L'aéroport international Hazrat Shahjalal à Dhaka, au Bangladesh. Crédit : Arafatul Islam
L'aéroport international Hazrat Shahjalal à Dhaka, au Bangladesh. Crédit : Arafatul Islam

Au cours des 12 derniers mois, l'Allemagne a expulsé plus d'une centaine de migrants bangladais dont la demande d'asile avait été rejetée. D’autres ont quitté volontairement le pays avec le soutien financier des autorités allemandes.

Depuis janvier 2021, l'Allemagne a expulsé au moins 119 demandeurs d’asile bangladais déboutés, selon le ministère allemand de l’Intérieur.

Rien qu’en janvier de cette année, "26 ressortissants bangladais ont été expulsés d'Allemagne vers le Bangladesh", a récemment déclaré Sascha Lawrenz, porte-parole du ministère.

"Les autorités de l'État ont transféré les migrants à l'aéroport et des agents de la police fédérale les ont accompagnés sur leur vol vers le Bangladesh", a expliqué Sascha Lawrenz à InfoMigrants. Il précise aussi que "93 ressortissants bangladais ont également été expulsés vers leur pays d'origine au cours de la période allant de janvier à novembre de l'année dernière." Le mois de décembre dernier ne figure donc pas encore dans ce bilan.

Si Sascha Lawrenz n’a pas voulu commenter d’éventuelles nouvelles expulsions à venir, de nombreux experts estiment que d'autres renvois de ressortissants bangladais auront lieu dans les prochains mois.


Des officiers de police allemand accompagnent un vol d’expulsions de demandeurs d’asile déboutés. Crédit :  Picture alliance
Des officiers de police allemand accompagnent un vol d’expulsions de demandeurs d’asile déboutés. Crédit : Picture alliance


Eviter les restrictions de visas de court séjour

Le Bangladesh a signé en 2017 des accords avec l’Union européenne, appelés Procédures opérationnelles standard (SOP), pour que le pays reprenne les migrants bangladais en situation irrégulière sur le continent.

"Nous avons reçu des demandes de délivrance de documents de voyage pour 816 personnes de la part de l'autorité allemande depuis la signature des SOP. Beaucoup d'entre elles ont déjà quitté l'Allemagne", a déclaré Mosharraf Hossain Bhuiyan, ambassadeur du Bangladesh à Berlin, à InfoMigrants.

"Nous pourrions être confrontés à des restrictions de visas si nous ne suivons pas les SOP", a-t-il ajouté. Cette crainte semble réelle puisque la Commission européenne a proposé, au début de l'année dernière, d'instaurer des restrictions temporaires sur les visas de court séjour à l'encontre des ressortissants du Bangladesh, d’Irak et de Gambie, si ces pays ne coopèrent pas dans le cadre des accords signés avec Bruxelles.

En réponse, le gouvernement du Bangladesh a sommé toutes ses ambassades au sein des pays de l’UE de respecter l'accord afin d’éviter de telles représailles. Résultat : les ambassades délivrent plus rapidement qu'auparavant les documents de voyage aux demandeurs d'asile bangladais déboutés, ce qui facilite les expulsions.


Un groupe de migrants à Cologne, en Allemagne. Crédit : Picture alliance
Un groupe de migrants à Cologne, en Allemagne. Crédit : Picture alliance


Aide financière 

Mansoor Ahmed (le nom a été modifié) a fait partie des Bangladais en situation irrégulière à être rentré dans son pays après le rejet de sa demande d’asile. Il explique que les autorités allemandes offrent une aide financière aux personnes quittant volontairement le pays.

"Les autorités m'ont dit qu'elles m'expulseraient vers le Bangladesh si je ne rentrais pas volontairement. Alors j'ai décidé de rentrer, même si j'ai vécu pendant six ans en Allemagne et que je voulais construire mon avenir dans le pays", témoigne Mansoor. "J’ai reçu un billet d'avion gratuit pour Dhaka et 1 200 euros une fois à l'aéroport."

D’autres sans-papiers, qui sont retournés volontairement au Bangladesh, ont confirmé avoir perçu une aide financière avant de prendre l’avion en Allemagne. Ce soutien financier n’est pas offert aux personnes expulsées de force.

Les migrants qui rentrent volontairement sont également censés bénéficier d'une aide à long terme au Bangladesh grâce à des plans de réintégration économique financés par l'UE.

"Nous leur offrons de la nourriture, un abri et, si nécessaire, une aide psychologique à leur arrivée à l'aéroport de Dhaka", assure Shariful Hasan, de l’ONG Bangladesh Rural Advancement Committee (BRAC). L’organisation met en œuvre des projets d’intégration des migrants, financés par l'UE au Bangladesh.

"À long terme, ces personnes ont la possibilité de suivre un programme de formation de leur choix, ainsi que de bénéficier d’un soutien financier pour ensuite s’impliquer dans des activités génératrices de revenus."

Selon Shariful Hasan, "environ 200 rapatriés d'Allemagne ont bénéficié d'un tel soutien l'année dernière".

Des demandes d'asile en baisse

D’après les chiffres de l'Office fédéral allemand des migrations et des réfugiés (BAMF), le nombre de demandes d’asile de ressortissants bangladais a fortement diminué depuis la signature de l’accord de 2017 entre le Bangladesh et l’UE.

Près de 570 citoyens bangladais avaient tenté d’obtenir l'asile en Allemagne en 2017, contre moins de 190 en 2020.

Et l’an dernier, seules 125 demandes d’asile émanant de citoyens bangladais ont été enregistrées dans le pays. Selon les statistiques du BAMF, 6% des demandes ont été acceptées l’an dernier, soit le le taux de protection le plus bas depuis 2017.

 

Et aussi