Une victime et des familles de victimes du drame de Ciboure, en octobre 2021, ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de Bayonne le 6 décembre 2021. Crédit : InfoMigrants
Une victime et des familles de victimes du drame de Ciboure, en octobre 2021, ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de Bayonne le 6 décembre 2021. Crédit : InfoMigrants

Les familles des victimes du drame de Ciboure, qui avait coûté la vie à trois personnes en octobre, ainsi que l'unique survivant, ont déposé une plainte, lundi, auprès du procureur de Bayonne. Ils espèrent obtenir des réponses à leurs questions toujours en suspens. Trois associations d'aide aux exilés se sont jointes à cette plainte.

Ils avaient entre 20 et 30 ans. Le 12 octobre dernier, trois jeunes Algériens mouraient, fauchés par un train, à Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz, dans le Pays basque. Une quatrième personne était gravement blessée.

Lundi 6 décembre, cette quatrième personne, encore hospitalisée, ainsi que les familles de deux des trois défunts (le troisième n'a pas encore été formellement identifié), ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de Bayonne. Trois associations d'aide aux migrants, l'Anafé, la Cimade et le Gisti, se sont jointes aux plaignants pour demander "des réponses à leurs questions".

Alors que l'enquête ouverte après le drame est toujours en cours à la police judiciaire de Bayonne, les victimes n'ont, "pour le moment, que très peu de détails sur les circonstances du drame", déplore Me Gabriel Lassort, l'avocat du blessé et des familles de victimes, interrogé par InfoMigrants.

L'idée de cette plainte est de contredire la version officielle selon laquelle les migrants se seraient endormis sur les voies. "Est-ce que c'est réellement ce qu'il s'est passée, ou est-ce qu'il y a d'autres hypothèses ?", s'interroge le conseil.

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Les plaignants pourront également avoir accès au dossier, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

Parmi les zones d'ombres qui demeurent dans l'enquête : le rôle de la cinquième personne qui se trouvait sur place au moment du drame mais qui a pris la fuite. Entendu par la police quelques jours après l'accident, alors qu'il sortait juste de soins intensifs, le rescapé n'avait pas mis en cause cette personne mais le jeune homme la suspecte, désormais, d'être impliquée.

"Les exilés sont aussi des cibles"

"Ça nous semble difficilement concevable que quatre exilés, qui ont déjà connu beaucoup de difficultés, se soient endormis en même temps, la nuit, sur des rails de train alors qu'ils savaient les risques qu'ils encouraient tant pour leur sécurité, que d'être surpris par la police", souligne Me Lassort.

"L'une des hypothèses est que cette cinquième personne, qu'ils ne connaissaient pas particulièrement, ait pu avoir une action directe sur cet endormissement, peut-être en mettant des substances comme des somnifères dans des bouteilles d'eau", avance le conseil, rappelant que "les exilés sont aussi des cibles parce qu'ils font le voyage avec des économies […] qui servent à payer les passeurs et à débuter une installation."

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L'homme en question avait été interpellé à Bayonne deux jours après l'accident. Il avait expliqué aux enquêteurs "s'être réveillé avant les autres. Il se serait écarté pour faire des exercices physiques pour se réchauffer. Il aurait ensuite été pris de panique quand le train a heurté ses compagnons", indique France bleu, signalant que l'homme avait été condamné, quelques mois plus tôt, pour vol avec effraction.

Les plaignants ne sont "pas dans une volonté de dire que l'enquête a été mal faite et qu'il faut tout recommencer", insiste Me Lassort. L'avocat affirme compter "sur les prélèvements réalisés tout de suite [après le drame] et mis de côté" pour mieux comprendre le déroulé de l'accident. "Normalement, des analyses toxicologiques sont toujours faites en cas de mort suspecte", rappelle-t-il.

Conséquences des politiques migratoires

De leur côté, les associations qui se sont jointes à la plainte espèrent que les zones d'ombres de l'enquête seront levées avec la plainte. Mais elles souhaitent aussi que la responsabilité de l'État soit reconnue. "Les politiques migratoires ont des conséquences dramatiques sur la vie des gens. Et cette situation est liée aux politiques migratoires donc il nous semble important d'aller plus loin pour désigner les responsables", souligne Laure Palun, directrice de l'Anafé, interrogée par InfoMigrants.

Les premiers éléments de l'enquête avaient démontré que les exilés avaient emprunté la voie ferrée afin d'échapper à des contrôles de police. Quelques jours après le drame, des centaines de personnes s'étaient rassemblées à Bayonne pour dénoncer les conséquences de la militarisation de la frontière.

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Environ 1 500 agents (gendarmes, policiers, CRS et douaniers) sont déployés à la frontière franco-espagnole chaque semaine depuis le début de l'année. En moyenne, 163 personnes surveillent quotidiennement la zone, selon les chiffres de la préfecture.

Un dispositif mis en place au nom de la lutte contre le terrorisme qui, "dans les faits, engendre plutôt la multiplication des contrôles discriminatoires, sur des personnes qui ont des droits", expliquait en octobre Émilie Pesselier, coordinatrice des frontières intérieures pour l'Anafé. Aux frontières intérieures françaises, "proches de l'Espagne comme de l'Italie, les refoulements de migrants par les autorités sont quotidiens", avait-elle également dénoncé. Peu efficaces, "ces mesures n'empêcheront pas, de toute façon, une personne qui souhaite s'installer ailleurs de le faire".

 

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