Les berges arborées et caillouteuses de la vallée de la Roya, où des migrants trouvent aide et refuge chez certains habitants solidaires. Crédit : InfoMigrants
Les berges arborées et caillouteuses de la vallée de la Roya, où des migrants trouvent aide et refuge chez certains habitants solidaires. Crédit : InfoMigrants

Trois Nigérians et un Centrafricain ont été reconnus coupables, vendredi 17 décembre, d'agression à l'arme blanche sur un habitant de Contes, près de Nice. Ce même habitant, ainsi que deux autres hommes, ont aussi été condamnés pour "violences et dégradations". L'avocat des exilés a fait appel, il dénonce un dossier construit autour "d'une guerre de voisinage" alors qu'il s'agit, selon lui, d'une "affaire de racisme".

Quatre migrants ont été condamnés, vendredi 17 décembre, à de la prison ferme pour "agression" d'un habitant du village de Contes, près de Nice. Ce dernier a lui aussi été condamné avec deux autres hommes, pour avoir commis des "violences et dégradations", a rapporté l'AFP, qui a consulté le jugement lundi.

L'affaire remonte au printemps 2019 et se joue non loin de la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, berceau de Cédric Herrou, l'infatigable défenseur des migrants.

Cette année-là, début avril, un membre de l'association Roya Citoyenne, association solidaire des exilés bien connue dans les Alpes-Maritimes, dépose plainte. Il a été intimidé par un petit groupe d'habitants voisins, devant son domicile où il héberge des demandeurs d'asile. "Un homme est venu insulter, jeter des bières contre la vitre de mon client, avec deux ou trois complices", retrace Maître Zia Oloumi, avocat du bénévole et des quatre exilés inculpés, auprès d'InfoMigrants. 

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Témoignage anonyme

Une enquête est ouverte. Mais quelques jours après, un témoignage anonyme parvient aux gendarmes et oriente à lui seul différemment l'enquête, selon l'avocat. Ce témoignage fait état d'une agression à l'arme blanche d'un autre voisin, par les quatre migrants hébergés, les trois ressortissants nigérians et le ressortissant centrafricain.

"Il n'y a aucun élément matériel sur les agresseurs présumés. Même l'analyse du t-shirt de l'homme qui se dit victime ne porte pas la trace de l'ADN des migrants !", insiste Zia Oloumi. "Cette enquête n'a pas été menée convenablement".

Aux yeux de l'avocat, le dossier est donc vide. Pourtant, le tribunal correctionnel de Nice a reconnu coupables d'agression à l'arme blanche, ce 17 décembre 2021, les quatre exilés. Les trois Nigérians ont été condamnés à un an de prison ferme, contre six mois ferme pour l'exilé centrafricain. L'un des Nigérians a été incarcéré à l'issue de l'audience.

"Pourquoi héberger tous ces Noirs chez toi ?"

Un troisième événement a aussi été jugé au tribunal ce 17 décembre. Dans la nuit du 13 au 14 avril 2019, soit quinze jours après la première intimidation et le témoignage anonyme, une bande d'une dizaine d'individus se rend devant le domicile du même bénévole. Les agresseurs détruisent son véhicule, lancent des projectiles et forcent la porte d'entrée de son appartement. Le bénévole en ressort avec un traumatisme crânien, et une hospitalisation aux urgences. 

Des injures à caractère raciste sont proférées lors de ce qui s'apparente, comme le détaille l'enquête, à des représailles. Selon les voisins, les habitants déchaînés déclarent devant la fenêtre du militant : "Pourquoi héberger tous ces Noirs chez toi ?" ou encore : "On va vous brûler sales négros !". Une manifestation de soutien de la Roya Citoyenne a lieu dans la foulée, pour dénoncer l'agression raciste.

"Ne pas parler de racisme, mais de guerre de voisinage" 

Le tribunal correctionnel de Nice n'a pas laissé impuni ces actes. Trois hommes se sont rendus coupables de "violences avec dégradations" selon le jugement rendu. "En France, au XXIe siècle, on ne saurait accepter ce type de vengeance", a soutenu le procureur, indique l'AFP. 

Pour la première intimidation ayant abouti à une plainte début avril, l'auteur a été condamné à quatre mois de prison ferme, avec un aménagement de peine sous forme de bracelet électronique. Pour la seconde agression mi-avril, deux hommes, membres de la bande, ont été condamnés à 18 mois de prison dont 12 de sursis probatoire. Eux aussi bénéficieront, contrairement aux exilés, d'un aménagement de peine sous forme de bracelet électronique.

"Ils nous ont vendu une histoire pour ne pas parler de racisme, mais de guerre de voisinage", résume Me Zia Oloumi, qui ne décolère pas face à l'inculpation des quatre demandeurs d'asile. L'avocat a fait appel du jugement.

La Cour d'appel d'Aix-en-Provence aura en charge le dossier. "S'il faut aller jusqu'à la Cour européenne des droits de l'Homme, j'irais", assure-t-il.

 

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