Un soldat à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Crédit : Reuters
Un soldat à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Crédit : Reuters

La police polonaise a déclaré lundi avoir découvert un nouveau corps près de sa frontière avec la Biélorussie : un Yéménite de 26 ans. Au cours des six derniers mois, au moins 19 personnes ont été retrouvées mortes dans cette zone. Tous sont soupçonnés d'être des migrants.

C'est une nouvelle découverte macabre dans la région frontalière entre la Pologne et la Biélorussie. Le corps sans vie d'un homme a été retrouvé dans une zone marécageuse et difficile d'accès dans l'Est de la Pologne, tout près de la frontière avec la Biélorussie, a déclaré un porte-parole de la police polonaise lundi 21 février.

Selon le passeport découvert sur l'homme, il s'agit d'un Yéménite de 26 ans. 

Outre la nationalité du défunt, la localisation de cette découverte, à seulement trois kilomètres de la frontière, semble indiquer que cette personne était un migrant.

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Au cours des six derniers mois, au moins 19 corps de migrants ont été trouvés dans cette zone frontalière entre les deux pays, selon le quotidien britannique The Guardian. La plupart d'entre eux sont probablement morts de froid. Des associations craignent cependant que le nombre de morts soit encore plus élevé. 

Dans cette région, où la Pologne a débuté la construction d'un mur de 186 kilomètres pour empêcher les entrées illégales, la présence policière et l'arsenal anti-migrants sont conséquents. Les refoulements illégaux sont aussi légion dans la zone : les forces polonaises et biélorusses sont régulièrement accusées de violences envers les exilés qui tentent de fouler le sol européen.

État d'urgence

Des milliers de personnes - hommes, femmes, enfants - cherchant à entrer dans le pays coûte que coûte se retrouvent donc parfois à errer dans les forêts, par des températures glaciales pour échapper à la vigilance des forces de sécurité.

Depuis le mois de septembre, l'état d'urgence instauré par Varsovie à la frontière empêche toute ONG d'accéder aux exilés, et de leur fournir eau, nourriture, et vêtements chauds. Dans un entretien au journal polonais Wyborcza, le médecin italien Pietro Bartolo, connu pour son action en faveur des migrants à Lampedusa, dénonçait en décembre "le climat de terreur et d'intimidation" qui règne en Pologne. "Les gens ont même peur de simplement donner une bouteille d'eau à ceux qui en ont besoin", avait-il raconté.

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Début décembre, une femme irakienne, très affaiblie par les conditions de vie en pleine nature, est morte après une fausse couche. En novembre, un enfant d’un an, originaire de Syrie, est lui aussi mort à la lisière entre la Pologne et la Biélorussie. Il avait été trouvé par une ONG locale, en pleine nuit, aux côtés de ses parents blessés. La famille se terrait dans la forêt depuis un mois et demi.

Depuis mai 2021, des milliers de migrants tentent d'atteindre la Pologne, la Lituanie et la Lettonie - tous membres de l'Union européenne - via la Biélorussie. Cependant, les arrivées se sont taries ces dernières semaines.

Les pays occidentaux accusent Minsk d'avoir orchestré cet afflux aux frontières de ces trois pays afin de se venger de précédentes sanctions imposées pour punir la répression brutale d'un mouvement de contestation contre le régime d'Alexandre Loukachenko, en 2020.

 

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