Le Camerounais Bertrand et le Congolais Aldo ont déposé une demande d'asile en Allemagne, novembre 2021 . Crédit  : Majda Bouazza/InfoMigrants
Le Camerounais Bertrand et le Congolais Aldo ont déposé une demande d'asile en Allemagne, novembre 2021 . Crédit : Majda Bouazza/InfoMigrants

De nombreux migrants ayant traversé la frontière entre la Biélorussie et la Pologne racontent avoir été victimes de violences et d’abus de la part des forces de l’ordre. InfoMigrants a rencontré deux hommes ayant fait le voyage depuis l'Afrique centrale pour demander l’asile en Allemagne.

Aldo vient du Cameroun. Bertrand est originaire du Congo-Brazzaville. Les deux hommes ont emprunté deux itinéraires différents pour rejoindre la Biélorussie, avant que leurs chemins ne finissent par se croiser dans la ville allemande d'Eisenhüttenstadt, à la frontière avec la Pologne, où ils vivent actuellement dans un centre d’accueil d'urgence pour demandeurs d’asile.

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Bertrand, 35 ans, est ici depuis fin septembre. Il lui a fallu un mois pour arriver en Allemagne depuis la Biélorussie. Il avait atterri à Minsk un mois plus tôt sur un vol en provenance de Brazzaville.

En Biélorussie, Bertrand, sa sœur et sa nièce de 20 ans ont dormi dans la forêt sans couverture. "On a bu de l'eau trouvée sur la route et mangé tout ce qui nous passait sous la main", explique le Congolais.

Il rejoint les nombreux témoignages de violences contre les migrants à la frontière avec la Biélorussie. "J'ai été arrêté et refoulé 10 fois par la police polonaise. Ils m'ont menacé avec des armes, et m'ont insulté. Ils m’ont traité de 'sale nègre' et m’ont demandé pourquoi j’étais venu ici."

Bertrand raconte que "par la grâce de Dieu", lui et ses proches ont rencontré un groupe de migrants qui les a aidés à poursuivre leur route vers l'Allemagne. "On a rencontré des Arabes dans la forêt. Ils avaient leurs passeurs. Je ne sais pas comment ils les ont trouvés. Mais on a été transportés jusqu'à la frontière allemande en voiture."


Un soldat à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Crédit : Reuters
Un soldat à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Crédit : Reuters


"On a marché toute la nuit"

Aldo, 32 ans, est assis dans un fauteuil roulant. Il explique qu’il souffre d'un handicap depuis sa naissance et porte habituellement une prothèse de jambe. "Je n'ai jamais utilisé de fauteuil roulant avant, mais ma prothèse est vieille et usée. J’ai des plaies aux deux jambes et je ne peux plus la porter."

Le voyage d'Aldo a commencé au Cameroun, où il a payé deux millions de francs centrafricains, soit environ 3 000 euros, pour arriver en Biélorussie.

On lui avait promis qu'il serait transporté jusqu’en Allemagne, mais Aldo a fini par être abandonné au milieu de nulle part.

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"Un homme nous a dit que la frontière était là et qu'on avait plus qu’à la traverser. Il a dit que c'était juste à côté. Il nous a fallu un peu de temps pour comprendre que ce n’était pas le cas. Alors on a marché toute la nuit, jusqu'à 8 heures du matin. Puis, au moment de vouloir traverser la frontière polonaise, on a aperçu les forces de l'ordre. La police biélorusse a laissé passer notre groupe, mais une fois en Pologne, un jeune couple avec un enfant a été arrêté. On ne savait plus quelle direction prendre, alors on s'est à nouveau cachés", explique-t-il.

"J'étais avec un Togolais. On a marché jusqu'au lendemain et on est arrivés dans un autre village. Il faisait terriblement froid. On a trouvé une église et demandé de l'aide. Une dame est sortie. On l'a suppliée de nous donner à manger et à boire, mais aussi un chargeur pour nos téléphones parce qu'on ne savait plus où on était. Elle a refusé et nous a fait signe de partir. Puis la police est arrivée et nous a arrêtés. Nous avons crié 'asile', mais ils nous ont dit non. Le Togolais qui était avec moi comprenait ce qu'ils disaient. Ils nous insultaient, nous traitaient de "sales nègres" et disaient qu'on était pas les bienvenus. Puis ce Togolais m'a expliqué qu'ils allaient nous ramener à la frontière. Je ne m’attendais pas à ça, c’était un choc, d’autant que j’avais déjà des douleurs à cause de ma prothèse."


Aldo a trop de douleurs pour pouvoir continuer à porter sa prothèse de jambe, novembre 2021. Crédit : Marion MacGregor / InfoMigrants
Aldo a trop de douleurs pour pouvoir continuer à porter sa prothèse de jambe, novembre 2021. Crédit : Marion MacGregor / InfoMigrants


"Quand ont est arrivés à la frontière, je ne voulais pas sortir de la voiture. J'ai crié 'asile, asile !'. Ils m'ont tiré de la voiture, m'ont jeté au sol et m'ont battu. Ils ont dit que si on faisait un mouvement de plus, ils tireraient pour nous faire peur."

Une fois de plus, Aldo s'est retrouvé sur le sol biélorusse, où il a été arrêté et battu par la police. Selon le Camerounais, l’attitude des autorités a toutefois changée en apprenant qu’il souhaitait se rendre en Pologne. Lui et son groupe de migrants a ainsi reçu à manger, à boire, des changeurs de téléphones, avant d’être escorté en pleine nuit du côté polonais de la frontière.

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Il a fallu trois jours à Aldo pour traverser la Pologne, d’abord en payant une personne rencontrée en chemin pour atteindre Varsovie, puis en faisant de l’auto-stop. Début septembre, il est arrivé à Francfort-sur-l'Oder, où il a été pris en charge par la police allemande.

Lorsque InfoMigrants a rencontré Aldo et Bertrand le 23 novembre dernier, les deux hommes attendaient une réponse à leur demande d'asile en Allemagne. Tous deux disent que leur souhait est de s'installer et de s'intégrer dans le pays. Aldo veut prendre des cours de langue et essayer de trouver des moyens de mieux vivre avec son handicap.

 

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