© État-major des armées via AP | Des Afghans s'apprêtent à embarquer dans un avion de l'armée française à Abou Dabi, le 24 août 2021.
© État-major des armées via AP | Des Afghans s'apprêtent à embarquer dans un avion de l'armée française à Abou Dabi, le 24 août 2021.

C'est l'un des évènements qui aura marqué cette année 2021 : la chute du gouvernement afghan et la prise de pouvoir des talibans. C'était en août dernier, provoquant la fuite de tous ceux qui en avaient les moyens, notamment tous ceux qui ont pu obtenir un visa étranger. La France a ainsi accueilli près de 3 000 personnes. Elles ont passé trois semaines en quarantaine avant d'être dispatchées dans les différents Centres d'accueil de demandeurs d'asile (Cada), car ces Afghans ont pu obtenir de façon express le statut de réfugiés. Pour eux, le plus dur commence : reconstruire leur vie dans un pays si loin du leur. Marie Casadebaig a rencontré l'une de ces familles, hébergée dans le Cada d'une petite ville près de Lyon.

REP FRA lu 27-12-21 Une famille afghane en France - 4 mois après


Au fond d'un couloir sombre, deux portes se font face. C'est là que Karim, Alima et leurs 3 enfants vivent depuis 4 mois. "Ici, c'est notre chambre, à moi et mon épouse. Et l'autre, c'est la chambre des enfants."

Deux petites pièces, meublées avec le strict minimum : des sommiers en métal, des matelas en mousse. « Le premier jour, quand je suis arrivé ici, ça a été un choc pour moi. Je n'ai pas compris, c'est peut-être une mauvaise réaction de ma part, mais j'ai dit : "Jamais je ne resterai dans une chambre comme ça, donnez-moi un billet pour rentrer chez moi en Afghanistan". 

"J'ai trouvé ça tout petit, moche, étouffant... comme une prison."

La famille a tout quitté du jour au lendemain. Karim, employé au ministère de la Défense, ancien interprète de l'armée française, était recherché par les talibans. Ils n'ont pu emporter avec eux qu'un sac de 15 kilos. " Mon métier était bon, mon salaire était bon, et avec ça notre vie était belle. Quand on est arrivé en France, une association est venue nous donner des vêtements pour nous et le bébé. C'était compliqué pour nous, parce que dans notre culture, prendre quelque chose à quelqu'un, cela veut dire que l'on est faible et pauvre."

Un retour en Afghanistan impossible pendant 10 ans

La famille se fait petit à petit à son nouvel environnement, notamment à cette grande cuisine commune à tous les résidents de l'étage, où Alima fait mijoter le repas du soir.

De leurs trois enfants, c'est le plus grand, Mohamad, 3 ans, qui souffre le plus du changement. Il réclame souvent ses grands-parents, ses oncles et tantes avec lesquels ils vivaient. L'entrée à l'école en septembre a aussi été très difficile pour le petit garçon, qui ne parlait pas un mot de français. Aujourd'hui, son père est fier de ses progrès.

" Bonjour ! Ça va ? Vous allez bien ? Vous êtes gentil ?" C'est ça qu'il a appris. La vidéo, c'est mon frère dans notre jardin qui joue avec notre chien. "

La famille regarde avec nostalgie les images d'avant. Passé le soulagement d'avoir échappé à la mort, vient la réalité. Leur vie est désormais ici. Leur statut de réfugiés leur interdit un retour en Afghanistan d'ici 10 ans. " Ce qui est très difficile, c'est de savoir que pendant 10 ans, je ne pourrai pas voir mes parents. J'y pense tout le temps."

" C'est dur. Je suis désolé". Karim ne peut retenir des larmes.

D'ici à quelques semaines, la famille devrait obtenir un logement social. Karim compte trouver ensuite un emploi, n'importe lequel, pour faire vivre les siens, en attendant de réaliser leur rêve : lui de reprendre ses études, elle de les entamer. Alima voudrait devenir médecin, comme sa mère.

 

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