Les boxeurs afghans refusent de rentrer dans leur pays. Crédit : DR
Les boxeurs afghans refusent de rentrer dans leur pays. Crédit : DR

Douze boxeurs afghans et le secrétaire général de la Fédération afghane de boxe sont bloqués en Serbie, en attendant l'aide de pays étrangers. Ceux qui sont allés à Belgrade fin octobre pour participer à un championnat ont refusé de rentrer dans leur pays, de peur des représailles talibanes.

"Nous demandons à la communauté internationale de nous sauver." Waheedullah Hamidi a du mal à cacher son inquiétude. Joint par téléphone, le secrétaire général de la Fédération afghane de boxe est bloqué avec 12 athlètes à Belgrade, en Serbie, et craint un renvoi en Afghanistan, où les Taliban ont pris le pouvoir en août dernier.

Son équipe est arrivée dans la capitale serbe le 23 octobre pour disputer des matchs dans le cadre du championnat du monde amateurs créé par la Fédération internationale de boxe (AIBA) pour permettre aux athlètes dans l’incapacité de représenter leur pays de participer à la compétition.

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La fuite de Kaboul ne s’est pas faite sans difficultés. Visa iranien en poche payé à un intermédiaire, la délégation tente de prendre un vol pour Téhéran mais ne trouve pas de billets d’avion. Elle loue une voiture, traverse la frontière et parvient à atteindre la capitale iranienne. Elle demande alors un visa pour Belgrade à l’ambassade de Serbie. Après deux jours d’attente, les joueurs obtiennent le précieux sésame grâce à l’aide d’associations et peuvent prendre part à au championnat.

"En Afghanistan, nous craignons pour nos vies"

Les combats en Serbie passés, les boxeurs sont accompagnés à l’aéroport mais ils refusent de rentrer en Afghanistan, de peur des représailles. "Les Taliban considèrent que ce sport est contre la Charia [la loi islamique, ndlr]. Avant notre venue à Belgrade, les joueurs vivaient cachés et s’entrainaient clandestinement. Les Taliban sont venus me chercher plusieurs fois chez moi mais j’ai réussi à leur échapper. Depuis notre départ, nos familles ont reçu des menaces", explique Waheedullah Hamidi, dont le père, ancien président de la fédération afghane de boxe, a été assassiné par les Taliban en 2019 de 14 balles dans la tête.

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La délégation demande donc la prolongation de leur visa aux autorités serbes, qui refusent. À la place, les joueurs reçoivent une obligation de quitter le territoire avant le 28 novembre. "Le délai est bientôt expiré, nous ne savons plus quoi faire", soupire le secrétaire général.

"Nous sommes coincés ici. Nous ne pouvons pas rentrer en Afghanistan car nous craignons pour nos vies. Nous ne pouvons pas rester en Serbie car nous n’en avons pas le droit. On attend désespérément les réponses des pays étrangers", insiste Tawfiqullah Soleimani, membre de l’équipe nationale de boxe depuis six ans.

Le groupe a demandé à être évacué vers plusieurs pays, mais il a essuyé des refus de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Turquie, de la Suède et du Canada. La France, l’Italie et l’Espagne n’ont pour l’heure pas répondu à leur demande de protection.

 

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