À la frontière Pologne-Biélorussie près de Kuznica, en Pologne, le 15 novembre 2021. Crédit : AP
À la frontière Pologne-Biélorussie près de Kuznica, en Pologne, le 15 novembre 2021. Crédit : AP

Des milliers de migrants sont toujours massés à la frontière biélorusse. L'Irak a rapatrié des centaines de volontaires mais parallèlement, les forces biélorusses continuent d'inciter les migrants à traverser la frontière vers l'Europe. Témoignages.

* BIELO / MIGRANTS _Enrobé Les Biélorusses aident à partir mais tabassent ceux qui échouent


Avec Oriane Verdier, du service International de RFI

Bahadin est l'une des figures du soulèvement populaire contre les autorités du Kurdistan irakien. En Biélorussie, il est devenu le contact de référence pour les Kurdes qui sont massés dans la zone tampon entre la Pologne et la Biélorussie et qui tentent de traverser la frontière vers l'Europe. 

"Chaque jour, les gens m'appellent quand ils sont bloqués et ils m'envoient leur localisation, explique-t-il. Il doit y avoir 200 personnes bloquées tout le long de la frontière, et ça, ce ne sont que ceux qui m'ont contacté. Ils se font rejeter par la police polonaise et se retrouvent bloqués entre les deux barbelés polonais et biélorusses."

Des pinces pour couper les barbelés

Selon Bahadin, les policiers biélorusses vont jusqu'à fournir des pinces pour ouvrir leur frontière et envoyer des migrants vers la Pologne. Mais s'ils échouent, ils sont roués de coups.

"Ils nous ont tapés pendant presque trois heures avec les crosses de leurs fusils et des matraques électriques, raconte Sirwan, l'ami de Bahadin. Ils ont lâché les chiens sur nous et puis ils nous ont ramenés dans un camp horrible sans nous donner ni eau ni nourriture. Au bout de deux jours et demi, ils nous ont finalement donné une bouteille d'eau pour les 21 personnes que nous étions. Une bouteille et un peu de pain. Et puis, ils nous ont ramenés dans ce hangar."

Sirwan a reçu de nouvelles sollicitations des policiers biélorusses pour retenter la traversée de nuit. 

"On nous propose d'aller en Irak ou en Pologne"

Bahadin renchérit le témoignage de son ami Sirwan. "Ici, les Biélorusses nous demandent qui veut rentrer en Irak et qui veut traverser la frontière. Si vous choisissez de traverser la frontière, vous vous faites refouler par les Polonais et là, les gens se retrouvent bloqués dans la zone tampon entre les deux pays. Parce qu'il y a deux grillages : le biélorusse d'abord, puis 500 ou 600 mètres plus loin, le polonais. Si vous voulez retourner vers Minsk, ils vous arrêtent et vous tabassent sévèrement. L'autre jour, sur 22 personnes, seule une est arrivée à entrer en Europe. Les autres sont revenues et se sont fait arrêter par les Biélorusses qui avaient des chiens."

La majorité des migrants a été rassemblée dans des hangars. Les autorités biélorusses ont également retrouvé deux morts près de leurs frontières. Ils accusent leurs voisins européens d'être responsables de ces drames. Sur place, les migrants craignent que le nombre de personnes mortes de froid soit bien plus élevé.

"Officiellement, deux corps ont été retrouvés dans cette zone tampon. Mais il y a sûrement d'autres personnes qui sont mortes de froid tout le long de la frontière et dont on n'a pas encore retrouvé le corps, estime Bahadin. Plusieurs personnes qui ont tenté la traversée ont dit avoir vu des cadavres."

D’après les médias polonais, une douzaine de personnes au moins sont mortes, des deux côtés de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, en essayant de franchir cette zone boisée pour entrer dans l'UE.

 

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