Les autorités turques recouvrent les corps des migrants retrouvés non loin de la frontière grecque, le 2 février 2022. Ils sont morts de froid. Crédit : Gokhan Balci/AA/picture alliance
Les autorités turques recouvrent les corps des migrants retrouvés non loin de la frontière grecque, le 2 février 2022. Ils sont morts de froid. Crédit : Gokhan Balci/AA/picture alliance

En deux jours, les corps de 19 migrants, morts de froid, ont été découverts en Turquie non loin de la frontière grecque. La Grèce et la Turquie se renvoient la responsabilité de ces drames.

Des découvertes macabres. Le nombre de migrants morts de froid retrouvés en Turquie près de la frontière grecque s’élève désormais à 19, après la découverte de nouvelles victimes, ce jeudi 3 février.

"Le nombre de corps que nous avons découverts dans les opérations de recherche aujourd'hui et hier appartenant aux migrants qui ont été repoussés par les Grecs et qui sont morts de froid s'élève malheureusement à 19", a annoncé dans un communiqué le gouvernorat d'Edirne (nord-est), ville proche de la frontière grecque.

La veille, les corps de 12 migrants avaient déjà été découverts au niveau du village de Pasakoy, à la frontière turco-grecque. Selon l'agence de presse privée turque DHA, ces 12 premières dépouilles ont été transférées à l'Institut de médecine légale à Istanbul.

Le ministre de l'Intérieur turc Süleyman Soylu avait publié sur Twitter quatre photos floutées des corps sans vie à même le sol, en lisière d'un chemin boueux.

Le gouvernorat d'Edirne n'a pas précisé où les sept nouveaux corps ont été découverts.

"Inadmissible"

Ce jeudi, avant l'annonce de la découverte de nouveaux corps, le président turc s'était exprimé sur le sujet. "Il est inadmissible de laisser 12 personnes mourir de froid. Mais ce n'est pas la première fois que nous faisons face à ce comportement de la part de la Grèce", avait-il déclaré, dénonçant le "silence" de l'Union européenne.

Le ministre turc Süleyman Soylu avait, lui, accusé les garde-frontières grecs d’avoir repoussé les douze migrants et de les avoir "dépouillés de leurs vêtements et de leurs chaussures". Ce qu'Athènes a démenti.

Les deux pays se renvoient depuis toujours la responsabilité de la prise en charge des migrants à cette frontière. La Turquie accuse régulièrement les autorités grecques de repousser illégalement vers son territoire les migrants tentant de passer en Grèce. Mercredi, le ministre turc de l'Intérieur est même allé jusqu’à traiter Athènes de "voyou".

Là encore, les autorités grecques démentent. Athènes accuse en retour Ankara de fermer les yeux sur les personnes qui tentent de franchir la frontière, en violation de l'accord de mars 2016, qui prévoyait un réel effort de la Turquie pour limiter les migrations.

"Fausse propagande"

Ainsi, la Grèce campe sur sa position. "La mort [mercredi] de 12 migrants à la frontière turque près d'Ipsala est une tragédie" mais "toute suggestion selon laquelle ils auraient été repoussés en Turquie est absolument infondée. Ils n'ont jamais atteint la frontière", a réagi le ministre grec des Migrations, Notis Mitarachi. Ce dernier a fustigé "la fausse propagande" de la Turquie.

Dans la région de l’Evros, où les 19 corps ont été retrouvés, les refoulements illégaux sont nombreux. InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de migrants affirmant avoir été repoussés par les garde-frontières grecs.

En octobre dernier, la rédaction avait pu rencontrer un ex-policier grec à la retraite qui déclarait avoir lui-même renvoyé illégalement, pendant des années, des milliers de migrants vers les côtes turques. "Régulièrement, mes collègues m’appelaient pour me prévenir qu’ils allaient venir avec des migrants. Ils étaient généralement rassemblés par groupe de 10 environ. Mon rôle était simple : je les faisais monter sur mon bateau, souvent à la tombée de la nuit et je les ramenais vers les côtes turques", avait-il raconté.

 

 

Et aussi