Le CRA de Lyon peut retenir jusqu'à 140 personnes. Crédit : capture d'écran/Youtube
Le CRA de Lyon peut retenir jusqu'à 140 personnes. Crédit : capture d'écran/Youtube

Plusieurs retenus du centre de rétention administrative (CRA) de Lyon Saint-Exupéry ont entamé, la semaine dernière, une grève de la faim de quelques jours. Ils dénoncent des conditions sanitaires déplorables, qui augmentent les risques de contamination au coronavirus. Pour les associations, l'enfermement est incompatible avec la prévention de la maladie.

"Les gens deviennent fous ici". Ces derniers jours, au sein du centre de rétention administrative (CRA) de Lyon Saint-Exupéry, dans le sud-est de la France, la tension est manifeste. "Dans les bâtiments, c’est impossible de se protéger du Covid. On a tous peur d’être contaminés", confie Amanhy, entré au CRA il y a 15 jours. Le 13 décembre, le collectif Anti CRA de Lyon signalait la découverte d’au moins six cas positifs au coronavirus. D’après l’exilé angolais, il y aurait aujourd’hui 10 personnes malades, placées en isolement. Pour dénoncer un protocole sanitaire insuffisant, qui favorise les risques de contaminations, une partie des retenus a entamé le 8 décembre une grève de la faim.

"En pleine 5e vague […] aucune mesure sanitaire sérieuse n’est prise pour protéger ou soigner les personnes", dénonce Anti CRA Lyon sur sa page Facebook. D’après une proche de retenu citée par l’association lyonnaise, "aucune mesure de protection [n’a été prise] pour les personnes retenues qui vivaient déjà dans une grande promiscuité" et "où une personne malade peut attendre plusieurs jours avant de voir un médecin".

Le protocole sanitaire en place prévoit qu’à leur arrivée dans la structure, les retenus sont soumis à un test anti-Covid. En attendant d’en connaître les résultats, ils sont placés dans un sas, à l’écart des autres personnes. Pour éviter toute contamination, ils sont également privés de visite pendant les sept premiers jours de leur rétention.

Problème, les personnes sont placées en quarantaine, ensemble. Sans même avoir attendu le résultat du test. Des retenus positifs peuvent ainsi se retrouver avec des retenus négatifs. Dans les faits, l’isolement sanitaire total n’est donc pas tout à fait assuré. Pour pouvoir sortir de quarantaine, ces nouveaux entrants sont soumis à un deuxième test PCR, au bout de sept jours.

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Pour les autres exilés, se prémunir d’une contamination au Covid-19 reste tout aussi compliqué. La promiscuité de cet ancien hôtel Formule 1 rend difficile le respect des gestes barrières comme la distanciation sociale, "par définition impossible dans les CRA", déplore Anti CRA Lyon. Pour Assane Ndaw de l’association Forum Réfugiés-Cosi, chargée de l’accompagnement des retenus, ce sont "les contraintes mêmes de l’enfermement" qui rendent "la situation très difficile à gérer". "Les va-et-vient des personnes de l’extérieur", membres associatifs comme gardiens, "mettent aussi en danger tout le monde".

"Une situation sanitaire alarmante" en 2020 aussi

Une situation similaire à celle qui prévalait il y a tout juste un an. "On nous donne un masque pour 24 heures... On le met juste avant d’aller au repas. On touche tout, les portes…il n’y a pas de désinfectant, y’a rien ici", avait raconté Milcea, un exilé roumain à France3, en novembre 2020. Le sénateur écologique de la région Thomas Dossus avait fait le déplacement, après que la préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes avait ordonné de suspendre les placements au CRA, évoquant une "situation sanitaire alarmante".

À l’époque, le sénateur avait indiqué qu’il y avait "vraiment du monde dans les chambres. Ils essayent de faire respecter les gestes barrières mais c’est impossible avec le nombre de personnes se trouvant à l’intérieur".

La semaine dernière, Thomas Dossus s’est à nouveau déplacé dans le centre, qui retient actuellement 120 personnes, pour une capacité totale de 140. Et il a réitéré ses propos. "Il faut faire baisser le nombre de retenus à l'intérieur. Cela a été possible lors de la première vague. Les préfets doivent arrêter cette politique du chiffre", a-t-il rappelé.

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"Pourquoi continuer à parquer des gens dans ces conditions, alors que la pandémie reprend de plus belle ?, s’interroge aussi Kaoutar Djemai-Dawood, déléguée de la Cimade pour la région Auvergne Rhône-Alpes. D’autant plus quand les pays de provenance de ces personnes ferment leurs frontières à cause du variant Omicron".

Les conditions de vie dans les CRA sont régulièrement dénoncées par les exilés et les associations. Au pic de la pandémie en 2020, si les centres n’étaient qu’à moitié remplis - près de 28 000 étrangers en situation irrégulière sont passés par un CRA cette année-là, contre 53 000 en 2019 – la prise en charge n’en était pas pour autant meilleure. Selon plusieurs collectifs dont la Cimade, les retenus ont été très exposés au virus du Covid-19, et beaucoup se sont retrouvés dans des foyers de contamination. Une gageure de plus, pour des personnes dont les conditions de vie étaient déjà difficiles.

Un nouveau centre pour 2022

Outre les risques liés à la pandémie, les retenus doivent faire face à d'autres difficultés. Amanhy assure par exemple que le chauffage manque en plein hiver. "Il fait très très froid ici. En plus, on ne peut pas vraiment chauffer la chambre car elle n’a pas de porte. On donne directement sur le couloir", assure-t-il, en confiant "mal supporter le quotidien" dans le CRA. "Quand on a fait notre grève, les gardiens ont appelé des renforts. Ils avaient des matraques. Toute cette tension, ça énerve les gens. Ils deviennent très susceptibles. C’est pour ça qu’il y a aussi souvent des bagarres entre retenus".

En 2022, un tout nouveau centre avec des capacités doubles ouvrira ses portes, à proximité de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Coût de l’opération : 23 millions d’euros. "Une aberration", pour Kaoutar Djemai-Dawood, qui estime que "ces moyens devraient être investis dans l’accueil plutôt que dans la rétention".

Dans le futur CRA, les chambres pourront notamment accueillir deux personnes maximum. Selon Assane Ndaw, "cela ne change pas grand-chose, ça reste un lieu d’enfermement". "Mais ça ne peut pas être pire que le centre actuel. Ici, dès que l’on dépasse 80 personnes, la situation est extrêmement tendue", nuance-t-il.

Comme un peu partout dans les CRA en France. Depuis 2017, sept personnes enfermées dans ces structures sont mortes. En novembre dernier, un retenu du CRA de Rouen-Oissel s’était taillé les veines. Quelques jours plus tard, le 22, un homme enfermé au même endroit a mis fin à ses jours.

*Contactées, ni la préfecture de la région Auvergne Rhône-Alpes, ni la direction du CRA n'ont répondu à nos sollicitations.

 

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