A Calais, l'association Mosaïc organise des événements festifs pour lâcher prise. Crédit : David Perriers pour Mosaïc
A Calais, l'association Mosaïc organise des événements festifs pour lâcher prise. Crédit : David Perriers pour Mosaïc

L'association Mosaïc, fondée à l'été 2021, vient en aide aux migrants de Calais en leur proposant de se changer les idées en musique, autour d'un bon plat ou grâce à des activités culturelles. Une bouffée d'air frais pour ces exilés davantage coutumiers des démantèlements que des fêtes.

Sound system, instruments de musique, matériel de peinture… À Calais, l'attirail que transportent les membres de l'association d'aide aux migrants Mosaïc contraste avec les biens habituellement apportés aux exilés à la rue. Dans leur fourgon, ni couvertures, ni tentes, mais de la bonne humeur et un esprit festif.  

Créée durant l'été 2021, Mosaïc n'est, contrairement à nombre d'acteurs associatifs, pas là pour effectuer des mises à l'abri ou répondre aux besoins de première nécessité des migrants, au nombre de 2000 environ dans la région. Elle veut d'ailleurs sortir de cette dynamique d'urgence et de la relation aidants-aidés qui s'instaure généralement entre membres d'associations et exilés.

"Les migrants n'ont pas d'espace de partage avec les Français, à part la police et les volontaires qui sont souvent dans le rush", constate Foued, le fondateur de 31 ans. "Moi, je veux favoriser le lien entre les exilés et les Français." 

Le bénévole - qui travaille aussi de manière bénévole pour l'association Utopia 56 - a imaginé des moments simples où les exilés "ne nous demandent rien et où on ne leur demande rien". 

"Juste de l'écoute, des danses, des chants, des sourires"

Mosaïc est née pendant des trajets en voiture, lorsque Foued et d'autres membres d'Utopia 56 emmenaient des migrants à l'hôpital. "J'ai toujours une enceinte dans la voiture, explique Foued à InfoMigrants. Et j'ai pu observer que cela suffisait pour créer du lien avec les personnes exilées en quelques minutes seulement. La musique, ça aide, c'est un outil de partage extraordinaire."

Mosaïc l'utilise donc comme un moyen de communication précieux pour ces personnes avec lesquelles il est souvent impossible d'échanger en raison de la barrière de la langue. "Avec des Afghans, on avait mis un son du rappeur Jul et de la rappeuse italienne Anna. Les Afghans étaient un peu dans le questionnement parce que, musicalement parlant, c'est à des années-lumière de ce qu'ils peuvent écouter", explique Foued. "Certains aimaient, d'autres pas. Et c'est très bien comme ça : ce qu'on veut, c'est créer des émotions. Ce sont vraiment des moments de partage, juste de l'écoute, des danses, des chants, des sourires."


"Des Afghans et des Soudanais ont peint. Certains ont représenté la mer." Crédit : David Perriers pour Mosaïc
"Des Afghans et des Soudanais ont peint. Certains ont représenté la mer." Crédit : David Perriers pour Mosaïc


L'association a investi dans du matériel de festival, notamment de grosses enceintes et des luminaires "pour créer de petites ambiances sympas" et permettre aux gens de danser en plein air, dans ces campements davantage habitués aux démantèlements, quasi quotidiens, qu'aux fêtes. 

En janvier, un match de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), qui opposait le Soudan à la Guinée, a par ailleurs été diffusé sur un terrain en friches planté de tentes, à l'aide d'un vidéoprojecteur. "Ça a été très bien reçu par les personnes, se félicite Foued. C'était accessible à tous et il y avait pas mal de Calaisiens. Ils ont passé un moment festif avec de la musique et du foot."

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Un repas a également été organisé début janvier. "On avait ramené du matériel de peinture, raconte encore le fondateur. Des Afghans et des Soudanais ont peint. Certains ont représenté la mer, un autre a dessiné une fenêtre en disant que c'était celle qu'il aurait dans sa maison plus tard."

Des tours d'auto tamponneuses et des churros

Quelques jours plus tard, le 17 janvier, une sortie dans une fête foraine a été organisée pour environ 25 jeunes migrants âgés de 15 à 20 ans. Des "bambinos", comme les appelle affectueusement Foued. 

"Ils ont fait des tours d'auto tamponneuses et de manèges à sensations fortes et ils ont mangé des churros. C'était top. C'était une première pour eux. Certains nous ont dit que ça leur permettait d'oublier les tragédies qu'ils ont vécues."

Les participants à cette sortie, majoritairement des Soudanais et des Érythréens, ont aussi, l'espace de quelques heures, discuté d'autre chose que de leurs tentatives de traversée vers l'Angleterre. "D'habitude ça peut être tendu entre ces communautés car elles se partagent les lieux où les migrants essaient de monter dans des camions [pour traverser clandestinement le tunnel de la Manche, ndlr]. Mais ce jour-là, il n'y avait aucune place pour les tensions."

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S'amuser pour lâcher prise et profiter, pour une fois, de l'instant présent. "Le but c'est qu'ils ne soient plus dans la projection dans laquelle ils se trouvent depuis des années. On ne veut plus qu'ils se disent : 'Ah ce sera bien en Angleterre', mais plutôt : 'Là, maintenant, je suis bien'".

L'association, qui s'apprête à lever des fonds, préfère rester discrète sur les futurs événements. Histoire d'éviter les déconvenues. Mi-janvier, la police n'a pas hésité à interrompre la diffusion d'un match de foot organisé par Mosaïc, ramenant brutalement les téléspectateurs à ce quotidien calaisien sans divertissement.

 

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