Le Pakistanais Hassan Muhammad, 18 ans, a trouvé du travail en Grèce grâce à une ONG. Crédit : Florian Schmitz/DW
Le Pakistanais Hassan Muhammad, 18 ans, a trouvé du travail en Grèce grâce à une ONG. Crédit : Florian Schmitz/DW

En Grèce, les migrants, demandeurs d'asile et réfugiés sont généralement livrés à eux-mêmes, sans soutien de l'État. Ce sont souvent les ONG qui les aident à se loger, à se nourrir, à apprendre la langue ou à trouver un travail.

Hassan Muhammad passe deux longueurs de tissu sous l'aiguille de sa machine à coudre. Ses gestes sont précis, il travaille avec assurance. Le jeune Pakistanais n'a que 18 ans, mais il a malgré lui déjà accumulé beaucoup d’expérience.

Au Pakistan, Hassan a commencé à travailler dans une usine de vêtements dès l'âge de 13 ans pour aider sa famille à joindre les deux bouts. Il explique ne pas avoir été payé pendant les deux premières années - considérées comme des années de formation.

À 16 ans, même labeur. Hassan a travaillé dans des usines de textile jusqu'à 16 heures par jour, six jours par semaine, pour seulement une cinquantaine d’euros par mois. À cette précarité s’ajoute la discrimination contre sa famille, qui appartient à la minorité bengalie.

"Je n'avais aucun droit là-bas", explique Hassan. "J'ai dû partir, ma vie était en danger."

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En 2018, il rejoint la Grèce, alors qu’il est encore mineur et non accompagné. Pendant les trois premiers mois, en plein hiver, le Pakistanais passe ses nuits dans les rues d'Athènes, avant de rencontrer d’autres migrants et de trouver un hébergement. Les autorités le font passer d’un camp d’accueil à l’autre. Hassan parvient finalement à déposer une demande d’asile avec l’aide d’une ONG.

Un travailleur social l’inscrit dans un programme de logements financé par l'Union européenne à Thessalonique. C’est là que le jeune homme est mis en relation avec une nouvelle ONG, l'organisation d'aide germano-grecque Naomi, où il travaille désormais depuis six mois, avec six autres réfugiés, dans un atelier qui produit des vêtements durables. Leurs horaires sont réglementés et les salaires sont respectables.

"L'État grec m'a donné des droits et des papiers. Maintenant j'ai ce travail. J’en suis très content et cela a réglé beaucoup de mes problèmes", raconte Hassan.

"La politique grecque consiste à dissuader les migrants"

Sans l'aide des ONG, Hassan n'aurait peut-être pas réussi à régulariser sa situation. "Nous offrons aux personnes dans le besoin la possibilité de planifier leur vie en Grèce, d'envoyer leurs enfants à l'école et de s'intégrer dans la société", explique Dorothee Vakalis, la directrice de Naomi.

Désormais à la retraite, cette religieuse allemande est arrivée à Thessalonique dans les années 1970. Face à la précarité que vivent les migrants comme Hassan, elle a senti le besoin de prêter main forte. Une manière de combler le vide laissé par l'Etat, les programmes gouvernementaux étant quasiment inexistants.

"Il est de plus en plus clair pour moi que la politique grecque consiste à dissuader les migrants [de rester dans le pays]", continue Dorothee Vakalis.


Le centre de Fylakio, en Grèce continentale. Crédit : InfoMigrants
Le centre de Fylakio, en Grèce continentale. Crédit : InfoMigrants


Refoulements et prisons secrètes

Si la Grèce peut se vanter de son sens de l’hospitalité pour les touristes, le pays est en effet moins accueillant pour les demandeurs d’asile et les réfugiés. Une récente enquête de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et du groupe de recherches Forensic Architecture, basé à l’université de Londres, a montré la violence avec laquelle les autorités grecques repoussent les migrants à sa frontière avec la Turquie.

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Ceux qui parviennent à demander l'asile ne sont guère mieux lotis. Dans une lettre ouverte publiée fin octobre dernier, 27 organisations de défense des droits de l'Homme ont affirmé que près de 60 % des personnes vivant dans des camps de réfugiés financés par l'UE en Grèce n’avaient plus accès à une aide financière ou matérielle. Les personnes concernées sont des demandeurs d’asile déboutés mais aussi des migrants ayant obtenu le statut de réfugié.

En vertu d'une loi adoptée début 2020, ces derniers n'ont droit à aucune forme d'aide en Grèce, y compris dans les centres d'hébergement. Beaucoup décident de poursuivre leur route vers l’ouest pour déposer une deuxième demande d’asile dans un autre pays de l’UE, ce qui est illégal.

Demander l'asile, une mission quasi impossible

Mobile Info Team, une autre organisation d'aide basée à Thessalonique, fait partie de ceux qui dénoncent la politique d’asile menée par Athènes, car elle rend la procédure de demande d’asile inaccessible à de nombreux migrants.

Par exemple, le système qui prévoyait la prise d’un premier rendez-vous via le service de visioconférence Skype, a été supprimé. Déposer une demande d’asile en Grèce continentale, à Athènes ou Thessalonique par exemple, n’est actuellement plus possible. Toute demande de régularisation doit être déposé dans le centre d’accueil et d’identification de Fylakio, près de la frontière avec la Turquie.

Or, selon Mobile Info Team, ce centre à l’extrême nord-est de la Grèce est impossible à atteindre pour la plupart des migrants, d'autant qu'ils craignent d'y être expulsés vers la Turquie voisine.

"Le nouveau système, lorsqu'il sera opérationnel, forcera les gens à se rendre dans des centres d'accueil et d'identification, ce qui va les couper de la population grecque et les empêcher de s'intégrer dans leurs nouvelles communautés", estime Corinne Linnecar, de Mobile Info Team.

Auteur : Florian Schmitz

Source : dw.com

 

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