Exemple d’une annonce sur les réseaux sociaux proposant des contrats de travail en Allemagne. Crédit : Capture d’écran
Exemple d’une annonce sur les réseaux sociaux proposant des contrats de travail en Allemagne. Crédit : Capture d’écran

Au Maroc, acheter un contrat de travail à travers un agent recruteur est une pratique courante pour tenter de se rendre en Europe. Mais ces agents peuvent coûter plusieurs milliers d’euros et nombre de candidats finissent par être victimes d’escroquerie.

Sur les réseaux sociaux au Maroc, H.J. est connu pour être un agent capable de procurer des contrats à ceux qui rêvent d’aller vivre et travailler en Allemagne, moyennant des sommes allant de 1 500 à 9 000 euros.

Aujourd’hui, H.J. est en prison à Kénitra, au nord de Rabat, pour avoir vendu de faux contrats de travail à des dizaines de Marocains. L’homme a été expulsé d’Allemagne en coopération avec les autorités marocaines. InfoMigrants a parlé à plusieurs de ses victimes.

L’histoire de Jamel 

Jamel* est titulaire d'une licence professionnelle et a un niveau B1 en langue allemande. Le manque de perspectives d’emploi au Maroc pousse le jeune homme a vouloir tenter sa chance en Allemagne. Pour s’installer et travailler dans un pays de l’Union européenne (UE), un ressortissant d’un pays tiers doit d’abord décrocher un contrat de travail pour pouvoir entamer la procédure de demande de visa.

Ne trouvant pas de contrat par ses propres moyens, Jamel fait appel à un agent recruteur. Il rencontre A., propriétaire d’une école de langues au Maroc. Jamel accepte de lui verser une avance de 1 500 euros sur les 5 500 euros que vont coûter le contrat de travail et le visa.

Après plusieurs mois d'attente, A. demande à Jamel de prendre un rendez-vous au consulat pour déposer ses documents, lui assurant que tout est réglé. Quelques jours plus tard, le recruteur demande finalement à Jamel d’annuler ce rendez-vous.

Le jeune Marocain commence à se poser des questions. Il soupçonne A. de faire traîner volontairement la procédure. Jamel mène sa petite enquête et trouve plusieurs personnes à Kénitra qui ont eu affaire à A. L'une des "clientes" de A. explique alors à Jamel qu'elle se trouve désormais sur une liste noire au consulat allemand de Rabat, car son dossier de demande de visa contenait un faux contrat que A. lui avait procuré.

Jamel retourne au bureau du courtier et obtient tant bien que mal le remboursement de son argent.

Malgré cette mésaventure, Jamel reste déterminé à rejoindre l'Allemagne. Il s'en remet à un autre recruteur, un certain H.J. En mai 2021, il lui verse un acompte, à nouveau 1 500 euros, pour lancer la recherche d'un contrat de travail. Deux amis de Jamel ont payé la même somme à H.J., à laquelle se sont ajoutés 4 000 euros une fois le contrat trouvé.

Un troisième ami de Jamel, qui vit en Turquie, assure avoir même payé 9 000 euros. Celui-ci n’a obtenu de H.J. qu’un faux contrat ne comportant même pas son nom, mais celui d’une autre personne. Et l'agent n'a plus donné signé de vie.

Les quatre hommes découvriront plus tard par leurs avocats qu’ils ont fait partie des 127 personnes victimes de H.J.


Exemple d'une annonce proposant de faux papiers d'identité. Crédit : capture d'écran Facebook
Exemple d'une annonce proposant de faux papiers d'identité. Crédit : capture d'écran Facebook


L'histoire d'Alia

Alia* est une jeune Marocaine titulaire d'une maîtrise en sciences. Elle a également suivi une formation en soins de santé et a un niveau B1 en allemand. Après plusieurs années de tentatives d’émigrer légalement en Allemagne, elle se résout à acheter un contrat de travail. Elle rencontre l’agent A., le même que celui avec lequel Jamel a tenté de faire affaire. A. réussit à faire partir Alia en Allemagne en lui fournissant de faux documents, moyennant une somme de 5 000 euros.

Certaines personnes obtiennent effectivement un visa et parviennent à se rendre en Allemagne. Ce n'est qu'à ce moment-là, qu'elles se rendent compte que le contrat de travail est un faux. C'est ce qui est arrivé à Alia. Arrivée en Allemagne, elle réussit à passer au travers des radars des autorités, mais faute de documents en règle, elle se retrouve dans l'incapacité de louer un appartement et de trouver un emploi stable. Elle décide d'investir l’argent qui lui reste dans des cours d’allemand pour obtenir un niveau B2.

Alia se remet ensuite à chercher du travail, cette fois dans le domaine de la santé. Elle affirme avoir été exploitée par son premier employeur, qui avait eu vent de la précarité de sa situation et de son passeport arrivé à expiration.

Alia trouve ensuite un autre emploi, stable cette fois, grâce à ses qualifications et son niveau de langue.

La fraude a de multiples visages

Hassan Mohafid, consultant au ministère allemand du Travail, note qu’en Allemagne, il est tout à fait légal de travailler comme recruteur afin de trouver des personnes capables d’occuper des postes à pouvoir dans les entreprises allemandes. Ces intermédiaires sont payés par l'opérateur qui recherche de la main-d'œuvre.

Hassan Mohafid déplore toutefois que certains recruteurs exigent des sommes exorbitantes aux demandeurs d'emploi marocains, poussant certains à vendre des biens ou à contracter des emprunts. 

Quant aux agents escrocs, Hassan Mohafid précise qu’il s’agit de personnes vivant généralement au Maroc ou en Allemagne, et qui prétendent à tort avoir un bon réseau et de bonnes relations dans les deux pays, notamment avec les autorités et auprès des consulats. Ces agents rédigent généralement de faux contrats qu’ils vendent au Maroc, ou affirment avoir trouvé un contrat alors que leur recherche n’a pas encore abouti. Selon Hassan Mohafid, ces agents escrocs dirigent souvent des écoles de langue privées.

Ces écoles garantissent à ceux qui veulent apprendre l’allemand que la réussite des examens leurs permettra de remplir les conditions requises pour trouver une contrat de travail en Allemagne. Ils font ainsi miroiter une embauche immédiate après le cursus de formation.

Pour Hassan Mohafid, cette fraude a de multiples visages. Dans une récente affaire d’escroquerie, le patron d’une nouvelle entreprise en Allemagne a fait miroiter des emplois à des étrangers en échange de sommes exorbitantes, ce qui est contraire à la loi allemande. De nombreuses personnes ayant accepté l’offre ont été surprises de voir leur demande de visa rejetée. Elles attendent toujours de trouver un moyen de récupérer leur argent.

Hassan Mohafid évoque également une autre catégorie d'entreprises : celles qui proposent de véritables contrats de travail mais qui comportent des clauses comme l’obligation de travailler un certain nombre d’années pour cette entreprise et à des salaires inférieurs au salaire minimum.

Par ailleurs, les appels à candidatures ne se font pas uniquement à destination de pays en dehors de l’Union européenne. Les réseaux sociaux pullulent de fausses promesses de travail en Allemagne et visent les migrants en situation irrégulière déjà présents dans d'autres pays européens.

Des conseils pour éviter les escrocs

Hassan Mohafid a sa propre chaîne YouTube pour aiguiller et aider les personnes souhaitant venir légalement en Allemagne. Il conseille à ceux qui souhaitent venir en Allemagne pour étudier, se former ou travailler de commencer par l'apprentissage de la langue allemande et d'atteindre au moins le niveau B1 ou B2. 

Ce diplôme permettra ensuite aux étrangers de trouver une opportunité d’emploi. Le gouvernement allemand propose diverses plates-formes d'information à destination de travailleurs étrangers qualifiés. "Make it in Germany" recense par exemple les offres d'emploi et fournit des informations sur les procédures de candidature.

L'Agence fédérale allemande pour l'emploi, la Bundesagentur für Arbeit, dispose d'un service dédié aux candidats à l’étranger, le ZAV. Celui-ci fait de la mise en relation entre les candidats et des postes adaptés à leurs recherches et compétences. L’agence propose aussi de l’aide pour monter son dossier de candidature. Elle assiste également les personnes une fois arrivées en Allemagne.

*Les prénoms ont été modifiés.

 

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