Une vedette des garde-côtes libyens en Méditerranée. Crédit : compte twitter du Louise Michel
Une vedette des garde-côtes libyens en Méditerranée. Crédit : compte twitter du Louise Michel

Selon le navire humanitaire Louise Michel, présent en mer Méditerranée, les garde-côtes libyens ont tiré sur un migrant qui tentait de leur échapper en sautant à l'eau. Le navire d'aide, témoin de l'incident, n'a pas retrouvé le migrant visé par les tirs.

Le navire humanitaire Louise Michel, financé par l’artiste Banksy, a été témoin d'un nouvel incident violent en mer Méditerranée. Mercredi 19 janvier, alerté par la plateforme de surveillance Alarm Phone, le bateau s’est dirigé vers une embarcation en détresse pour lui porter secours. "Nous étions assez loin, nous avons filé à toute vitesse et mis deux heures pour rejoindre la position", détaille Marie, membre de l'équipage, à InfoMigrants.

Vers 16h, à l’arrivée du Louise Michel, les sauveteurs ont repéré la présence d’une vedette des garde-côtes libyens. "Ils étaient autour du canot. Ils avaient dû également recevoir le message de détresse [relayé par Alarm Phone] car plusieurs drones de Frontex opèrent dans la zone", continue-t-elle.

"Les garde-côtes ont commencé à embarquer des gens sur leur bateau […] Nous avons décidé de rester à l'écart afin d'empêcher les migrants de sauter à l’eau. Pourtant, au moins une personne a sauté désespérément dans l'eau et a essayé de nager vers notre navire", explique-t-elle encore.

C’est à ce moment-là que les garde-côtes libyens ont tiré. Le Louise Michel a donc reculé. "Ils se sont assurés que personne ne suivrait cet exemple en tirant", explique un autre sauveteur interrogé par le blog militant The civil fleet.

"Nous n'avons trouvé personne dans l'eau"

Impossible de savoir si la personne visée a été touchée. Elle n’a, en tout cas, pas réussi à atteindre le Louise Michel. "Après le départ des Libyens, nous sommes retournés à notre première position. Nous n'avons trouvé personne dans l'eau. Nous avons juste vu un canot pneumatique abandonné et dégonflé", déclare Marie.

"Le fait qu'un navire de sauvetage civil ait une fois de plus été entravé dans sa mission par les prétendus garde-côtes libyens nous a laissés sans voix. Cela montre une nouvelle fois que les ONG seules ne pourront jamais combler le vide volontairement créé par l'UE en termes de sauvetage", poursuit-elle. "Aux frontières européennes, certaines vies n'ont tout simplement pas d'importance."

Ce n’est pas la première fois que les Libyens font usage de leurs armes à feu face aux migrants en mer. Les pêcheurs présents dans la zone, notamment au large de la Tunisie, ont affirmé à InfoMigrants que les tirs des Libyens étaient monnaie courante envers les frêles embarcations.

32 000 personnes interceptées en mer et ramenées en Libye en 2021

Récemment, en juillet 2021, les garde-côtes libyens avaient fait usage de leurs armes au large de Lampedusa. La scène, filmée par l’organisation depuis son avion de surveillance Seabird, montre un bateau libyen s’approcher tout près d’une embarcation en bois, et tirer dans l’eau à balles réelles. 

Les navires humanitaires essuient également de nombreuses agressions. Au mois de novembre 2021, les autorités libyennes avaient exhorté d'un ton menaçant l'équipage du Sea-Watch 4 à quitter la zone de sauvetage. Et menacés "d’emmener" l’équipage "en Libye".

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 32 425 migrants ont été interceptés alors qu'ils tentaient de traverser la Méditerranée en 2021 et ramenés en Libye, pays qu'ils cherchent à fuir. C'est près de trois fois plus qu'en 2020.

En juillet dernier, l'Italie, avec le soutien de l'UE, a renouvelé son soutien financier et matériel aux garde-côtes libyens, dans le but de stopper les embarcations de migrants. Rome leur fournit notamment des vedettes rapides. D’après un rapport de l’ONG Oxfam, "32,6 millions d'euros au total ont été alloués aux garde-côtes libyens depuis 2017", date de la signature du premier accord entre l'Italie et la Libye.

 

Et aussi