Des exilés dans le centre d'hébergement de Pournara. Crédit : DW/  L.Iiritsas
Des exilés dans le centre d'hébergement de Pournara. Crédit : DW/ L.Iiritsas

Des députés chypriotes ont émis de virulentes critiques sur les conditions de vie dans le centre d’hébergement d’urgence pour migrants de Pournara, à l’ouest de Nicosie, après leur visite dans la structure. D'importantes violences entre communautés ont déjà éclaté dans ce lieu surpeuplé.

À Chypre, le centre d’hébergement d’urgence de Pournara est de nouveau sous le feu des critiques. Trois parlementaires chypriotes ont visité, lundi 13 décembre, cette structure prévue pour héberger 600 personnes mais aujourd’hui occupée par plus de 2 500 demandeurs d’asile, dont 287 mineurs non accompagnés.

"Les députés ont vu 12 enfants entassés dans un conteneur, parfois sans lit, des couvertures éparpillées sur le sol, des familles avec des enfants de trois ans à peine, des femmes enceintes", rapporte le Cyprus mail.

Giorgos Koukoumas, député du principal parti d’opposition Akel, qui participait à la visite, a évoqué 1 000 personnes sans lit et contraintes de dormir sur le sol ou dans des tentes.

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Des cas de trafics de drogue et de prostitution ont également été rapportés aux parlementaires. Ces derniers ont évoqué une situation comparable à "une bombe prête à exploser".

"Intégrer ces enfants"

Irini Charalambidou a alerté sur les conséquences du manque de scolarité des mineurs du centre. "Nous devons trouver des moyens d'intégrer ces enfants, d'en faire des membres en bonne santé de notre société. Nous ne devons pas les laisser sans éducation, ce qui conduirait sûrement à leur ghettoïsation", a déclaré la députée communiste du parti Akel après s’être entretenue avec des mineurs non accompagnés.

De son côté, Rita Superman, députée du parti au pouvoir Disy, a estimé que le centre était l’"image même" du problème de la migration à Chypre. "Il y a des personnes provenant de zones de guerre, mais nous avons également des personnes originaires de pays sans conflit. Nous voyons des personnes se faire victimiser par des escrocs qui leur promettent une vie meilleure, pour ensuite arriver ici et se retrouver piégées", a-t-elle assuré.

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Parmi ces migrants, de nombreux Congolais se rendraient dans la zone turque, au nord de Chypre, avec des visas étudiants et passeraient ensuite au sud, pays membre de l’Union européenne (UE). "Ces personnes se rendent dans le nord de Chypre via la Turquie, destination pour laquelle ils n’ont pas besoin de visa", souligne le Cyprus mail.

Giorgos Koukoumas a appelé à briser le “cercle vicieux” des délais de traitement des demandes d’asile : "Nous devons comprendre que si la République de Chypre n'a pas besoin d'approuver chaque demande, ce que nous devons faire, c'est examiner les demandes rapidement."

Violences

Le député a appelé à mieux intégrer les réfugiés afin qu’ils quittent au plus vite le centre de Pournara. Mais il a aussi dénoncé le règlement de Dublin qui, selon lui, "coince" les demandeurs d’asile dans le premier pays européen où ils sont arrivés. Un avis partagé par sa collègue écologiste Alexandra Attalidou. "Plutôt que de demander des fonds à l'UE, nous devrions demander qu'elle prenne en charge les rapatriements et aide Chypre. En d'autres termes, les personnes qui n'ont pas droit [à l’asile] ne doivent pas alourdir le système au détriment de celles qui y ont droit", a-t-elle déclaré.

Les conditions de vie des exilés dans le camp de Pounara sont pointées du doigt depuis longtemps, notamment parce qu’elles mènent à des violences.

Début décembre, sept personnes ont été blessées dans des affrontements ayant impliqué quelque 300 migrants. En janvier 2021, des violences entre communautés syrienne et africaine dans le centre avaient déjà fait plus d’une vingtaine de blessés. Selon le compte Twitter Pournararefugee, tenu par un exilé vivant dans le centre, une personne avait également perdu la vie dans ces affrontements.

Un mois plus tard, des manifestations avaient été organisées par des exilés dans le camp pour protester contre les conditions de vie.

Dans une lettre adressée au ministre de l’Intérieur chypriote, la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, avait fait part, en mars 2021, d’"un certain nombre de préoccupations" au sujet des structures d'accueil des demandeurs d'asile. Dunja Mijatovic avait exhorté les autorités chypriotes à mettre les conditions d'accueil "en conformité avec les normes applicables en matière de droits de l'Homme et à veiller à ce que les demandeurs d'asile et les migrants bénéficient d'un accès effectif à tous les services nécessaires".

 

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