Une fois les abris des exilés détruits, de grands tractopelles ramassent leurs affaires avant de les jeter, à Grande-Synthe, le 13 janvier 2021. Crédit : Capture d'écran / Human Rights Observers
Une fois les abris des exilés détruits, de grands tractopelles ramassent leurs affaires avant de les jeter, à Grande-Synthe, le 13 janvier 2021. Crédit : Capture d'écran / Human Rights Observers

Au moins 150 personnes, dont des familles avec enfants, ont été expulsées jeudi de leur lieu de vie informel situé à Grande-Synthe. D'après les associations, les autorités n'avaient ce matin-là qu'un objectif : "la destruction totale du lieu de vie", à grands renforts de bennes et de pelleteuses. Des expulsions "violentes" qui poussent les exilés à fuir par la mer, au péril de leur vie.

Depuis lundi, les migrants expulsés de leur lieu de vie à Calais peuvent aller récupérer leurs affaires dans une structure dédiée. À quelques kilomètres de là, à Grande-Synthe, les abris de fortune et les couvertures, couettes et sacs de couchage sont balayés par les pelleteuses, et jetés dans des bennes à ordures.

D’après un décompte du collectif Human Rights Observers, au moins 149 tentes et bâches, et 88 couvertures et duvets ont été détruits jeudi 13 janvier sur un terrain vague de la commune de Loon-Plage, proche du chemin de fer. Elles appartenaient aux migrants - entre 150 et 200 - qui s’y étaient installés, et qui ont été expulsés par les forces de l’ordre, "en plein hiver".

"À la fin, il ne reste rien"

Ce matin-là, à 7h45, un convoi policier composé de 16 vans de CRS, et des effectifs de la police nationale et de la police aux frontières (PAF) accompagnés d’un huissier de justice investissent le camp. Les agents de nettoyage sont en nombre eux aussi. Et ils sont équipés. "Dès leur arrivée, ils ont pris place dans des petits tractopelles rouges, et deux grands camions bennes. En quelques heures, ils ont ratissé le terrain. L’objectif, c’était la destruction totale du lieu de vie, explique Emma, de Human Rights Observer, présente sur place. Tout abri quel qu’il soit est détruit pour le rendre inutilisable".

Les arceaux des tentes sont cassés, les tentes, jetées. Les petits abris en bois que construisent les migrants sont eux aussi réduits en pièces. "Une fois tout cela détruit, de gros tractopelles ramassent tout ce qu’il reste. Y compris les vêtements et la nourriture, ajoute la militante. À la fin, il ne reste rien".

>> À (re)lire : Grande-Synthe : des exilés soutenus par des associations saisissent la justice après l'expulsion de leur campement

Des faits qui ne sont pas sans évoquer la polémique sur les tentes lacérées et la destruction des affaires des migrants qui avait éclaté quelques jours après le naufrage dans la Manche qui a coûté la vie à 27 personnes. Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti avait alors assuré qu'il n'y avait pas "d'ordre gouvernemental pour lacérer des tentes". "Vous vous rendez compte de ce que l’on suggère ? Que l’on pourrait, comme ça, impunément lacérer des tentes, qu’on l’encouragerait et qu’on ne distribuerait pas des vivres à ces migrants ?" s'était-il insurgé sur France 5.

Des migrants poussés à prendre la mer "par tous les moyens"

Entre 150 et 200 personnes avaient élu domicile dans ce camp : des hommes seuls, mais aussi des familles avec de jeunes enfants, pour la plupart originaires du Kurdistan irakien et d’Afghanistan. D’après Human Rights Observer, une dizaine d’entre eux ont pris place dans des bus, direction les centres d'accueil de la région. Les autres ont été escortés par la police en dehors du périmètre de l’expulsion. "Ils ne savaient pas trop quoi faire ni où aller. Ils attendaient. Certains avaient des caddies avec quelques affaires. Mais beaucoup n’avaient plus rien".

>> À (re)lire : "Bien sûr que j’ai peur" : à Grande Synthe et Calais, les migrants déterminés à partir malgré le naufrage meurtrier

Le jour de l’expulsion, 50 migrants du camp n’étaient pas sur le lieu de vie. "Ils étaient partis tenter leur chance dans la Manche, affirme Emma. Mais le bateau s’est vite retrouvé submergé. Ils ont été secourus par les autorités". D’après elle, ce sont justement ces expulsions "permanentes" et "violentes" qui incitent les exilés à "partir le plus rapidement possible, par la mer". Jeudi 6 janvier, une expulsion avait déjà été conduite sur ce même terrain.

"Harassés par des conditions de vie déplorables sur le littoral français, "ils tentent par tous les moyens de gagner le Royaume-Uni". Y compris en embarquant sur des bateaux surchargés, non adaptés à ce genre de traversée.

Vendredi, le premier décès de l'année a été enregistré dans la Manche. Il s'agit d'un jeune Soudanais âgé d'une vingtaine d'années.

 

Et aussi