Farhad, dans un hangar de Bruzgui, en Biélorussie, le 8 décembre 2021. Crédit : DR
Farhad, dans un hangar de Bruzgui, en Biélorussie, le 8 décembre 2021. Crédit : DR

Farhad, 34 ans, est coincé depuis environ trois semaines en Biélorussie, à la frontière avec la Pologne. Ce Kurde d'Irak a déjà tenté trois fois de franchir la frontière, en vain. Logé dans un hangar de Bruzgui avec plus d'un millier de personnes, il a rapporté à InfoMigrants que les exilés sont désormais mis devant un ultimatum par les autorités biélorusses : passer en Pologne ou rentrer chez eux.

"Je suis en Biélorussie depuis trois semaines environ. Je vis dans un hangar à Bruzgui. Nous sommes plus de 1 000 ici, c'est terrible comme situation. Cette semaine à deux reprises, des hommes au visage dissimulés sont venus dans le centre. Je trouve qu'ils sont habillés comme des détectives privés.

Ils ont pris les passeports de certaines personnes et ils nous ont posé un ultimatum : soit on passe en Pologne, soit on rentre dans notre pays. Mais il fait environ -10 degrés actuellement et il y a des soldats polonais partout, c'est très difficile de passer la frontière.


Moi je ne veux pas rentrer dans mon pays parce que j'ai peur d'y être emprisonné pour avoir aider des personnes à organiser des manifestations.

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Parfois lorsque des personnes essayent de passer la frontière, les Biélorusses rassemblent les gens, les ramènent à un endroit qui est un point faible des Polonais et ils coupent la clôture pour faire passer les exilés. Mais, après, ils font exprès de faire du bruit pour que les Polonais viennent. Ils ne font pas ça pour nous aider mais juste pour embêter les Polonais. Certains soldats Polonais sont très gentils mais d'autres sont vraiment stupides. Parfois, ils frappent les gens ou volent les cartes sim.

Nous vivons les uns sur les autres

J'attends que l'Union européenne prenne une décision [sur la situation actuelle ici], parce que nous sommes dans une situation terrible. Nous vivons les uns sur les autres. Si quelqu'un attrape le Covid, ça sera la catastrophe. Déjà, des enfants sont malades. Et il y a au moins une quinzaine de femmes enceintes parmi nous.


Plus d'un millier de migrants sont toujours hébergés dans un centre de transport et de logistique près de la frontière biélorusse-polonaise, dans la région de Grodno, en Biélorussie. Photo prise le 19 novembre 2021. Crédit : Reuters
Plus d'un millier de migrants sont toujours hébergés dans un centre de transport et de logistique près de la frontière biélorusse-polonaise, dans la région de Grodno, en Biélorussie. Photo prise le 19 novembre 2021. Crédit : Reuters

On n'a pas assez à manger. La matin, on a un verre de thé avec quelques biscuits. À 14 heures, on a une petite assiette de nourriture avec de nouveau des biscuits et parfois une bouteille d'eau. Et on doit passer la nuit avec ça. On ne peut presque pas prendre de douche non plus. En ce moment il fait très froid. Là où je dors, si j'ai une bouteille d'eau à côté de moi pendant la nuit, le lendemain matin, l'eau est gelée.

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Quatre ans en France

Je veux aller en Europe. En Allemagne, en France ou au Royaume-Uni, ça m'est égal. La seule chose que je ne veux pas, c'est retourner dans mon pays. Je parle bien français parce que j'ai vécu quatre ans en France, entre 2008 et 2012.

J'avais fait un CAP coiffure et je voulais continuer avec un BEP mais je n'ai pas pu parce que je n'ai pas réussi à avoir une autorisation de travail. Alors, j'ai décidé de partir au Royaume-Uni. Je suis allé à Dunkerque [dans le nord de la France, ndlr] et, là-bas, un passeur m'a emmené en Belgique avec d'autres personnes. En Belgique, nous sommes montés dans un camion qui allait en Angleterre. Mais j'ai été renvoyé en France. À ce moment-là, j'ai décidé de retourner au Kurdistan. Quand je suis rentré, je me suis marié et j'ai eu un petit garçon. 

Moi, j'étais venu [en Biélorussie] pour changer ma vie, la vie de ma femme et de mon fils. Je suis parti du Kurdistan pour des raisons politiques. En ce moment, il y a des manifestations là-bas et j'essaye d'aider les manifestants à les organiser. Mais le gouvernement du Kurdistan nous menace. Je suis parti quand un ami m'a dit que les autorités me cherchait.

Je suis arrivé ici trop tard. Maintenant, la frontière est très surveillée et les températures sont très basses. Je ne pense pas être tombé dans un piège ici. Peut-être que les autres oui, mais pas moi. Je connaissais la situation. Je savais qu'il y avait un problème entre la Biélorussie et la Pologne, mais quand il y a une situation comme ça, on peut en profiter pour passer. J'ai eu assez de chance pour sortir d'Irak, mais pas suffisamment pour entrer en Europe."

 

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