La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants
La cour du centre rétention du Mesnil Amelot, à proximité de l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle en mai 2019. Crédit : InfoMigrants

L'association la Cimade a décidé, jeudi, de se retirer du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot après que la situation sanitaire s'y est fortement dégradée. Elle estime que la réorganisation des lieux pour faire face à la cinquième vague de Covid-19 dans le centre ne permet pas d'assurer la sécurité de ses équipes et des retenus.

Officiellement, c'est le 3e cluster que connaît le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). Depuis deux semaines, plusieurs cas de personnes positives au Covid-19 ont été détectés dans le centre, a affirmé vendredi 10 décembre, la Cimade dans un communiqué.

Face à cette situation, l'association a décidé de se retirer du centre "jusqu'à nouvel ordre". "La Cimade ne peut plus exercer ses missions au CRA n°3 : elle n’a pas accès aux personnes testées positives isolées et elle ne peut recevoir les autres personnes dans les bureaux sans les mettre en danger, ne sachant qui est porteur du virus", indique l'association dans son communiqué.

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S'il est encore difficile de savoir exactement combien de personnes sont positives, "au moins 15 [sur 75 actuellement retenues ndlr] faisaient état de symptômes tels que de la toux, de la fièvre ou encore des douleurs dans la poitrine, parmi celles que nous avons vu jusqu'à [mercredi]", affirme Mathilde Godoy, responsable de la rétention en Ile-de-France pour la Cimade, jointe par InfoMigrants. Une première campagne de dépistage massif était en cours dans le centre vendredi après-midi.

En temps normal, les personnes positives au Covid-19 sont envoyées au CRA de Plaisir (Yvelines). Mais, celui-ci, avec seulement 13 places, est déjà complet, affirme la responsable de la Cimade. Pour isoler les personnes positives et celles présentant des symptômes, un "bâtiment covid", de dix places, a été ouvert dans le CRA n°3 du Mesnil-Amelot, depuis le 7 décembre. "C'est très inquiétant parce que le bâtiment en question ne permet pas l'isolement des personnes puisque les douches et toilettes sont communes à 10 chambres", dénonce Mathilde Godoy.

Un autre bâtiment de la même zone accueille, lui, les personnes présentant des symptômes mais refusant de se faire tester. "Des personnes avec la grippe et des gens avec le covid vont donc se retrouver dans le même bâtiment", pointe la responsable de la Cimade.

"Atteinte aux droits des personnes"

Dans ces deux bâtiments, les personnes n'ont pas accès à la cour extérieure et ne peuvent sortir que dans un minuscule espace grillagé. Elles n'ont pas, non plus, accès au personnel du CRA, déplore Mathilde Godoy. "Pour se manifester, elles n'ont pas d'autres moyens que de crier pour alerter les fonctionnaires de police. Même pour acheter des cigarettes, cela ne sera pas possible. On peut imaginer que les policiers puissent répondre à une ou deux demandes, mais certainement pas à celles d'une dizaine de personnes enfermées", souligne-t-elle. Pour la Cimade, cette situation "porte gravement atteinte aux droits des personnes".

L'association dénonce, par ailleurs, que "les personnes ne soient plus présentées au juge", en raison du confinement du CRA n°3. "Elles n’ont plus accès à leurs avocats, lesquels sont contraints de plaider sans avoir pu s’entretenir avec leurs clients, et sans disposer des pièces nécessaires."

La Cimade appelle l'État à fermer les CRA dans ce contexte de nouvelle vague de Covid-19. Selon elle, "seule la fermeture des centres de rétention permettrait de contrer la diffusion du virus dans ces lieux d’enfermement et de respecter les droits fondamentaux des personnes étrangères".

Septième décès en CRA en novembre

La crise sanitaire a considérablement aggravé le quotidien des étrangers retenus dans ces centres, notamment pendant les périodes de confinement, avaient déclaré la Cimade et France terre d’asile dans un rapport publié cet été.

Dans les CRA restés actifs pendant le confinement, comme ceux du Mesnil-Amelot, de Lyon, de Tours ou encore de Rennes, 28 000 personnes au total ont été exposées "inutilement" à des risques de contamination au Covid-19, dénonçait la Cimade. "Inutilement", puisqu’en raison de la fermeture des frontières de nombreux pays, de nombreux étrangers étaient inexpulsables.

Depuis 2017, sept personnes retenues en CRA sont mortes. Le 22 novembre dernier, un homme a mis fin à ses jours, dans le CRA de Rouen-Oissel, dans le nord de la France.

 

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