décès cette année s'élève donc pour l’heure à 34 morts. En 2020, six migrants avaient perdu la vie en mer et trois autres avaient été portées disparues. Quatre décès avaient été recensés en 2019.

Depuis des mois, le littoral nord de la France est militarisé pour empêcher les traversées de migrants vers l'Angleterre. Malgré cela, les tentatives se multiplient. Elles ont même doublé ces trois derniers mois, avait mis en garde vendredi dernier le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux.

Gérald Darmanin a annoncé lundi des moyens supplémentaires pour empêcher les traversées vers les côtes anglaises : des équipements ultra-modernes pour essayer de faire baisser les chiffres des départs dans la Manche.

Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l'année et 7 800 migrants avaient été sauvées, avait affirmé Philippe Dutrieux. Une tendance, avait-il remarqué, qui n'a pas baissé malgré les températures hivernales.

 

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