Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s'adresse aux exilés le 26 novembre 2021, au centre de logistique de Bruzgi où des centaines de personnes ont été logées dans des hangars. Crédit : Reuters
Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s'adresse aux exilés le 26 novembre 2021, au centre de logistique de Bruzgi où des centaines de personnes ont été logées dans des hangars. Crédit : Reuters

Meta, la maison-mère de Facebook, a indiqué, dans un rapport publié le 1er décembre, avoir désactivé des dizaines de comptes et groupes Facebook ainsi que des comptes Instagram utilisés pour dénigrer les actions des garde-frontières polonais mais aussi mettre en avant les mauvaises conditions de vie des migrants en Europe. Selon l'entreprise américaine, certains de ces comptes et groupes sont liés aux services de renseignement biélorusses.

Selon Meta, l'entreprise-mère de Facebook, la "guerre hybride" menée par la Biélorussie contre la Pologne est notamment passée par les réseaux sociaux. Dans un rapport, publié mercredi 1er décembre, Meta a annoncé avoir désactivé des dizaines de faux comptes et groupes Facebook, ainsi que des faux comptes Instagram, utilisés pour critiquer le comportement des autorités polonaises.

"Nous avons supprimé 41 comptes Facebook, cinq groupes et quatre comptes Instagram en Biélorussie qui ciblaient principalement des personnes au Moyen-Orient et en Europe. Nous avons découvert cette activité à la suite de notre enquête interne sur des soupçons de 'comportements inauthentiques coordonnés' (coordinated inauthentic behavior, ou CIB, selon l'acronyme anglais) dans la région, alors que nous surveillions la crise en cours à la frontière entre la Biélorussie et l'Union européenne (UE). Nous avons pu lier [ces activités] au KGB biélorusse", indique la firme dans son rapport.

>> À (re)lire : La Biélorussie a bien aidé les migrants, déclare Loukachenko, mais sans son aval

Ces comptes, principalement créés sous de fausses identités de journalistes et de militants des droits de l'homme, propageaient des "messages critiques envers la Pologne en anglais, polonais et kurde". "Quelques comptes ont publié des messages en russe sur les relations entre le Biélorussie et les États baltes", ajoute Meta dans son rapport.

Début novembre, les Observateurs de France 24 avaient souligné que des pages Facebook kurdes avaient incité des migrants à se rassembler pour tenter de traverser en un grand groupe la frontière polonaise le 8 novembre dernier.

"Quelques jours avant la tentative de traversée observée lundi, des appels à se rassembler avaient été partagés sur plusieurs pages Facebook kurdes. Ils s'adressent aux migrants présents en Biélorussie. Le 6 novembre, une page intitulée Ranj Pzhdary Journalist a partagé la vidéo d'un migrant appelant les jeunes exilés de Biélorussie à se réunir 'demain entre midi et 15 h pour se diriger vers la frontière'", indiquaient nos partenaires des Observateurs.

Réseau en Pologne

Selon la maison-mère de Facebook, ce type de propagande n'a pas été diffusé uniquement depuis la Biélorussie. Meta affirme avoir identifié un autre réseau, basé, lui, en Pologne, qui propageait des messages incitant les migrants à rebrousser chemin.

"Ce réseau semblait opérer sur plusieurs plateformes, notamment en transférant des vidéos YouTube sur Facebook, afin de dissuader les migrants d'entrer dans l'UE. Le langage et les récits étaient spécifiquement adaptés à des groupes de migrants particuliers et aux personnages fictifs qui les publiaient. Ces faux personnages prétendaient partager leurs propres expériences négatives en essayant de passer de la Biélorussie à la Pologne et publiaient des messages sur les difficiles conditions de vie des migrants en Europe", souligne l'entreprise américaine.

Le rapport de Meta met en lumière l'importance des réseaux sociaux dans l'organisation de l'immigration illégale et dans la guerre de communication que se livrent Varsovie et Minsk. Des chercheurs ont souligné l'importance de Facebook dans l'explosion de la crise humanitaire à la frontière polonaise, rapportait en novembre le New York Times.

Et le quotidien américain de signaler les travaux de Semantic Visions, une entreprise de renseignements qui a enquêté sur l'activité des réseaux sociaux en lien avec la crise à la frontière. "Depuis juillet, Semantic Visions a identifié des dizaines de groupes Facebook créés pour partager des informations sur les routes migratoires et utilisés par les passeurs pour faire la publicité de leurs services. Un groupe privé intitulé 'Migration of the powerful from Belarus to Europe' a explosé, passant de 13 600 membres début septembre à environ 30 000 actuellement, selon Semantic Visions. Un autre groupe, 'Belarus Online', est passé de 7 700 à 23 700 membres au cours de la même période", souligne le New York Times.

Communication officielle

Dans le même temps, la Pologne et la Biélorussie n'autorisant quasiment aucun accès à la zone frontalière aux journalistes, toute leur communication repose sur leurs organes de communication officiels.

En Pologne notamment, l'accès à la zone frontalière est interdit aux journalistes, comme aux ONG. Pourtant, des exilés se trouvent toujours dans les bois et cherchent à poursuivre leur route vers l'Allemagne sans se faire renvoyer en Biélorussie.

Alors que les températures hivernales se sont installées dans la région et descendent en dessous de 0 degré la nuit, les associations craignent que les décès se multiplient. Au moins 13 personnes ont déjà perdu la vie des deux côtés de la frontière, dont deux bébés.

 

Et aussi