Le CRA a une capacité de 140 places. Crédit : capture d'écran/Youtube
Le CRA a une capacité de 140 places. Crédit : capture d'écran/Youtube

Un incendie s'est déclaré lundi en fin de journée dans l'enceinte du centre de rétention administrative de Lyon, où sont enfermés des étrangers en attente de leur expulsion. Deux blessés graves ont dû être transportés à l'hôpital.

Un incendie s'est déclaré lundi 28 février en fin de journée dans l'enceinte du centre de rétention administrative (CRA) de Lyon, faisant plusieurs blessés parmi les dizaines de personnes retenues, selon des informations relayées par la presse locale.

Deux blessés graves ont été transportés à l'hôpital lundi soir, mais leur pronostic vital n'est pas engagé, a rapporté le quotidien Le Progrès. Plusieurs autres personnes ont par ailleurs été "intoxiquées" par les émanations de fumées sans que leur état nécessite un transport à l'hôpital, a de son côté affirmé Mimot, une représentante du collectif autonome "Anti-CRA", contactée par InfoMigrants.

L'incendie, dans cette structure où sont enfermés les étrangers en situation irrégulière dans l’attente de leur expulsion, a été qualifié de volontaire par les autorités du centre, citées par une source d'InfoMigrants. Des retenus auraient mis le feu à un matelas. Quatre personnes ont été placées en garde à vue.

En réaction au sinistre, plus de 80 pompiers ont été dépêchés sur place dans la soirée. Les retenus ont, eux, été transférés dans d'autres parties du bâtiment.

"Les choses se passent mal, il y a des disputes, des bagarres"

Le feu a par ailleurs créé un sentiment de panique parmi les retenus. "Le couloir a brûlé et on a vu de la fumée noire", explique Karim Hatira, un Tunisien de 41 ans, présent dans ce centre depuis une vingtaine de jours. "On a failli mourir."

L'origine intentionnelle de l'incendie ne l'étonne par ailleurs guère, vu la colère qui gronde parmi la population enfermée, selon lui.

"Les choses se passent mal ici. Il y a beaucoup de racisme, explique Karim Hatira. Et parmi les retenus, il y a des disputes, des bagarres."

Ce CRA lyonnais a ouvert ses portes en janvier. Il s'agit du deuxième centre de ce genre de l'agglomération lyonnaise, désormais équipée de 280 places pour les étrangers expulsables. Cette nouvelle structure, "très compartimentée" selon les acteurs associatifs qui dénoncent l'isolement des personnes à l'intérieur, est située si près de l'aéroport que "les retenus entendent les avions toute la journée, ça en est assourdissant", selon Mimot du collectif "Anti-CRA".

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Entre ses quatre murs, Karim Hatira, qui a été placé dans ce CRA après neuf mois en hôpital psychiatrique, se dit victime d'injustice. Il assure avoir perdu sa carte de séjour "vie privée et familiale" à la suite d'un divorce. "Ils [les autorités] disent que j'ai abandonné mes trois enfants, mais ce n'est pas vrai", s'insurge-t-il. Il est désormais illégal sur le territoire français, pays où il a un temps été scolarisé enfant, au gré des déplacements professionnels de son père, et où il vit depuis 2003.

"Je n'ai jamais fait de prison, je ne connaissais pas les lieux comme ça", lance-t-il.

Parallèle avec la prison

Karim Hatira n'est pas le seul à faire un parallèle entre l'univers des CRA et celui du milieu carcéral, quand bien même les retenus ne sont pas des prisonniers de droit commun. Des associations ont déjà plusieurs fois dénoncé une "carcéralisation des lieux de rétention" et une "criminalisation de l'immigration".

Ces structures sont encadrées par des clôtures et des barbelés, qui évoquent les centres de détention. De plus, comme dans les prisons, il existe des quartiers d’isolement, des cellules "d’enfermement dans l’enfermement", avait dénoncé en janvier Maud Hoestlandt, directrice des affaires juridiques de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Les personnes, qui ne sont pas informées de la date de leur expulsion, sont placées dans ces CRA sans perspective.

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À Lyon, un CRA avait déjà été incendié en 2019, rappelle Le Progrès. Dix-neuf personnes, dont 14 policiers, avaient alors été transportées à l'hôpital.

Dans certains centres, le feu a déjà été utilisé comme une arme de rébellion. En région parisienne, les retenus du CRA de Mesnil-Amelot, exaspérés par la perspective d’un enfermement sans fin en pleine pandémie de Covid-19, avaient mis le feu à un bâtiment en janvier 2021. Plusieurs sans-papiers avaient été placés en garde à vue.

 

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