L'entrée du CRA de Nice (Alpes-Maritimes). Crédit : capture d'écran Google Maps
L'entrée du CRA de Nice (Alpes-Maritimes). Crédit : capture d'écran Google Maps

Onze personnes ont été placées à l'isolement dans le centre de rétention administratif de Nice après avoir été testées positives au Covid-19. Leur accès aux audiences judiciaires et à l'accompagnement juridique s'en trouve dégradé. Une situation qui se multiplie et fait écho à 2020.

Douze personnes ont été testées positives au Covid-19 dans le centre de rétention administratif (CRA) de Nice (Alpes maritimes). L'une d'elles a été libérée à la fin de sa rétention, les onze autres se trouvent actuellement à l'isolement.

Le CRA est donc gelé, jusqu'au 27 décembre minimum. Ce qui signifie qu'aucune nouvelle entrée n'y est admise. "La promiscuité, dans un CRA comme Nice, facilite ces contaminations", rappelle Assane Ndaw, directeur rétention du Forum Réfugiés-Cosi, l'association qui intervient dans ce CRA. Ce dernier salue la décision de ne pas autoriser de nouvelles admissions. "C'est quand les autorités décident de ne pas fermer les CRA ou de ne pas diminuer leurs capacités qu'on se retrouve avec une circulation exponentielle du virus".

Grandes chambres pour isoler les cas positifs

Les personnes contaminées à Nice sont, pour l'heure, séparées des autres. "Au CRA, il y a de grandes chambres où l'on peut isoler les personnes retenues. Celles qui sont positives au virus sont réparties dans deux de ces chambres", assure Assane Ndaw. L'Agence régionale de santé assure leur suivi.

En février 2021, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dressait, dans un rapport, un bilan sévère à l'égard de l'établissement. Il était jugé "vétuste", avec une mauvaise disposition des lieux, des sanitaires non-séparées des dortoirs, des canalisations défaillantes, des locaux à la "saleté ubiquitaire".

Par ailleurs, le rapport indiquait déjà que "la prévention de la contamination par le coronavirus [faisait] défaut, en l’absence d’information et de rappel s’agissant des règles de distanciation sociale qui ne sont pas respectés". Le rapport déplorait aussi l'absence "de tout distributeur de gel hydroalcoolique dans la zone de rétention".

Un accès à la justice "dégradé"

L'accompagnement juridique des personnes se poursuit, mais en version amoindrie. L'association Forum Réfugiés-Cosi ne reçoit dans son bureau, au sein du CRA, que les personnes testées négatives au virus. Quant aux personnes testées positives et placées à l'isolement, elles ne sont plus présentées devant les juridictions.

Pour elles, tout est dématérialisé. "En général, les audiences devant la Cour d'Appel se font en visioconférence, et celles au Tribunal de Grande Instance, par téléphone", explique Alassane Ndaw. De quoi questionner l'égalité d'accès à la justice. "À partir du moment où l'on est en distanciel, c'est dégradé", reconnaît le directeur rétention de l'association. Mais avec les risques liés au virus, il n'y pas d'autre choix. "On doit faire en sorte que cela ne revienne pas à une privation des droits", met en garde le responsable.

Cette situation fait écho à ce qu'il se passe dans le CRA du Mesnil-Amelot ou dans celui de Lyon. Au sein de ce dernier, le 13 décembre, le collectif Anti CRA de Lyon signalait au moins six cas positifs au coronavirus. Une grève de la faim y a été lancée par une partie des personnes retenues. Lundi 20 décembre, "nous avons informé le CGLPL, et demandé à ce que les personnes pour qui il n'y a pas de possibilité d'éloignement soient libérées" du CRA lyonnais, complète Assane Ndaw.

>> À (re)lire : "On a tous peur d'être contaminés" : dans le CRA de Lyon, les retenus s'inquiètent de la propagation du Covid-19

Ces problématiques de santé et de justice dégradée renvoient aux conditions de rétention durant l'année 2020. Au pic de la pandémie, si les centres n’étaient qu’à moitié remplis - près de 28 000 personnes placées en CRA cette année-là, contre 53 000 en 2019 –, les retenus ont été très exposés au virus du Covid-19, alors même que les vols étaient suspendus. "Nous continuons d'attirer l'attention des autorités là-dessus", martèle Assane Ndaw. "Lors du premier confinement, on avait demandé avec d'autres associations à ce que les CRA soient fermés... Aujourd'hui, je crains que l'on ne nous écoute toujours pas."

 

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