Une épave de bateau utilisé par les migrants, sur les côtes françaises. Crédit : Reuters
Une épave de bateau utilisé par les migrants, sur les côtes françaises. Crédit : Reuters

Selon le témoignage d’un survivant du naufrage dans la Manche mercredi qui a fait 27 victimes, les garde-côtes britanniques ont ignoré les appels à l’aide des migrants en détresse, indique le média kurde Rudaw. Les autorités anglaises accusent, elles, les Français de n'avoir pas réagi.

Les détails de la traversée meurtrière de la Manche qui a fait 27 victimes mercredi 24 novembre commencent à arriver. Le média kurde Rudaw a recueilli le témoignage d’un survivant, Mohammed Shekha Ahmad, âgé de 21 ans. Ce dernier a raconté aux journalistes que malgré leurs appels de détresse, les autorités britanniques et françaises se sont renvoyées la balle pour procéder au sauvetage.

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Retour sur les évènements. Alors que le canot est engagé dans la Manche, il commence à prendre l’eau. Paniqués, les migrants contactent alors les garde-côtes français. "Nous leur avons dit que le moteur avait cessé de fonctionner et nous leur avons envoyé notre localisation", explique le jeune homme au média kurde. "Ils nous ont répondu qu’ils ne pouvaient pas nous aider car nous étions dans les eaux britanniques et qu’on devait joindre la Grande-Bretagne. On a alors appelé les Anglais mais ils nous ont dit de contacter les Français", continue-t-il.

Des allégations "complètement fausses"

Des propos corroborés, selon le média, par le témoignage d'une autre personne : le père du deuxième survivant. En contact avec son fils via Messenger, il a suivi l’avancée de l’embarcation grâce à la géolocalisation. L’homme est formel : le canot avait atteint les eaux anglaises. "Ils se sont noyés dans les eaux britanniques et les vagues ont emporté les corps dans les eaux françaises", affirme-t-il.

Joint par Rudaw, le ministère britannique des Affaires étrangères a nié ces allégations, les qualifiant de "complètement fausses". "L’incident s’est produit dans les eaux françaises. Dès que nous avons été alertés par les autorités françaises qui coordonnaient le sauvetage, nous avons déployé un hélicoptère pour les appuyer dans leur mission", a indiqué Patrick Dinham, responsable de la communication du ministère.

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Mohammed n’en démord pas. "La Grande-Bretagne aurait dû nous secourir car nous nous sommes noyés côté anglais. Ils n’ont rien fait pour nous", dit-il.

"Un garçon de ma région me tenait la main dans l'eau"

Le Kurde donne également des précisions sur le déroulé du drame. Tandis que le bateau se dégonflait, des passagers sont tombés à l’eau et ont tenté de s’accrocher à l’embarcation, se souvient-il. Mais épuisés, ils ont lâché l'embarcation les uns après les autres au bout de plusieurs heures.

"Un garçon de ma région me tenait la main dans l’eau. À un moment, il m’a demandé de le lâcher mais j’ai refusé. Il m’a répondu : ‘Je passe devant toi’. Je ne l’ai plus revu", raconte encore Mohammed. "J’ai vu la mort de mes propres yeux. Ce qui s'est passé est un crime, ce n'est pas le destin ou la volonté de Dieu. C'est un crime commis par les deux pays", affirme le jeune homme.

Ce sera finalement un ferry, contacté par deux pêcheurs, qui alertera les autorités et permettra de porter secours à l'embarcation. Ce naufrage est le pire drame migratoire jamais recensé dans la Manche. Plus de 300 migrants sont morts dans ce bras de mer entre la France et l'Angleterre depuis les années 2000, selon un décompte associatif.

 

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