Une patrouille de police à Wimereux, dans le nord de la France, en septembre 2021. Crédit : Picture alliance
Une patrouille de police à Wimereux, dans le nord de la France, en septembre 2021. Crédit : Picture alliance

Des caméras, financées par les Britanniques, vont bientôt être installées à des "points stratégiques" du littoral du Pas-de-Calais. Le but : lutter contre les traversées de la Manche qui ont connu en 2021 un chiffre record.

La France et le Royaume-Uni développent encore un peu plus leur arsenal pour lutter contre les traversées de la Manche. Des caméras, financées par les Britanniques, vont bientôt être installées sur le littoral français qui s’étend sur plus de 130 km du Dunkerquois à la baie de Somme.

Les communes qui souhaitent s’équiper de ces appareils ont jusqu’à fin mars pour solliciter des fonds. À ce stade, "plus d’une vingtaine [de villes] ont souhaité s’inscrire dans cette démarche", a indiqué à l’AFP la préfecture du Pas-de-Calais, confirmant une information de la Voix du Nord.


Une trentaine de km séparent Calais, en France, de Douvres, en Angleterre. Crédit : Google maps
Une trentaine de km séparent Calais, en France, de Douvres, en Angleterre. Crédit : Google maps


Dans le cadre de ce projet, baptisé "Terminus", "un bureau d’études se déplace" depuis mi-janvier et jusqu’à mi-février, dans les villes concernées "afin de déterminer le nombre et l’emplacement précis des caméras", ont précisé les autorités.

"Début mars, les projets précis seront adressés aux collectivités afin de leur permettre de mobiliser les fonds britanniques au plus tard le 31 mars", a ajouté la préfecture. Un arrêté précisera "les modalités d’accès aux images et le renvoi de celles-ci vers les services de police et de gendarmerie".

Des caméras équipées de "quatre têtes"

Équipées de "quatre têtes", ces caméras seront "plus perfectionnées que celles existant sur la commune", a déclaré à l’AFP la maire de Wissant, Laurence Prouvot. Dans cette ville, située à une vingtaine km de Calais, "14 caméras doivent être installées". Certaines serviront spécifiquement à la lecture des plaques minéralogiques, à "toutes les intersections d’entrée", a expliqué l’édile.

Plus généralement, les autorités ont identifié des "points stratégiques, comme les intersections de départementales et points d'accès à la mer", souvent dénués de vidéosurveillance.

Les images seront centralisées par la gendarmerie et la police "qui pourront surveiller tous les mouvements suspects de véhicules", mais les mairies pourront également les visionner, selon Laurence Prouvot. Les autorités britanniques, en revanche, n’y auront pas accès.

Un avion de Frontex et un drone déployés au dessus de la Manche

Ces nouvelles technologies font partie d’un ensemble de nouveaux moyens mis en place par Paris et Londres. Fin novembre, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait annoncé le déploiement d’équipements ultra-modernes pour tenter de faire baisser les chiffres des départs dans la Manche.

>> À (re)lire : Des quads, des 4x4, des caméras... Dans le nord de la France, toujours plus de moyens pour lutter contre les traversées clandestines

Au cours de l'année 2022, 100 véhicules, "dotés de moyens de surveillance et de détection perfectionnés" seront livrés par le Royaume-Uni à la France pour sillonner la côte, écrivait le ministère dans un communiqué. À cela s’ajouteront "300 lampes, 160 projecteurs d’éclairage tactique, des moyens d’interceptions et de communication, mais aussi des effets d’habillement".

Par ailleurs, Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, a déployé fin 2021 un avion pour patrouiller jour et nuit au dessus de la Manche, et ainsi aider à repérer les canots de fortune qui tentent la traversée. Des drones ont également survolé la zone en janvier, "dans un cadre de secours à personne et de prévention des accidents en mer par des migrants tentant de traverser la mer par des embarcations de fortune", selon la préfecture citée par la Voix du Nord.

Record des traversées de la Manche en 2021

La question des traversées de migrants fait depuis des années l'objet de discussions entre la France et le Royaume-Uni. Rien qu’en 2021, les deux pays se sont entretenus au moins trois fois à ce sujet.

L’immigration peut aussi être source de tensions entre Paris et Londres. Après le naufrage meurtrier de 27 exilés dans la Manche fin novembre, les relations s’étaient encore tendues entre les deux États.

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, avait notamment publié une lettre sur Twitter, dans laquelle il donnait plusieurs idées pour contenir le flux de migrants, dont le possible renvoi d’exilés arrivés en Angleterre vers la France. Cette missive avait provoqué l’annulation de la venue à Calais de la ministre de l'Intérieur britannique Priti Patel lors d’une réunion sur la lutte contre l’immigration illégale.

Malgré ces nombreuses rencontres, qui ont débouché sur des stratégies d'action commune de plusieurs millions d’euros, les traversées de la Manche ont atteint un record en 2021, avec le passage de 28 000 migrants vers les côtes britanniques. Dans le même temps, le nombre de personnes naufragées prises en charge par les autorités françaises ont triplé : on comptait 1 002 migrants en 2021, contre 341 en 2020, soit une augmentation de 194%.

Cette année encore, les migrants sont nombreux à prendre la mer. En janvier, plus de 1 300 personnes ont atteint le Royaume-Uni, cinq fois plus qu'il y a un an à la même période.

 

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