La police allemande a ouvert des hébergements supplémentaires pour faire face à un important flux migratoire, venu de Biélorussie. Crédit : Picture alliance
La police allemande a ouvert des hébergements supplémentaires pour faire face à un important flux migratoire, venu de Biélorussie. Crédit : Picture alliance

Ces derniers mois, des milliers de migrants sont arrivés en Allemagne par la frontière polonaise. InfoMigrants s’est rendu à Eisenhüttenstadt, où se trouve le principal centre d’accueil d'urgence pour demandeurs d’asile.

Aldo est assis sur une chaise roulante à l’extérieur du centre d’accueil pour demandeurs d’asile d'Eisenhüttenstadt, près de la frontière polonaise. Le Camerounais est né avec un handicap et se déplace généralement avec une prothèse de jambe. Mais pendant son long voyage jusqu’en Allemagne, il a développé de nouvelles douleurs, au point de ne plus parvenir à porter sa prothèse.


Aldo a traversé la Biélorussie et la Pologne pour arriver en Allemagne. Crédit : Majda Bouazza / InfoMigrants
Aldo a traversé la Biélorussie et la Pologne pour arriver en Allemagne. Crédit : Majda Bouazza / InfoMigrants


Aldo est arrivé à Eisenhüttenstadt début septembre. Il fait partie des quelque 450 migrants hébergés dans le centre d’accueil d'urgence que gère la ville, prévu pour pouvoir accueillir jusqu’à 2 000 personnes.

La région frontalière de Brandebourg possède cinq centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Les migrants y restent en moyenne quatre à cinq mois. D’autres n’y passent que quelque jours avant d’être transférés dans un autre établissement.

Plus de 5 000 arrivées en octobre

Depuis quatre mois, les villes allemandes à la frontière polonaise comme Eisenhüttenstadt, Francfort-sur-l’Oder ou encore Guben assistent à une arrivée continue de demandeurs d’asile venus de Biélorussie. La plupart d’entre eux, originaires du Moyen Orient, ont été incités par Minsk à traverser la frontière polonaise pour rejoindre l’Union européenne (UE).

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Au mois d’octobre, la police allemande a ainsi enregistré l’arrivée de près de 5 300 migrants venus de Biélorussie. Bien que le nombre d’arrivées à été quasiment divisé par deux au mois de novembre, les autorités estiment que la "pression migratoire" n’est pas prête à retomber.

"Personne ne connait les chiffres réels", affirme Fred Mahro, le maire de Guben. "Les estimations varient beaucoup. Pendant de nombreuses semaines, des personnes sont entrées illégalement en Allemagne depuis la Pologne. On ne sait pas si le nombre d’arrivées a vraiment baissé ou si les gens empruntent d’autres routes plus au nord ou plus au sud."


Fred Mahro, le maire de Guben. Crédit : Marion MacGregor / InfoMigrants
Fred Mahro, le maire de Guben. Crédit : Marion MacGregor / InfoMigrants


Contrairement à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, surveillée par des milliers de soldats et de policiers polonais, celle entre la Pologne et l’Allemagne n’est quasiment pas surveillée, au nom de la liberté de circulation dans l’espace Schengen. Il suffit de traverser un pont pour passer le fleuve Oder et ainsi fouler le sol allemand. La police allemande mène de simples contrôles et inspecte les camionnettes, camions et taxis qui passent le pont depuis la ville polonaise de Slubice.

Certains migrants sont déposés sur le pont et terminent le chemin à pied. Selon Michael Kurzwelly, un habitant de Francfort-sur-l’Oder, "beaucoup de ces personnes sont tellement effrayées qu'elles ont peur de traverser le pont, ne sachant pas ce qui va leur arriver lorsque la police les contrôlent."


La police allemande mène de simples contrôles à la frontière polonaise. Crédit : Picture alliance
La police allemande mène de simples contrôles à la frontière polonaise. Crédit : Picture alliance


Violences

Il faut dire que la route de l'exil a été particulièrement difficile. Le voyage a été marqué par de nombreux épisodes de violences. Aldo raconte avoir été passé à tabac à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.

Il n’est pas rare de voir des migrants arriver en Allemagne avec des blessures infligées par la police aux frontières, explique l’activiste Germano-Syrien Tareq Alaows. "Les gens arrivent en Allemagne avec des marques de violences physiques sur leurs corps. Beaucoup ont tenté de passer la frontière au moins cinq ou six fois et ont été victimes de violence en cherchant à rejoindre l’Allemagne."

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Selon le maire de Guern Fred Mahro, la quasi totalité des migrants venant de Biélorussie sont dans des états physiques et psychologiques extrêmes. "J’ai vu des enfants dans des états désastreux, avec la peur au ventre. J’ai vu des personnes âgées au bout de leur forces."

Tous les demandeurs d’asile présents dans la région ne sont toutefois pas passés par la Biélorussie. Thierry, lui aussi Camerounais, a traversé la Méditerranée jusqu’en Italie, avant de passer par la France et se retrouver en Allemagne. Le jeune homme veut désormais apprendre l'allemand. "Puis je verrai pour trouver un travail. Je suis venu ici en quête d'un avenir meilleur", dit-il.

 

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