Une femme et son enfant attendent de pouvoir passer en Pologne depuis l'Ukraine, jeudi 24 février. Crédit : Reuters
Une femme et son enfant attendent de pouvoir passer en Pologne depuis l'Ukraine, jeudi 24 février. Crédit : Reuters

Environ 100 000 personnes ont fui leur foyer en Ukraine et des milliers ont quitté le pays, a annoncé le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés, jeudi. En Hongrie, des files d'attente se sont formées aux poste-frontières. En Pologne, neuf centres d'accueil s'apprêtent à ouvrir en urgence.

Les départs ne se sont pas fait attendre. Dès le début de l'invasion russe en Ukraine, jeudi 24 février, des milliers d'Ukrainiens ont pris la route, en voiture et même parfois à pied, pour fuir les bombardements et les combats.

L'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé qu'il y avait déjà au moins 100 000 déplacés à l'intérieur du pays.

Plusieurs milliers d'Ukrainiens ont, par ailleurs, rejoint des pays voisins en quelques heures, principalement la Moldavie et la Roumanie, a déclaré Shabia Mantoo, porte-parole du HCR, précisant que ces chiffres avaient été établis à partir d'informations recueillies par les autorités nationales, le personnel de l'agence onusienne et les agences partenaires.

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Ces chiffres pourraient largement enfler au cours des prochains jours. Jusqu'à cinq millions de personnes pourraient chercher à se réfugier à l'étranger, ont estimé, vendredi, les agences spécialisées des Nations unies. En cause, notamment, le fait que le carburant, l'argent liquide et les équipements médicaux commencent déjà à manquer dans certaines régions d'Ukraine.

"Nous ne voulons pas vivre aux sons des sirènes"

À la frontière hongro-ukrainienne, longue de 140 kilomètres, de longues queues de véhicules se sont formées aux cinq points de passage, jeudi, a déclaré la police hongroise.

"Tous ceux qui le peuvent fuient à l'étranger", a commenté Krisztian Szavla, un Ukrainien rencontré par l'AFP, qui cherche à quitter le pays avec sa femme et sa petite fille et à entrer en Hongrie. "Nous ne voulons pas vivre ce que nos amis et compatriotes subissent dans l'est du pays, nous réveiller aux sons des sirènes, à chaque bombardement russe", confie Krisztian Szavla. "Je refuse que mon enfant grandisse sans père", ajoute-t-il, expliquant qu'il ne voulait pas être enrôlé dans l'armée.


Une famille ukrainienne arrive en Hongrie, jeudi 24 février, près de la ville de Beregsurany, après avoir fui les combats. Crédit : Reuters
Une famille ukrainienne arrive en Hongrie, jeudi 24 février, près de la ville de Beregsurany, après avoir fui les combats. Crédit : Reuters


"Au moins 400 ou 500 personnes" ont traversé cette frontière à pied, jeudi, selon l'agence de presse hongroise MTI. 

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, connu pour sa position dure sur l'asile, a dit s'attendre à une vague de réfugiés. Le chiffre de 600 000 personnes est évoqué.

"Nous sommes prêts à les accueillir, à relever rapidement et efficacement ce défi", a déclaré le dirigeant dans un message vidéo. Le gouvernement a annoncé le déploiement de troupes, à des fins de sécurité et d'aide humanitaire.

Neufs centres d'accueil en Pologne

Du côté de la frontière avec la Pologne, une "hausse [du nombre] de personnes voulant traverser la frontière par les passages routiers" a été constatée, a affirmé le commandant en chef des garde-frontières polonais, Tomasz Praga, tout en qualifiant la situation de "stable".

"Aujourd'hui, la circulation aux postes [sur l'ensemble de la frontière polono-ukrainienne] dans les deux sens s'élève à 29 000 personnes sur 24 heures, dont environ 15 000 entrants", a-t-il précisé.


Des personnes venues d'Ukraine attendent de pouvoir passer en Pologne, près de la ville de Medyka, jeudi 24 février. Crédit : Reuters
Des personnes venues d'Ukraine attendent de pouvoir passer en Pologne, près de la ville de Medyka, jeudi 24 février. Crédit : Reuters


La Pologne se prépare à une augmentation nette de ces passages dans les prochains jours. Neuf premiers "centres d'accueil" pour les réfugiés ukrainiens vont d'ailleurs bientôt ouvrir leurs portes, a annoncé, jeudi, le ministre polonais de l'Intérieur. 

Ces centres se trouvent à proximité des principaux postes-frontières entre les deux pays : à Dorohusk, Dolhobyczow, Zosin, Hrebenne (est), à Korczowa, Medyka, Budomierz, Kroscienko et Przemysl (sud-est).

Les arrivants pourront y trouver informations, repas, repos et aide médicale, ont assuré les responsables polonais.

Le ministère de la Santé a également indiqué que "des places sont préparées en cas de besoin d'accueillir des blessés". "Nous estimons qu'actuellement il serait possible d'accueillir quelques milliers de patients. La Pologne dispose d'un stock nécessaire de médicaments", a assuré le ministère dans un message transmis à l'AFP. 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, quelque 200 personnes venues d'Ukraine ont trouvé refuge dans la gare de Przemysl, ville du sud-est de la Pologne, à quelques kilomètres de la frontière. Il s'agissait en majorité de femmes et de dizaines d'enfants. 

La Roumanie "pas préparée"

Côté roumain, plusieurs centaines de personnes, notamment des femmes accompagnées d'enfants, ont franchi le poste-frontière de Sighetul Marmatiei (nord), d'après des images retransmises par les télévisions. 

"La plupart d'entre eux se renseignent sur les moyens de se rendre en Pologne ou en République tchèque", a déclaré le maire de la ville, Vasile Moldovan.


Des personnes traversent la frontière entre l'Ukraine et la Roumanie, au niveau de la ville de Siret, jeudi 24 février. Crédit : Reuters
Des personnes traversent la frontière entre l'Ukraine et la Roumanie, au niveau de la ville de Siret, jeudi 24 février. Crédit : Reuters


Car la Roumanie, un des pays les plus pauvres de l'Union européenne, "n'est absolument pas préparée", estime Flavius Ilioni-Loga, responsable d'une ONG d'aide aux réfugiés.

"Comment les autorités vont-elles faire pour mettre en place tout ce qui relève de l'assistance humanitaire ? Qui va leur fournir la nourriture et les médicaments nécessaires ?", s'inquiète-t-il. "Et ce sans même parler d'une intégration à long terme, qui implique l'accès à un emploi, à un logement social ou à une école pour les enfants".

La Police des frontières roumaine a déjà constaté une hausse du nombre d'arrivées, recensant quelque 5 300 personnes, contre 2 400 la veille.

 

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