Des policiers portugais (image d'illustration). Crédit : AFP
Des policiers portugais (image d'illustration). Crédit : AFP

L’arrestation de sept gendarmes accusés de haine raciale contre des travailleurs asiatiques au Portugal suscite l’émoi. Le Premier ministre Antonio Costa lui-même d’origine indienne a qualifié l’attitude des agents "d’absolument inacceptable". 

Avec notre correspondante à Lisbonne, Marie-Line Darcy

Coups, humiliations, tortures... Les sept gendarmes accusés d'avoir roués de coups des personnes étrangères ont été arrêtés dans le sud du Portugal. Pour le ministère public, qui a retenu la semaine dernière 33 motifs d’accusation contre ces agents, cela ne fait aucun doute que ces derniers étaient motivés par la haine raciale.

L'affaire a été dévoilée jeudi 16 décembre par la télévision CNN Portugal. Les faits, qui remontent à 2018 et 2019, font actuellement l'objet d'une enquête interne et de la justice, a indiqué la Garde nationale républicaine (GNR).

D'après le reportage, des gendarmes ont été filmés en train d'agresser et d'humilier des immigrés. Ces hommes ont été frappés, obligés de s'agenouiller dans des positions humiliantes ou encore aspergés de gaz lacrymogène, selon les images diffusées par cette chaîne de télévision.

Les victimes sont originaires du Bangladesh et d’Inde. Il s'agit de travailleurs agricoles dans la région horticole d’Odemira á 200 km au sud de Lisbonne. 

Trois des accusés seraient récidivistes et ont déjà été condamnés à de la prison avec sursis et un temps expulsés de la gendarmerie. L’un des gendarmes a commenté l’existence de vidéos tournées sur leurs passages à tabac et enclenché ainsi l’enquête qui dure depuis plusieurs mois. 

"Usage excessif"

Le ministère public, qui a ouvert une instruction judiciaire, reproche à ces militaires "d'avoir fait un usage excessif" de leur autorité et d'avoir chercher à provoquer de "la souffrance et de l'humiliation en profitant de la situation précaire, fragile et sans défense" de ces hommes, selon l'acte d'accusation cité par les médias locaux.

Les premiers faits, qui remontent à 2018, concernent "cinq gendarmes impliqués dans des agressions" contre des immigrés asiatiques, explique la gendarmerie nationale, précisant que cette première investigation a permis d'ouvrir une autre enquête "impliquant sept militaires" dont "trois récidivistes".

Pour l'instant, deux gendarmes ont été suspendus par le ministre de l'Intérieur, tandis que pour les autres les enquêtes de l'Inspection générale de l'administration interne sont encore en cours.

Au cours des trois dernières années au Portugal, 28 militaires ont été expulsés de la gendarmerie.

Le sujet est sensible au Portugal depuis la mort de l’Ukrainien Igor Homenyuk victime de mauvais traitement infligé par des agents du service des étrangers. Au printemps dernier c’est l’explosion des cas de Covid-19 au sein des communautés agricoles de cette région du sud qui avait attiré l’attention sur les conditions de vie difficile de cette communauté de près de 40 000 travailleurs. 

 

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