Des militaires quadrillent la zone frontalière entre Ceuta et le Maroc, le 20 mai 2021. Crédit : Reuters
Des militaires quadrillent la zone frontalière entre Ceuta et le Maroc, le 20 mai 2021. Crédit : Reuters

Les garde-frontières ont renforcé ce week-end leur surveillance aux abords de Ceuta. Les renseignements espagnols craignent une arrivée massive de migrants, après la diffusion en ligne de nombreux messages signalant un relâchement des autorités dans la nuit du 24 au 25 décembre.

Les autorités marocaines ont renforcé depuis vendredi après-midi leur surveillance au poste-frontière de Ceuta, aux abords du col du Tarajal. D'après des sources policières espagnoles, la Garde civile et la police nationale étaient également en situation d'alerte bien que, pour le moment, "aucun mouvement suspect n'ait été enregistré à proximité de la frontière", a indiqué l'agence de presse EFE. Selon le site marocain Yabiladi, le nouveau déploiement sécuritaire a tout de même "contraint des jeunes à rebrousser chemin".

Cette décision a été prise suite à une série de messages publiés sur Internet, qui annonçaient un assouplissement des mesures de sécurité au poste frontière. D’après le journal El Faro de Ceuta, de nombreux messages WhatsApp, des vidéos datées ainsi que des prétendues annonces officielles ont circulé dans la nuit du 24 au 25 décembre.

Le Maroc renforce ses frontières nord et sud avec Ceuta. Crédit : Google map
Le Maroc renforce ses frontières nord et sud avec Ceuta. Crédit : Google map


Trois personnes, "liées à la diffusion massive de canulars autour d'une potentielle ouverture des frontières avec Ceuta" ont déjà été arrêtées par les autorités marocaines pour "incitation à l’immigration illégale", révèle le média local.

Il y a deux semaines déjà, les renseignements espagnols avaient alerté que des milliers de Marocains pourraient traverser la frontière, "profitant du relâchement de la surveillance constatée traditionnellement lors de la célébration des fêtes de fin d’année". L’avertissement avait été transmis à l’exécutif à l’occasion d’une réunion du Conseil de sécurité d’Espagne, d’après la presse du pays.

Jeudi 23 décembre, un hélicoptère a d'ailleurs été déployé en collaboration avec la Garde civile à Béni Ensar, au sud de l'enclave espagnole de Melilla, pour empêcher le passage de près de 500 exilés subsahariens. La veille, 80 jeunes marocains avaient tenté, à l’aide d’une échelle, d’entrer sur le territoire espagnol.

Près de 12 000 migrants en deux jours

Objectif de ce renforcement sécuritaire à Ceuta ? Ne pas revivre les journées des 17 et 18 mai dernier, lorsque près de 12 000 migrants – dont de nombreux mineurs - avaient traversé l'enclave espagnole depuis la ville marocaine de Fnideq. Certains étaient même arrivés à la nage. La photo d’un jeune garçon de 16 ans, dans l’eau, avec des bouteilles en plastique en guise de bouées et implorant les autorités espagnoles de le laisser entrer, était devenue virale sur Internet. Elle avait aussi alerté sur l’immense désespoir de ces jeunes marocains, prêts à tous les dangers pour passer en Europe.

La plupart de ces exilés avaient été renvoyés au Maroc par l’Espagne, qui avait été accusée en retour de violer les conventions internationales sur l’asile et les droits des mineurs non accompagnés.

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La situation avait également aggravé la crise diplomatique déjà latente entre Rabat et Madrid, en raison de l’hospitalisation dans la capitale espagnole du chef du Front Polisario Brahim Ghali. Le gouvernement espagnol avait alors accusé le Maroc de délibérément laisser passer les migrants, pour faire pression.

"Talon d’Achille de l’UE"

Depuis, les relations entre les deux pays se sont apaisées. Le 16 décembre, au Sénat, le ministre des Affaires étrangères espagnol s’est félicité de la qualité de la coopération entre le Maroc et l’Espagne dans la lutte contre l’immigration irrégulière, notamment aux frontières de Ceuta et Melilla.

En plus de la mobilisation de ses effectifs aux frontières, le Maroc s’est engagé à construire de nouvelles clôtures, participant de fait au durcissement de la politique migratoire européenne. "Les autorités du pays voisin ne cessent de placer des barbelés sur leur territoire, et dans les nouvelles infrastructures de sécurité dont elles disposent le long des huit kilomètres qu'elle partage avec Ceuta", affirme dans un autre article El Faro de Ceuta.

Ailleurs en Europe, les exilés sont régulièrement utilisés à leur insu comme arme diplomatique entre les pays pour régler leurs différends. Depuis cet été, la Biélorussie est accusée d'orchestrer la venue de milliers de migrants à la frontière de l'Union européenne, en représailles aux sanctions imposées par l'Europe. Le 11 novembre, les pays occidentaux ont condamné à l’ONU une "instrumentalisation orchestrée d’êtres humains" afin de "déstabiliser la frontière extérieure de l’Union européenne".

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Au même titre que des sanctions économiques, les migrants servent donc de levier aux États hostiles à l’Europe pour servir leurs propres intérêts. "Ce sujet est le talon d’Achille de l’UE, les pays l’ont bien compris et s’en servent pour affaiblir le continent, avait expliqué à InfoMigrants François Gemenne, chercheur en sciences politiques et spécialiste des migrations à l'université de Liège. On organise notre propre vulnérabilité".

 

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