Éric Zemmour a asséné plusieurs contre-vérités concernant les demandeurs d'asile. Crédit : Reuters
Éric Zemmour a asséné plusieurs contre-vérités concernant les demandeurs d'asile. Crédit : Reuters

Contrairement aux propos du candidat d’extrême-droite à la présidentielle française, tous les demandeurs d’asile ne touchent pas 430 euros par mois de la part de l’État. Par ailleurs, Éric Zemmour commet une erreur en affirmant que les logements sociaux sont principalement occupés par des étrangers. Décryptage.

Les aides allouées aux demandeurs d'asile

Ce qu’il dit : "Savez-vous qu’en plus d’un hébergement gratuit et des soins gratuits, nous donnons à chaque demandeur d’asile pendant près d’un an, une carte bancaire créditée de 430 euros par mois, afin que celui-ci puisse dépenser tranquillement l’argent de vos impôts ?" (Meeting de Lille, le 5 février 2022)

De quoi parle-t-il ? Dans cette déclaration, Éric Zemmour évoque l’Aide pour demandeurs d’asile, l’ADA, mis en place en 2015. Cette aide est versée à toute personne qui s’est enregistrée en préfecture afin de déposer un dossier d’asile. Elle lui sert à acheter des produits de première nécessité, de la nourriture, des fournitures scolaires pour les enfants, des vêtements…

Pour obtenir cette allocation, le demandeur d’asile doit avoir accepté les conditions matérielles d’accueil de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), notamment l’hébergement au sein du Dispositif national d’accueil (DNA), généralement en région - ceux qui refusent un hébergement en région se voient couper leur ADA.

Une carte bancaire, qui permet uniquement d’effectuer des paiements et non des retraits d’argent, est délivrée aux demandeurs d’asile.

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Le montant de l’ADA peut varier selon la situation familiale de la personne. Un demandeur d’asile célibataire bénéficie de 6,80 euros par jour, soit 206 euros en moyenne par mois. Une famille composée de 10 personnes a le droit à 37,40 euros par jour.

À cette somme, peut s’ajouter une autre aide liée au paiement d’un logement. Si le demandeur ne s’est pas vu proposer un hébergement dans le DNA, il touche 7,40 euros supplémentaire. Le total de son aide s’élève ainsi à 14,20 euros par jour, soit 431 euros par mois.

Pourquoi c’est exagéré : Éric Zemmour assure que ces 431 euros sont versés à tous les demandeurs d’asile en plus d’un "hébergement gratuit". Cette affirmation est donc fausse.

Comme vu précédemment, les personnes hébergées dans le DNA bénéficient d’un montant total de 206,83 euros.

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D’après les statistiques gouvernementales de décembre 2021, la France compte un peu plus de 111 000 demandeurs d’asile. La majorité de ces personnes sont prises en charge par l’État. Selon le patron de l’Ofii, Didier Leschi, 30 % des demandeurs ne sont pas hébergés dans le DNA et pourraient prétendre donc à l’aide maximale.

L'hébergement des étrangers

Ce qu’il dit : "La loi Dalo (…) permet d’héberger des clandestins et des demandeurs de droit d’asile déboutés ou pas déboutés." (France Inter, le 7 février 2022) / "La loi SRU, qui oblige toutes les villes à faire du logement social à 25 %, essaime l'immigration." (Europe 1, le 6 janvier 2022)

De quoi parle-t-il ? La loi Dalo, pour Droit au logement opposable, instaurée en 2007, permet aux personnes mal logées d’être reconnues prioritaires afin de faire valoir leur droit à un logement ou un hébergement digne.

La loi SRU (Relative à la solidarité et au renouvellement urbain), adoptée en 2000, oblige certaines communes à disposer d'un certain nombre de logements sociaux. Elle a pour objectif de favoriser la mixité sociale en matière d'urbanisme.

Pourquoi c’est faux : Les demandeurs d’asile sont hébergés au sein du Dispositif national d’accueil (DNA). La Loi Dalo ne les concerne donc pas. Les personnes sans-papiers sont quant à elles exclues de ce dispositif, du fait de leur absence de document de séjour en règle sur le sol français.

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En revanche, les réfugiés et les bénéficiaires de la protection subsidiaire sont concernés par la loi Dalo, mais ils ne sont pas considérés comme des demandeurs d’asile ou des clandestins car ils possèdent désormais un statut en règle.

En ce qui concerne la loi SRU, là non plus, les personnes en situation irrégulière ne peuvent pas en bénéficier, pour les mêmes raisons que la loi Dalo. Et, contrairement aux affirmations d'Éric Zemmour, la Fondation Abbé Pierre assure qu'en 2021, 80 % des logements sociaux étaient occupés par des Français.

 

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