De septembre 2021 à janvier 2022, seize personnes, accusées d'être des passeurs, ont été condamnées par le tribunal de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Crédit : WikimediaCC
De septembre 2021 à janvier 2022, seize personnes, accusées d'être des passeurs, ont été condamnées par le tribunal de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Crédit : WikimediaCC

La semaine dernière, deux hommes ont été condamnés par le tribunal de Saint-Gaudens, dans le sud-ouest de la France, à des peines de prison ferme pour avoir transporté des migrants depuis l'Espagne. Ils avaient été arrêtés la veille, au péage de Melles. Une route "moins surveillée" que celle qui mène au Pays basque, mais où les contrôles sont désormais renforcés.

"J’ai décidé d’appliquer la méthode forte". Jeudi 6 janvier, le procureur de la République de Saint-Gaudens Christophe Amunzateguy a mis sa menace à exécution. Deux hommes "coupables d’aide à l’entrée irrégulière d’étrangers en France", ont été condamnés par le tribunal à quatre et six mois de prison ferme. Ils ont également écopé d’une interdiction de territoire de cinq ans. Leurs véhicules, l’argent de leur trafic et leurs téléphones leur ont été confisqués.

Les deux jeunes hommes originaires d’Algérie – l’un vit en France depuis cinq ans - âgés de 26 et 29 ans, avaient été arrêtés la veille par la police aux frontières (PAF) à Melles, ville frontalière entre l’Espagne et la France, en Haute-Garonne. Ils transportaient quatre personnes en situation irrégulière dans deux voitures. Coût du transfert, pour les passagers : 1 200 euros au total, indique le journal local La Dépêche

Depuis septembre 2021, seize personnes au total ont été condamnées pour les mêmes faits, en comparution immédiate, par le tribunal de Saint-Gaudens. Ce mois-là, 12 passages avaient été relevés au péage de Melles Pont-du-Roy selon le procureur. Le magistrat avait donc ordonné un renforcement des contrôles policiers sur ce "point de faiblesse", a-t-il expliqué à l’AFP.

Début octobre, huit passeurs algériens avaient été arrêtés à cet endroit. D’après la préfecture, ils avaient transporté "une trentaine de migrants, la plupart algériens". Et en septembre, toujours en Haute-Garonne, deux personnes avaient été interpellées au péage de Lestelle, sur l’autoroute A64. "L’enquête de la PAF avait permis d’établir qu’un de ces deux hommes effectuait de très nombreux allers-retours", peut-on lire dans La Dépêche. Entre janvier et octobre 2021, 49 passeurs ont également été arrêtés à Perpignan, plus à l’est.

"Pas de filière" de passeurs

Quel que soit leur point d’arrivée dans la région, les véhicules partent presque tous de Lérida, en Espagne, et emmènent les passagers jusqu’à la gare Matabiau à Toulouse pour un tarif de 200 à 300 euros. "Cela se fait soit par les réseaux sociaux, en indiquant une place à Lérida où on peut trouver des gens qui peuvent vous transporter, soit par la famille, qui connaissait ces passeurs et en parlait", explique Christophe Amunzateguy.

Malgré l’augmentation des passages dans la région, d'après le procureur, "il n’y a pas de filière" de passeurs mais "des individus qui proposent leurs services". La plupart sont originaires du Maroc et d’Algérie et résident en Espagne avec des statuts précaires. Ils transportent des hommes, des femmes et des enfants originaires d’Algérie eux aussi, et débarqués dans le sud de l’Espagne quelques jours ou semaines plus tôt.

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Partis des villes côtières algériennes dans de petits bateaux à moteur, ces exilés transitent par l’Andalousie avant de gagner le nord du pays, ou la France. "Le trafic étant plus verrouillé du côté de Perpignan ou d’Hendaye", les passeurs privilégieraient désormais la route qui passe par le centre de la Haute-Garonne, via Toulouse, "moins surveillée", indique France 3 Occitanie.

Christophe Amunzateguy assure tout de même qu’après les arrestations de ces derniers mois, les contrôles se poursuivent en ce début d’année 2022 en Haute-Garonne. Il a d’ailleurs rencontré la police espagnole afin de renforcer les points de contrôle, et pris contact avec son homologue de Lérida. Le procureur prévient : "La vigilance demeure" pour dissuader toute tentative de passage irrégulière. 

 

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