Dans le tunnel du XIXe arrondissement, environ 230 personnes sans abri s'étaient installées, dont des familles avec enfants. Crédit : InfoMigrants
Dans le tunnel du XIXe arrondissement, environ 230 personnes sans abri s'étaient installées, dont des familles avec enfants. Crédit : InfoMigrants

Vendredi, dans la matinée, les 233 personnes qui occupaient un tunnel du XIXe arrondissement de Paris ont été évacuées par les forces de l'ordre et "mises à l'abri". La plupart vivaient ici depuis un mois et demi, dans des conditions déplorables.

Cela faisait 45 jours qu’ils avaient trouvé refuge dans ce tunnel du périphérique parisien, reliant Paris à la Seine-Saint-Denis. Vendredi 10 décembre, environ 230 migrants, hommes, femmes et enfants, ont été évacués de cet endroit du XIXe arrondissement, pour être "mis à l'abri". Avant l'aube et sous la pluie, chacun a ramassé ses affaires pour s'engouffrer dans des autocars. Ils ont été transportés, pour l'essentiel, vers des centres d'hébergement franciliens et, pour d'autres, vers le sud-ouest de la France, ont constaté des journalistes de l'AFP.


Au total, 233 personnes, pour beaucoup originaire d'Afrique, ont été prises en charge, dont 111 hommes seuls, 48 personnes en famille et 74 jeunes se disant mineurs, a indiqué France terre d'asile qui a coordonné l'opération.

"Les températures ont déjà baissé depuis plusieurs semaines donc il était vraiment temps que la situation se débloque. Ces personnes vivaient entassées dans des conditions dramatiques, avec une situation sanitaire préoccupante", a expliqué sur place Pierre Mathurin, un responsable parisien de l'association Utopia56 qui apportait son aide aux exilés.

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"Il est temps que le gouvernement prenne conscience des risques qu'encourent ces personnes à la rue, dans le climat actuel", a-t-il ajouté. "On craignait que ce qui s'est passé sur le camp de Bercy ne se reproduise ici". Mercredi 8 décembre, un homme de 67 ans a été interpelé après avoir agressé au sabre deux Soudanais dans un campement de migrants du 12e arrondissement de Paris. Pendant cette "attaque raciste", le suspect aurait tenu des propos "contre les étrangers", a fait savoir Ian Brossat, adjoint de la maire de Paris en charge de l’accueil des réfugiés.

La rue, "un sas automatique"

Fin novembre, plus de 300 riverains et militants avaient manifesté entre le Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis, et Paris pour réclamer la mise à l'abri de ces migrants qui étaient alors environ 150 à vivre dans le tunnel. D’après Ian Brossat, si l'opération de vendredi a pris "autant de temps", c'est en raison de la "congestion des places d'hébergement". "Nous avons besoin d'un site de premier accueil. La réalité c'est que le passage par la rue est quasiment devenu un sas automatique pour avoir une place d'hébergement derrière", déplore-t-il.

Fin novembre, InfoMigrants était parti à la rencontre d’Adama, d’Alassane ou encore d’Amadou, dans le tunnel parisien. Ce dernier vivait là, en attendant un rendez-vous avec un juge pour enfant. Le jeune homme n’avait pas réussi à faire reconnaître sa minorité par le dispositif chargé de l'évaluation des mineurs.

Selon l’association Utopia 56, ils étaient environ 80 mineurs isolés, à vivre là, entre deux murs recouverts de tags et un plafond d'à peine 2,50m de haut. Sans sanitaires et sans point d’eau.

Amadou craint de ne pas supporter le froid dans sa tente. Crédit : InfoMigrants
Amadou craint de ne pas supporter le froid dans sa tente. Crédit : InfoMigrants

Alassane, un autre mineur rencontré sur place, espérait aussi un toit et surtout une inscription à l’école. Originaire de Guinée, l’adolescent de 16 ans a traversé la Libye et la mer Méditerranée pour venir à Paris. "C’est incroyable quand j’y pense, avait-il confié. Je peux traverser la mer mais je ne peux pas aller à l’école."

 

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