Un avion de la compagnie Royal Air Maroc lors de son chargement sur le tarmac de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. Crédit : WikimediaCC
Un avion de la compagnie Royal Air Maroc lors de son chargement sur le tarmac de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca. Crédit : WikimediaCC

Le 7 février, les vols commerciaux ont repris entre le Maroc et l'Espagne. Madrid espère bien profiter de la réouverture des liaisons aériennes pour reprendre les vols de rapatriements de migrants marocains depuis son archipel des Canaries. Près de 23 000 personnes seraient concernées.

Le déclin de la vague Omicron pourrait stopper dans leur exil des milliers de migrants marocains. Selon des sources policières interrogées par le quotidien espagnol El Pais, l'Espagne espère reprendre "immédiatement" les expulsions, alors que les vols commerciaux entre Madrid et le royaume chérifien ont repris le 7 février dernier.

Le ministère de l’Intérieur espagnol n’a pas confirmé cette information, mais une note du Commissaire général à l'immigration et aux frontières, à laquelle El Pais a eu accès, assure que la police est "déjà prévenue et préparée" pour la reprise des vols de rapatriement.

Les migrants marocains expulsés partiraient des Canaries, pour atterrir à Laâyoune, au Sahara occidental.
Les migrants marocains expulsés partiraient des Canaries, pour atterrir à Laâyoune, au Sahara occidental.


Le document affirme d'ailleurs qu’avec l’ouverture de l’espace aérien marocain, "les expulsions [...] pourront reprendre". La décision pourrait concerner 23 000 personnes, elles seraient expulsées des îles Canaries, à destination de Laâyoune.

Les vols de rapatriement des exilés marocains sont suspendus depuis avril 2021, pour raison sanitaire. Le trafic maritime de passagers, lui, est suspendu depuis mars 2020. Et les frontières avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont elles aussi toujours fermées.

Quatre vols par semaine, de 80 passagers

Si la reprise des expulsions est officiellement confirmée, ses conditions pourraient être similaires à celles déjà appliquées par le passé, explique le journal espagnol. Celui-ci prévoyait quatre vols hebdomadaires, assurés par la compagnie Royal Air Maroc, avec 20 exilés à bord. Soit 80 personnes rapatriées par semaine, au total. Les migrants marocains partaient des Canaries, mais avaient été arrêtés préalablement dans d’autres régions d’Espagne. À ce rythme, il faudrait de fait cinq ans à l'Espagne pour renvoyer les 23 000 Marocains interceptés, souligne le média EC Saharaui.

>> À (re)lire : Ceuta : un tribunal suspend les renvois de mineurs vers le Maroc

Malgré la volonté affichée de Madrid pour la reprise des expulsions, le processus pourrait tout de même prendre plus de temps que prévu. Car de son côté, le Maroc n’est pas pressé. D’après El Pais, le royaume dresse encore "des obstacles". Les stigmates de la crise diplomatique de mai dernier sont encore là. En avril 2021, l’accueil en Espagne, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario Brahim Ghali, ennemi juré du Maroc, avait ulcéré Rabat. Peu après la brouille, plus de 10 000 migrants étaient entrés à Ceuta, en grande majorité des jeunes et des adolescents marocains.

Plus de 34 000 migrants entrés en Espagne l'année dernière

Au cours des quinze premiers jours de l’année 2022, près de 1 600 personnes étaient déjà entrées en Espagne via la Méditerranée (pour rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla) comme par l’Atlantique (pour rejoindre les Canaries).

Et pour toute l’année 2021, 34 000 migrants sont entrés dans le pays, d’après le ministère espagnol de l’Intérieur, soit 23,7 % de plus qu'à la même période de 2020. Si certains sont arrivés sans encombre, beaucoup d’exilés ne survivent pas à la traversée. L'an dernier, 4 404 migrants sont morts ou ont disparu en mer en tentant de rejoindre l'Espagne, soit deux fois plus qu'en 2020, le pire bilan depuis 2015.

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De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a dénombré au moins 1 176 morts ou disparus en 2021 dans la traversée vers les Canaries. Les corps de la grande majorité d'entre eux (94 %) ne sont jamais retrouvés et ils sont donc considérés comme disparus.

 

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