Image d'archives du démantèlement d'un camp de Grande-Synthe. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Image d'archives du démantèlement d'un camp de Grande-Synthe. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants

Le camp de Grande-Synthe, où vivaient près de 200 personnes, a été démantelé, jeudi, par les forces de l’ordre. Des tractopelles ont détruit les tentes et les effets personnels des migrants. Après le passage des autorités, il ne restait plus rien dans le campement.

Jeudi 24 février au matin, environ 200 CRS ont investi le campement de Grande-Synthe où 180 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient élu domicile depuis plusieurs mois. Les tractopelles déployés par les autorités ont balayé les tentes, les couvertures et les sacs de couchage des exilés.

Selon le collectif Human Rights Observers (HRO), 177 tentes ont été détruites lors de cette opération, puis jetées dans des bennes à ordures. "Le lieu de vie a été complètement démoli", s’insurgent les militants sur Twitter.

Les gendarmes ont également saisi une cuve à eau, installée par l’ONG Roots pour les personnes installées sur ce terrain vague, situé proche d'une ligne de chemin de fer désaffectée. Une seconde cuve a été laissée sur les lieux par les forces de l’ordre.

D’après Utopia 56, seulement une quarantaine de migrants ont pris place dans des bus et ont été envoyés dans les centres d’accueil du département. InfoMigrants n’a pas pu vérifier ce chiffre, la préfecture du Nord ayant refusé de répondre à nos questions.

Les affaires des migrants "minutieusement saisies"

Quelques minutes après le départ de la police, une centaine de personnes, restée à distance pendant le démantèlement, se sont réinstallées au même endroit. "Une nouvelle évacuation qui ne sert à rien, à part à harceler les gens", peste Marie Chapelle, coordinatrice d'Utopia 56 à Grande-Synthe, contactée par InfoMigrants. "Ici, c’est le show de la cruauté", renchérit HRO.

Cette opération intervient après 10 jours de tempête dans la région, durant laquelle nombre d’exilés ont tout perdu. "Le vent a abimé beaucoup de tentes, peu de choses ont résisté", précise Marie Chapelle. Jeudi matin, si les bourrasques s’étaient éloignées du secteur, des trombes d’eau sont tombées sur Grande-Synthe. "Les migrants se sont retrouvés sous la pluie, ne pouvant plus s’abriter sous leur tente", insiste la responsable d’Utopia.

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Le campement de Grande-Synthe avait déjà été évacué le 13 janvier, avec le même mode opératoire. Au moins 149 tentes et bâches, ainsi que 88 couvertures avaient déjà été détruites par les pelleteuses. "À la fin, il ne reste plus rien", s’était insurgée une militante du collectif.

Jeudi matin, un autre camp, plus petit, a également été démantelé par les autorités à Grande-Synthe. Environ 40 personnes, qui vivaient près d'un ancien vélodrome, ont été chassées. Là encore, les exilés n'ont pas pu récupérer leurs effets personnels et leurs abris.

À Calais aussi, une soixantaine de migrants ont été expulsés du camp du Virval, jeudi matin, et forcés de "monter dans les bus qui les éloignent de la frontière", signale HRO. Comme à Grande-Synthe, les affaires des habitants ont été "minutieusement saisies".

Des faits qui ne sont pas sans évoquer la polémique sur les tentes lacérées et la destruction des affaires des migrants qui avait éclaté quelques jours après le naufrage dans la Manche qui a coûté la vie à 27 personnes, en octobre dernier. Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti avait alors assuré qu'il n'y avait pas "d'ordre gouvernemental pour lacérer des tentes". "Vous vous rendez compte de ce que l’on suggère ? Que l’on pourrait, comme ça, impunément lacérer des tentes, qu’on l’encouragerait et qu’on ne distribuerait pas des vivres à ces migrants ?", avait-il déclaré sur France 5.

 

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