Des migrants tentent de monter dans un bateau gonflable pour traverser la Manche. Image d'illustration. Crédit : Reuters | 
Des migrants tentent de monter dans un bateau gonflable pour traverser la Manche. Image d'illustration. Crédit : Reuters | 

Les embarcations utilisées par les migrants pour traverser la Manche sont de plus en plus souvent achetées en Chine avant d'être importées en Europe de l'Est puis acheminées sur le littoral, selon le ministère de l'Intérieur britannique. Les restrictions concernant les achats de bateaux gonflables seraient à l'origine de ces nouveaux procédés de la part des passeurs.

D'où viennent les embarcations dans lesquelles montent les migrants pour tenter de traverser la Manche ? Selon l'agence de l'immigration du Home office (ministère de l'Intérieur britannique), ces canots viendraient de plus en plus souvent de Chine. "L'approvisionnement en bateaux pneumatiques rigides, en moteurs et en équipements maritimes est devenu beaucoup plus difficile en Europe du Nord", a souligné David Fairclough, de l'équipe d'enquête criminelle et financière de l'agence, cité, lundi 21 février, par le Daily Mail.

"Nous avons même des preuves qu'ils sont achetés en Chine avant d'être importés en Europe de l'Est. Les bateaux eux-mêmes font l'objet de contrebande", a-t-il ajouté.


Un bateau abandonné sur une plage du nord de la France, en août 2019. Image d'illustration. Crédit : préfecture de la Manche et de la mer du Nord
Un bateau abandonné sur une plage du nord de la France, en août 2019. Image d'illustration. Crédit : préfecture de la Manche et de la mer du Nord


La taille des bateaux aussi a évolué. Alors qu'ils ne transportaient auparavant qu'une dizaine de personnes, certains ont maintenant plus d'une vingtaine de migrants à bord. Pour David Fairclough, cette hausse de la taille des bateaux correspond à la volonté des trafiquants de "maximiser [les profits sur] chaque traversée". "Nous avons également assisté à des tentatives de création de navires plus grands. Les trafiquants réunissent deux bateaux en un seul."

Selon l'enquêteur, les passeurs parviendraient à convaincre les exilés de monter à bord de ces dangereuses embarcations en leur faisant croire que les passages seront encore plus difficiles après l'adoption de la nouvelle loi britannique sur l'asile, actuellement encore en cours d'examen au Parlement.

Cette stratégie s'est également accompagnée d'une hausse des prix des traversées, "passés de 2 000 livres à 4 500 ou 5 000 livres [soit d'environ 2 400 à 5 300 ou 5 900 euros] au cours du dernier trimestre".

Achats de bateaux surveillés

Depuis 2018 et la hausse des tentatives de traversées de la Manche, l'acquisition et la vente des bateaux gonflables sont de plus en plus surveillées en Europe. En 2019, un réseau franco-belge de trafic de bateaux avait été démantelé dans le Pas-de-Calais. Le dirigeant d’une entreprise de vente de bateaux d'occasion pour l’un d’entre eux et un chauffeur de taxi avaient été arrêtés. Ces deux résidents de Belgique et de Calais avaient vendu quelque 39 embarcations entre octobre 2018 et mars 2019, selon les enquêteurs de la brigade mobile de recherche de Lille.

En décembre dernier, un mois après le naufrage qui a coûté la vie à 27 personnes, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait évoqué, lors d'une audition au Sénat, d'interdire l'achat de bateaux en liquide. "On pourrait imaginer des facturations obligatoires sur ces achats de bateaux. Des paiements qui ne pourraient pas être en liquide mais des paiements par carte bleue ou virements. Ça nous permettrait de remonter les réseaux, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", avait-il déclaré.

Limite d'achat de carburant

Pour tenter de freiner les départs, la préfecture du Pas-de-Calais avait, de son côté, décrété, en juillet 2021, des restrictions sur la vente de carburant. "La vente et l’achat de plus de 10 litres de carburant – essence ou gazole – dans des récipients transportables" sont désormais interdits la communauté d’agglomération Grand Calais Terre et Mers, les communautés de communes Terre des Deux Caps, de la région d’Audruicq, Pays d’Opale, la communauté d’agglomération du Boulonnais et celle des Deux baies en Montreuillois.

Interrogée par La Voix du Nord sur la possibilité d'une interdiction de la vente des bateaux gonflables, la sous-préfète de Calais, Véronique Deprès-Boudier, avait pointé la difficulté d'"encadrer juridiquement" une interdiction de vente d’embarcations légères. "Vendu aussi par les grandes surfaces", ce genre de matériel se trouve facilement "sur les plateformes de vente en ligne", soulignait-elle.


Deux embarcations abandonnées dans les dunes, derrière la plage de Wimereux, en septembre 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Deux embarcations abandonnées dans les dunes, derrière la plage de Wimereux, en septembre 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants


Face à l'ampleur du phénomène des traversées en "small boats", le magasin d'articles de sport Décathlon avait, lui, annoncé, en novembre, mettre fin à la vente des kayaks à Calais.

Les traversées de la Manche ont atteint un record en 2021, avec le passage de 28 000 migrants vers les côtes britanniques. Dans le même temps, le nombre de personnes naufragées prises en charge par les autorités françaises ont triplé : on comptait 1 002 migrants en 2021, contre 341 en 2020, soit une augmentation de 194 %.

 

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