Le camp de migrants à Grande-Synthe, près du canal de Bourbourg, le jeudi 25 novembre. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Le camp de migrants à Grande-Synthe, près du canal de Bourbourg, le jeudi 25 novembre. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants

Ce mardi 30 novembre, un énième camp de migrants a été évacué par les forces de l'ordre à Grande-Synthe, dans le nord de la France. Dans la ville, ces évacuations ont lieu "une fois par semaine, minimum", assurent les associations. Un "harcèlement" policier qui pousse toujours plus d'exilés à prendre la mer, au péril de leur vie.

Il était environ 8h ce matin à Grande-Synthe lorsque les forces de l’ordre ont investi le camp, où 400 personnes s’étaient installées en attendant de rejoindre le Royaume-Uni. Des ouvriers en combinaison ont procédé sur place au démontage des tentes et des abris en plastique. "Après la polémique sur la lacération des tentes, aucune n’a été découpée par les nettoyeurs. Mais toutes ont été jetées à la benne", indique sur Twitter le journaliste Louis Witter, présent sur place.

Des vidéos tournées par Reuters montrent des migrants quitter l’endroit, coincé entre une voie de chemin de fer désaffectée et le canal de Bourbourg. En file indienne, sous un ciel gris et les rafales de vent, ils marchent, cabas à la main pour certains, sac à dos pour d’autres. Hussein Hamid, un Kurde iranien de 25 ans interrogé par l’agence de presse, a tenté de quitter le camp à pied mais d’après lui, la police avait bloqué toutes les sorties.

"Ce matin, près de 20 vans de CRS encerclaient la zone", confirme une membre de l’association Human Rights Observer à InfoMigrants. Selon Reuters, c'est la deuxième fois que le jeune homme est expulsé. Lors de sa première expulsion, il avait été emmené en bus à Lyon, à 760 km de là.

"D’après les témoignages que nous avons recueillis, les migrants ont été forcés de monter dans ces bus - il y en avait cinq ou six - pour les amener dans des centres, on ne sait où. Comme d’habitude, cette opération n’a rien d’une ‘mise à l’abri’", dénonce-t-elle. D’après la militante, les exilés n’ont d'ailleurs pas été prévenus de cette opération, qu’elle considère plutôt comme "une expulsion, orchestrée pour empêcher coûte que coûte ‘les points de fixation’ redoutés par le gouvernement".

Un "harcèlement" qui pousse les migrants à prendre la mer

À Grande-Synthe, les démantèlements de camps de migrants ont lieu "une fois par semaine, minimum". Le 16 novembre dernier, un autre campement dans lequel vivaient près de 1 500 migrants avait été démantelé, "sur instruction" du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Selon Utopia 56, les migrants n'avaient là non plus pas été prévenus en amont. Et leurs affaires personnelles leur avaient été confisquées.

Pour les associations sur place, ce "harcèlement" policier et les conditions de vie très difficiles dans la région poussent toujours plus de migrants à prendre la mer, malgré les risques. C'est ce qu'avait constaté aussi InfoMigrants la semaine dernière lors d'un reportage dans le camp démantelé ce matin.

Parmi les personnes interrogées, toutes avaient déjà tenté de rejoindre l’Angleterre, au péril de leur vie. "La première fois, j’ai passé quatre heures dans l’eau. Nous étions 32 personnes et la police est venue nous chercher. La deuxième fois, je suis resté six heures dans l’eau", avait raconté Noujan, originaire du Kurdistan irakien. Il avait tenté une troisième fois de rejoindre les côtes britanniques mardi 23 novembre, la veille du pire naufrage qu'ait connu la Manche, dans lequel 27 personnes ont perdu la vie.

>> À (re)lire : "Bien sûr que j’ai peur" : à Grande Synthe et Calais, les migrants déterminés à partir malgré le naufrage meurtrier

Dont Maryam, une jeune femme kurde de 24 ans qui souhaitait rejoindre son fiancé. Mais aussi Kazhall Ahmad, une professeure de 46 ans originaire de la ville de Darbandikhan dans le Kurdistan irakien, et ses trois enfants de 22, 16 et 7 ans. Depuis lundi matin, leurs visages s’affichent dans les médias britanniques, bien que les autorités françaises n’aient toujours pas confirmé l’information.

Le photographe Abdul Saboor avait photographié la famille la semaine dernière, à Grande-Synthe justement, dans un autre campement. "Je faisais un reportage avec les journalistes du Times lorsque j’ai vu cette femme. Elle cherchait désespérément de l’eau, de la nourriture pour ses enfants, raconte le photographe afghan à La Voix du Nord. Elle m’a expliqué qu’elle voulait aller en Angleterre, elle était exténuée et n’avait pas dormi depuis plusieurs jours". D’après le Times, elle lui avait confié aussi "avoir peur à l’idée de traverser la Manche avec ses enfants".

 

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