Malgré le froid, les évacuations de campements ont continué sans proposition de mises à l'abri, selon les associations. Crédit : Utopia 56
Malgré le froid, les évacuations de campements ont continué sans proposition de mises à l'abri, selon les associations. Crédit : Utopia 56

Malgré des températures négatives la nuit dans le nord de la France, la préfecture n'a pas activé ces derniers jours le plan Grand froid, qui permet d'ouvrir des hébergements d'urgence à Calais pour y loger les migrants vivants dans des campements. Les associations s'insurgent et déplorent des évacuations de camps sans proposition de mise à l'abri.

Une vague de froid a touché Calais ces derniers jours. La journée, les températures ont oscillé autour de 0°C tandis que la nuit le thermomètre a affiché -4°C, selon Météo France. Dans les campements de cette ville du nord de la France, où survivent entre 1 000 et 1 500 migrants, les conditions météorologiques extrêmes ont rendu encore plus difficile leur quotidien. "C’est invivable en ce moment", constate Marguerite Combes, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais.

Pourtant, les autorités n’ont pas activé le plan Grand froid, prévu lorsque la région est soumise à un temps glacial. Ce dispositif, qui existe depuis 2017, permet d’ouvrir en urgence des hangars dans la zone des Dunes, et des conteneurs route de Saint-Omer.

La préfecture du Pas-de-Calais justifie sa décision par le "radoucissement très significatif des températures ce jeudi", explique la Voix du Nord. Le thermomètre devrait monter à 9°C dans la nuit de jeudi à vendredi. Le Plan Grand froid est ouvert lorsque les températures sont comprises entre -5°C et -10°C durant plusieurs jours ou lors d’une tempête.

La préfecture a "renforcé les propositions de mises à l’abri"

Les autorités ont en revanche "renforcé les propositions de mises à l’abri" en déployant des navettes à 13h30 pour orienter les exilés "vers les centres d’hébergement situés hors de Calais au départ de la rue des Huttes", indique la préfecture dans un communiqué. Cette mesure s’ajoute aux départs déjà organisés au même endroit tous les matins à partir de 9h30.

Entre mardi et jeudi, "150 personnes ont été mises à l'abri", ajoute la préfecture, précisant que "depuis le 1er décembre, 494 migrants ont accepté un hébergement sur les 722 places proposées".

"Ils ont simplement doublé le dispositif existant", déplore Marguerite Combes. Or pour les humanitaires, cette solution ne résout pas le problème. Les migrants ne veulent pas aller dans ces centres, éloignés de la ville, et qui ne correspondent pas à leur statut administratif. "Les exilés ne vont pas dans les CAES [centre d’accueil et d’examen de la situation, ndlr] car ils sont destinés aux demandeurs d’asile. Or la plupart des personnes à Calais sont dublinées ou déboutées de leur demande d’asile", assure Pierre Roques de l’Auberge des migrants.

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"Les gens veulent rester sur le littoral, ils sont là pour aller en Angleterre, pas pour se retrouver à des dizaines de kilomètres des côtes", renchérit Marguerite Combes. "Quand il y a urgence humanitaire, il faut les héberger là où ils sont, à Calais", continue la militante.

Rien n'a été prévu non plus pour les mineurs non accompagnés, qui représentent environ un quart des migrants dans les camps. Un seul centre de 35 places est réservé à cette population non loin de Calais.

Les démantèlements de campements continuent malgré le froid

Les associations regrettent également que le mécanisme de navettes ne soit pas opérationnel le week-end et le soir. En effet, si un exilé arrive à Calais le samedi ou le dimanche, et qu’il souhaite être hébergé dans un de ces centres, il doit attendre le lundi matin. "En revanche, les évacuations de campement continuent le week-end", peste Marguerite Combes.

Pire, malgré le froid, des campements ont été démantelés mercredi et jeudi sans mise à l’abri, en dépit des promesses du patron de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), Didier Leschi. Lors d’une médiation à Calais au moment de la grève de la faim de deux militants et d’un prêtre en octobre, il avait assuré que chaque évacuation serait suivie d’une proposition d’hébergement. "Ça n’a duré qu’une journée", déplore Pierre Roques.

Selon les associations, les migrants ont tellement froid à Calais que certains feintent d’être malades pour bénéficier d’un peu de répit à l’hôpital de la ville.

 

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