Du côté polonais de la frontière, les forces de sécurité verrouillent les points de passage, le 8 novembre 2021. Crédit : Reuters
Du côté polonais de la frontière, les forces de sécurité verrouillent les points de passage, le 8 novembre 2021. Crédit : Reuters

Dans la nuit de mardi à mercredi, la Pologne a prolongé l'interdiction d'accès à sa frontière pour trois mois supplémentaires. La mesure s'applique à toute personne non-résidente dans la zone, ainsi qu'aux ONG d'aide aux migrants. Alors même que de nombreux exilés, dont des familles, tentent encore de survivre dans la forêt par des températures glaciales.

Pour accéder à la frontière avec la Biélorussie, il faudra encore patienter. Mardi 30 novembre, la Pologne a prolongé de trois mois supplémentaires l'interdiction d'accès à la région. Les nouvelles mesures, annoncées tard dans la soirée par le ministre de l'Intérieur Mariusz Kaminski, prolongent de facto, à partir de mercredi, l'état d'urgence introduit en septembre. Le texte a été immédiatement signé par le président Andrzej Duda.

En vertu de la loi polonaise, l'état d'urgence ne peut être décrété que pour une période maximale de trois mois. Ces nouvelles mesures n’ont donc été possibles qu’après l'adoption par le Parlement, contrôlé par les conservateurs nationalistes au pouvoir, d'un amendement à la loi sur la protection de la frontière donnant au ministre de l'Intérieur les pouvoirs de bloquer l'accès à la zone en cas d'incidents à la frontière.

D’après les nouvelles mesures, l'accès à la zone frontalière reste interdit à toute personne non-résidente, y compris aux membres des ONG aidant les migrants. Le Parlement a aussi rejeté les amendements du Sénat autorisant les journalistes à travailler librement dans la région frontalière. Mais ils pourront désormais demander une autorisation spéciale auprès des garde-frontières.

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Pour l'opposition et les organisations de droit de l'Homme, les mesures adoptées cette nuit donnent trop de pouvoirs au ministre de l'Intérieur et sont contraires à la Constitution polonaise.

Guerre "hybride"

Depuis cet été, de nombreux migrants tentent d’entrer dans l’Union européenne (UE) via les frontières polonaise, mais aussi lituanienne et ukrainienne, avec la Biélorussie. Bruxelles accuse le régime biélorusse d'avoir orchestré la crise des migrants et de mener une guerre "hybride" contre l’UE, ce que Minsk dément. Dernière menace en date du dirigeant Alexandre Loukachenko : la suspension des flux d'énergie russes, si la Pologne fermait sa frontière avec la Biélorussie, a rapporté mercredi l'agence de presse russe RIA.

En réponse à ces tensions, la Pologne multiplie les mesures anti-migrants. Des milliers de soldats, en appui aux garde-frontières, ont été déployés le long de la frontière, matérialisée par endroits par une clôture de fils barbelés. En octobre, Varsovie a même indiqué vouloir construire un mur, et installer des détecteurs de mouvement visant à empêcher quiconque de s'approcher à moins de 200 mètres, pour un montant total de 353 millions d’euros.

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De son côté, Human Rights Watch a estimé cette semaine que si "la Biélorussie a monté cette situation sans se soucier des conséquences humaines, la Pologne partage la responsabilité de la souffrance aiguë dans la zone frontalière", les deux pays se rendant coupables selon l'ONG de "graves violations des droits de l'Homme" à l'égard des migrants.

D’après les médias polonais, une douzaine de personnes au moins sont mortes, des deux côtés de la frontière, en essayant de franchir cette zone boisée pour entrer dans l'UE.

 

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