À Calais, les membres d'un collectif d'aide aux migrants occupaient une barre d'immeuble vide dans l'espoir d'y loger des exilés à la rue. Crédit : Twitter @Calaislogement
À Calais, les membres d'un collectif d'aide aux migrants occupaient une barre d'immeuble vide dans l'espoir d'y loger des exilés à la rue. Crédit : Twitter @Calaislogement

À Calais, des militants qui occupaient depuis plusieurs jours un immeuble désaffecté ont été expulsés vendredi matin des lieux par les forces de l'ordre. Ils espéraient en faire un squat où loger une partie des centaines de migrants à la rue, en plein hiver.

Le Raid est intervenu vendredi 11 février pour assurer l'évacuation d'un bâtiment non loin du centre de Calais, occupé depuis plusieurs jours par le collectif "Calais logement pour toustes" dans l'espoir d'en faire un squat. 

Plus d'une dizaine de policiers ont été déposés par hélicoptère sur le toit de cet immeuble social désaffecté. Les militants se trouvant à l'intérieur, probablement alertés par le bruit, avaient déjà "quitté les lieux" à l'arrivée des forces de l'ordre, a précisé dans un point de presse le directeur départemental de la sécurité publique Benoît Desferet.

Cette évacuation intervient après plusieurs jours de tensions entre militants et forces de l'ordre au pied de cet immeuble. Depuis mardi, la police interdisait l'accès du bâtiment, empêchant le ravitaillement des occupants. L'électricité, rétablie un temps, avait par ailleurs été coupée, selon une militante contactée par InfoMigrants mardi. Les squatteurs avaient alors dénoncé "un siège" des forces de l'ordre.

Les membres de ce collectif réclament un meilleur traitement des migrants, le respect du droit au logement et la "liberté de circulation". Ils espéraient loger dans cette barre d'immeuble vouée à la démolition une partie des centaines d'exilés qui vivent dans des camps sauvages à Calais, alors que le plan Grand froid, permettant d'ouvrir des hébergements d'urgence, n'a pas été activé cet hiver.

"De la mise en scène des autorités publiques"

Selon la préfecture, toutefois, cet immeuble est "vétuste et particulièrement dangereux". La police est intervenue après une décision de justice ordonnant l'évacuation, sur une demande en référé du bailleur social Terre d'Opale Habitat auprès du tribunal de Boulogne-sur-Mer, ont précisé les services de l'État. "La zone restera gardée par les forces de l'ordre pour repousser toute tentative de réinstallation", ont-ils ajouté.

Suite à cette évacuation, une personne a été interpellée pour vérification d'identité, a encore indiqué Benoît Desferet. Trois jeunes hommes et une jeune fille, dont un ressortissant belge, étaient aussi en garde à vue vendredi, interpellés jeudi soir pour violences sur personnes dépositaires de l'ordre public, a précisé le parquet de Boulogne-sur-Mer. Des "groupes d'individus" avaient alors "pris la police pour cible en jetant des projectiles", selon la préfecture.

>> À (re)lire : Mettre à l'abri les mineurs isolés de Calais : un défi quotidien

De leur côté, les militants s'étonnent des moyens "dignes d'une opération antiterroriste" mis en place pour leur expulsion. "Nous essayons de faire respecter le droit au logement. Il y a un immeuble laissé vide depuis un an alors que 1 500 personnes dorment dehors, et on fait venir un hélicoptère pour expulser les gens !", s'insurge une membre du collectif, contactée par InfoMigrants, qui préfère garder l'anonymat. "Tout est exagéré, tout est fait de manière disproportionnée, c'est de la mise en scène des autorités publiques. C'est Calais, quoi."

À Calais, où se concentrent nombre de migrants tentant de passer en Angleterre, une stratégie dite "zéro point de fixation" est menée de manière stricte. Les centaines de candidats à l'exil sont régulièrement délogés de leurs campements de fortune par la police, et voient parfois leurs tentes lacérées et leurs biens confisqués.

Dans ce contexte, la formation de squats, très réprimée, est rarissime. Une maison inhabitée de la ville est toutefois en cours d'occupation. Elle a été investie par les membres du collectif la semaine dernière, en même temps que la barre d'immeuble. "Pour l'instant, la maison tient le coup", assure la même source au sein du groupe de militants, affirmant que "les résidents" ont pu dialoguer avec le propriétaire des lieux. "Ils sont en train de nettoyer, d'en faire un bel espace de vie."

 

Et aussi