Des migrants au bout de la digue de Melilla, arrêtés par les forces de l'ordre, le 16 juin 2021. Crédit : Garde civil/Twitter
Des migrants au bout de la digue de Melilla, arrêtés par les forces de l'ordre, le 16 juin 2021. Crédit : Garde civil/Twitter

La police nationale espagnole a démantelé à Melilla un réseau de passeurs qui faisait passer illégalement des personnes depuis le Maroc voisin, en passant par la mer. Ils facturaient le passage entre 500 et 4 000 euros.

Cinq personnes impliquées dans un réseau d'immigration clandestine ont été inculpées lundi 7 février dans l'enclave espagnole de Melilla, a déclaré la police. Selon un porte-parole, trois d'entre elles ont déjà été arrêtées, dont le propriétaire d'un petit bateau qui est entré dans la ville à la mi-janvier. Un autre a été interpellé au Maroc et un dernier est toujours recherché par les autorités.

Le modus operandi était le suivant : les trafiquants faisaient monter les migrants dans un bateau depuis le Maroc et les faisaient débarquer sur les côtes de Melilla. Le 9 janvier, la police a expliqué avoir arrêté les passeurs à bord d’un bateau de plaisance (battant pavillon espagnol) accompagnés de 18 migrants de diverses nationalités. Le prix payé par les exilés "variait en fonction de la capacité économique de chacun, allant de 500 à plus de 4 000 euros".

Le bateau a été intercepté par la Garde civile et les passeurs ont été transférés à l'Unité de lutte contre les réseaux d'immigration illégale et les falsifications de documents (Ucrif) à Melilla. Le porte-parole de la police a précisé que les personnes impliquées, dont le skipper du bateau, la personne qui volé le bateau et les organisateurs des voyages sont en collusion avec une branche marocaine. "Ils font partie d'un même réseau qui opère entre le Maroc et Melilla".

Un réseau qui opérait entre le Maroc et l'Espagne

L’organisation était divisée en deux branches avec deux rôles distincts : les trafiquants basés au Maroc étaient chargés du recrutement des migrants (souvent des Africains désireux de passer en Europe) et de leur transport jusqu’au point d'embarquement sur la côte marocaine, et la branche espagnole à Melilla était en charge d'organiser le voyage, de fournir les bateaux et de "réceptionner" les exilés une fois sur le sol espagnol.

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Dans le détail, après avoir été sélectionnés, les migrants patientaient dans un ranch près de la ville marocaine de Nador, d'où ils ont été transférés dans des véhicules le matin même du voyage vers une zone boisée sur la côte marocaine. Ils étaient ensuite guidés à pied par une tierce personne connaissant la région jusqu'au point d'embarquement.

Les trafiquants ont confessé que la taille de l'embarcation utilisée le jour de leur arrestation était insuffisante pour accueillir les passagers prévus. Les conditions météorologiques étaient mauvaises et les vagues fortes. "Le navire a commencé à se remplir d'eau […] Loin de ralentir, le pilote du bateau a accéléré une fois qu'il a vu la côte de Melilla, le bateau s’est échoué sur les rochers mettant la vie des victimes en danger. La plupart ne savaient pas nager et ne portaient pas de gilets de sauvetage", a expliqué l'un d'eux aux autorités. 

Melilla et Ceuta constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec l’Afrique. De nombreux migrants tentent depuis des années d'entrer dans ces territoires pour avoir un pied en Europe et demander l'asile. Les tentatives par la mer restent rares, les migrants préférant essayer de passer via le franchissement de leurs grillages. Des dizaines de migrants lancent régulièrement des "assauts" - ou des "charges" - contre ces murs de barbelés de plusieurs mètres de haut.

 

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