Dans le Calaisis, les expulsions et les démantèlements de camps sont presque quotidiens pour les exilés. Crédit : Utopia 56
Dans le Calaisis, les expulsions et les démantèlements de camps sont presque quotidiens pour les exilés. Crédit : Utopia 56

Une nouvelle structure a ouvert lundi à Calais pour stocker les biens personnels des migrants perdus ou confisqués lors des évacuations de campements. Les exilés peuvent s'y présenter spontanément pour récupérer leurs affaires. Alors que l'État vante un "dispositif inédit", les associations déplorent de leur côté une "logique absurde".

Le dispositif avait été annoncé en grande pompe par la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, lors d’une visite à Calais début décembre. Le nouveau lieu pour restituer les affaires des migrants perdus ou saisis lors des démantèlements de camps du nord de la France a ouvert lundi 10 janvier, indique France Bleu Nord.

Les exilés peuvent se présenter dans la structure du lundi au vendredi entre 13h et 16h. Chaque jour, quatre personnes accueillent les exilés, trient et sèchent les tentes et couvertures. "Une fois que le portique de sécurité est passé, les migrants peuvent venir par groupe de huit et récupérer leurs biens [personnels]", explique à la radio locale François Cordier, président de l’association Face Valo, mandatée par l’État pour gérer les lieux.

Les sacs à dos, les téléphones ou les papiers d’identité sont restitués aux migrants qui peuvent identifier leurs effets personnels. Les tentes, les couvertures, les bâches ou les vêtements sont en revanche rendus aux exilés, sans que ces affaires ne soient nominatives, car il est "impossible de nommer le premier propriétaire", ajoute François Cordier.

Depuis le début de la semaine, une quarantaine de migrants se sont rendus sur place, selon France Bleu Nord.

"Un dispositif inédit"

Ce nouveau site remplace celui de la Ressourcerie, fermé l’été dernier, pour des raisons de sécurité. "Nous avons depuis gardé toutes les affaires récupérées", assure à France Bleu Nord la sous-préfète de Calais, Véronique Deprez-Boudie. "Parfois les migrants ne sont pas sur place [lors des évacuations de campements, ndlr] : ils sont avec des associations ou ailleurs et ils ne peuvent donc pas évacuer leurs affaires. C’est essentiel qu’ils puissent les récupérer", continue-t-elle.

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Pour les autorités, l’ouverture de cette structure est une preuve de plus que les accusations de vols des affaires des migrants sont infondées. "Il est hors de question de laisser dire que des vols sont effectués par les forces de l’ordre", insiste Véronique Deprez-Boudie, et d’ajouter : "C’est un dispositif inédit, qui n’existe nul par ailleurs en France. Nous ne sommes pas obligés de le faire".

"Une logique absurde"

Du côté des associations, qui ont refusé de prendre part au projet, on pointe du doigt une "logique absurde". "Au lieu de mettre en place un tel système, il faut simplement arrêter cette politique inhumaine qui consiste à démanteler les camps quotidiennement et à voler les effets personnels des exilés", estime Pierre Roques, coordinateur de l’Auberge des migrants à Calais, joint par InfoMigrants.

"On est dans un pays où on met à l’abri des tentes et des couvertures qu’on vole tous les deux jours à des personnes vivant en plein hiver et on s’en félicite sur les réseaux", a pour sa part déclaré l’association Calais food collective, en réponse à un tweet de la préfecture du Pas-de-Calais annonçant l’ouverture du nouveau lieu.

***Le nouveau lieu de restitution des affaires est situé rue des Huttes, à Calais.

 

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