La province et la commune d'Almeria, en Andalousie, accueille une grande partie des migrants arrivés par la mer depuis l'Algérie. Crédit : FlickrCC
La province et la commune d'Almeria, en Andalousie, accueille une grande partie des migrants arrivés par la mer depuis l'Algérie. Crédit : FlickrCC

En une journée, 265 personnes ont été accueillies par la Croix-Rouge d'Almeria, en Andalousie. Toutes avaient pris la mer depuis les côtes maghrébines pour gagner l'Espagne. Un homme, venu avec sa femme et ses enfants, n'a pas survécu à la traversée. Il s'est noyé au large de la ville andalouse après être tombé de son embarcation.

Les conditions météorologiques se dégradent, mais elles n’empêchent pas les aspirants à l’exil de traverser la mer Méditerranée. Le centre de la Croix-Rouge d’Almeria, en Andalousie, a accueilli pas moins de 265 migrants ces dernières 24h, affirme Europa Press. Une partie a été secourue en haute mer par les autorités ou les secours espagnols. Les autres ont été interceptés à leur arrivée sur les côtes de la région.

Un exilé, en revanche, n’a pas survécu à la traversée. Il avait pris place à bord d’une embarcation avec sa femme et ses enfants, mais s’est noyé peu de temps après être tombé à l’eau, au large de l'Espagne. Son corps a été retrouvé par la Garde civile près de la Playa de los Muertos, à quelques kilomètres à l’est d’Almeria. Sa famille bénéficie actuellement du soutien de la cellule psychologique de la Croix-Rouge, déployée hier.

Dix-huit opérations distinctes ont été nécessaires. Un des sauvetages a permis de sortir des eaux 36 personnes réparties sur quatre embarcations dans la zone de Nijar, près d’Almeria. Un autre a permis de sauver 14 migrants, dont le moteur était tombé en panne. À leur arrivée sur les lieux, les sauveteurs en mer ont vu les passagers, "tous d’origine maghrébine", en train de ramer pour essayer d'atteindre la côte.

Au même moment, trois autres bateaux et 22 personnes au total étaient également en détresse, dans la mer d'Alboran. Le premier transportait 15 exilés dont une femme, et le deuxième six hommes maghrébins. Dans le troisième, il n’y avait qu’un seul homme, un Subsaharien. D’après Europa Press, "il voyageait seul". Envoyés sur place, les secours sont tombés en chemin sur deux bateaux supplémentaires, avec plusieurs personnes à bord.

Hier, deux autres personnes en provenance d’Algérie ont également été prises en charge par les secours, mais cette fois, à terre. Leurs corps allongés dans le sable sur une plage d’Almeria ont été repérés par un hélicoptère de secours, rapporte Francisco José Clemente Martin, militant au sein de l’association Heroes del Mar, sur sa page Facebook. L’homme souffrait de déshydratation, et la femme à côté de lui, de nombreuses brûlures. Ils ont été "sauvés à temps, et transférés à l’hôpital de Torrecardenas".

"Peu d’Algériens cherchent à s’installer en Espagne"

Depuis plusieurs mois, la ville andalouse d’Almeria fait face à une recrudescence des arrivées de migrants en provenance des côtes algériennes. Rien qu’en septembre 2021, elle a accueilli 1 371 personnes, répartis sur 112 "pateras" (embarcations de fortune en espagnol). Soit pratiquement le double du chiffre relevé en 2020.

Une fois arrivés sur la terre ferme, les exilés qui ne sont pas interceptés par les autorités ne s'attardent pas en Andalousie. "Ils restent trois, quatre jours ici. Ils reprennent des forces puis trouvent le moyen de se rendre dans le nord de l’Espagne, et très souvent en France", explique Oscar Bleda de l’association Itica, au micro de France24.

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"Peu d’Algériens cherchent à s’installer ici, en Espagne, confirme à InfoMigrants Sara Casero Loza, en charge de la protection internationale à la Croix-Rouge. Et de toutes façons, il leur sera très difficile d’obtenir l’asile. Certes, l’administration étudie les profils au cas par cas. Mais d’après moi, seuls les Algériens et Algériennes victimes de violences liées au genre – violences sexuelles par exemple – ou celles faisant partie de la communauté LGBTQ+ ont une chance d’obtenir l’asile dans le pays".

La majorité des arrivants interceptés par les autorités, eux, sont placés dans les centres de rétention pour étrangers (CIES). D’après Francisco José Clemente Martin, cette nuit, plus de 200 personnes ont d'ailleurs été emmenées "dans des bus et des fourgonnettes par la police d'Almeria et de Carthagène" dans les CIES de toute l'Espagne. Une étape qui précède souvent l'expulsion, laquelle s’effectue désormais par les ferries de la compagnie Trasmediterranea.

Sur les plages, des cadavres d’enfants

Malgré les dangers liés à la traversée et les nombreuses expulsions, beaucoup d’Algériens continuent à prendre la mer pour gagner l’Europe. Depuis Oran, Mostaganem ou même Alger, des dizaines de petits bateaux à moteur partent en mer chaque semaine, direction l’Andalousie. Poussés par la morosité économique dans le pays et le peu de perspectives, des hommes, mais aussi des femmes et des enfants, rêvent d'une vie ailleurs. Une "harga [migration en français, ndlr] familiale jamais vue jusqu’ici", avait assuré à InfoMigrants Saïd Salhi, le mois dernier.

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Même distante de seulement 200 à 250 km par endroits, la route qui part d’Algérie pour l’Andalousie reste très dangereuse. Le 17 novembre, un bateau parti d'Oran pour Almeria a disparu, avec à son bord 14 personnes dont deux enfants de cinq et 12 ans, une femme et un homme handicapé. Le 19 septembre, huit cadavres de migrants partis d’Algérie ou du Maroc, dont celui d’un enfant et de deux femmes, ont été retrouvés sur des plages de la province d’Almería. D’après l’ONG espagnol Cipimd, 270 personnes au total auraient disparu sur cette route entre le 1er janvier et le 30 septembre 2021.

 

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