Les forces de l'ordre interdisent l'accès à l'immeuble occupé par le collectif Calais logement pour toutes. Crédit : Calais Food Collective
Les forces de l'ordre interdisent l'accès à l'immeuble occupé par le collectif Calais logement pour toutes. Crédit : Calais Food Collective

À Calais, les membres d'un collectif d'aide aux migrants occupent depuis une semaine une barre d'immeuble vide dans l'espoir d'y loger des exilés à la rue. Depuis mardi, ils se disent "assiégés" par la police qui bloque l'acheminement de denrées à l'intérieur du bâtiment.

À Calais, des membres d'associations d'aide aux migrants se sont installés depuis une semaine dans deux bâtiments de la ville laissés à l'abandon, dans l'espoir d'en faire des squats pour les personnes à la rue. 

"Nous occupons actuellement certains des nombreux bâtiments de la ville de Calais qui restent vides et gaspillés pendant que les gens dorment dans les rues", ont annoncé lundi 7 février ces militants, regroupés sous le nom de "Calais logement pour toustes". 

D'un côté, une maison inoccupée "depuis de nombreuses années", selon eux ; de l'autre, une barre d'immeuble, évacuée de ses habitants "il y a au moins un an" dans l'attente de sa démolition. Dans ce vaste bâtiment, une quarantaine d'appartements auraient été investis par le collectif, qui assure disposer d'une facture d'électricité et d'une assurance habitation.

Aucun exilé ne serait pour l'heure présent dans ces lieux, le temps qu'ils soient "stabilisés", indique à InfoMigrants une membre de ce collectif qui invoque "le droit au logement". Selon les associations, environ 1 500 migrants dorment actuellement dehors à Calais.

"Assiégés"

Mais depuis mardi, l'ouverture du squat dans la barre d'immeuble se heurte à une forte présence policière. Les forces de l'ordre, alertées par le déploiement d'une banderole sur le bâtiment occupé, sont désormais postées au pied de cet immeuble, selon les personnes sur place. Ces dernières décrivent une "réponse démesurée" et affirment être "assiégées".

"La police nous a encerclés au 13 rue d'Ajaccio. Ils ne laissent entrer personne, ni eau, ni nourriture, ni matériel", ont-ils tweeté. "Ils ont coupé l'électricité, que nous avions rétablie, et coupé l'accès à l'eau", ajoute encore la membre du collectif, qui préfère garder l'anonymat. "Ceux qui sont à l'intérieur peuvent sortir mais à condition de se plier à un contrôle d'identité."

Des images partagées par les militants montrent des dizaines de CRS sur place. De légers affrontements ont eu lieu entre ces derniers et des personnes venues montrer leur soutien à la création de ce squat, selon une vidéo diffusée par les associations.

"On en a marre que les gens se fassent expulser toutes les 48 heures"

Les squats sont rarissimes à Calais. En cause : une répression accrue au moindre signe d'occupation d'un bâtiment, qui s'inscrit dans une politique toujours plus sévère à l'égard des migrants et des associations leur venant en aide.

Cela n'a pas toujours été le cas et des squats, pour certains abritant plus de 250 personnes, existaient il y a encore quelques années à Calais. Mais en 2014, les migrants qui y vivaient ont été sommés de quitter les lieux pour aller s’installer dans la "jungle", démantelée deux ans plus tard. Depuis, les migrants survivent dans des campements sauvages qui sont, ces dernières années, démantelés tous les deux jours.

>> À (re)lire : Mettre à l'abri les mineurs isolés de Calais : un défi quotidien

"On en a marre que les gens se fassent expulser toutes les 48 heures, c'est insupportable, c'est totalement inhumain et dégradant", s'insurge Laure, juriste pour l'ONG Human Rights Observers, justifiant le recours par les militants à une tentative d'ouverture de squat.

Une tentative de la dernière chance : cet hiver, la préfecture n'a pas activé, contrairement aux autres années, le plan Grand froid qui permet d'ouvrir des hébergements d'urgence à Calais pour y loger les migrants vivant dans des campements. Les autorités ont justifié cette mesure par le renforcement "des propositions de mises à l’abri" pour orienter les exilés "vers les centres d’hébergement situés hors de Calais". Laissant ainsi à la rue les nombreux exilés qui souhaitent rester dans les environs de Calais.

 

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