800 kilomètre séparent Slubice, en Pologne, de la frontière ukrainienne  | Photo: Monika Stefanek/DW
800 kilomètre séparent Slubice, en Pologne, de la frontière ukrainienne | Photo: Monika Stefanek/DW

A frontière entre la Pologne et l’Allemagne, les habitants de Slubice se mobilisent pour faire parvenir des dons à l'Ukraine, mais aussi pour accueillir ceux qui fuient la guerre.

Dans la ville polonaise de Slubice, près de la frontière avec l’Allemagne, la boutique de vêtements d'Olena Pankiv-Bola s'est transformée en entrepôt.

Depuis que cette Ukrainienne a lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux au premier jour de l’invasion russe, des bandages, des boites de conserve, des médicaments, des couvertures, mais aussi des sacs de sable s’entassent dans son magasin. Ces dons vont être emportés par les Ukrainiens qui ont décidé de rejoindre le front pour défendre leur pays.

Certains dons sont plus inattendus que d’autres. "J'ai 10 litres de diesel, où dois-je les mettre", demande un habitant à Olena Pankiv-Bola, en empilant les réservoirs devant la boutique.

Slubice compte environ 16 000 habitants et se trouve dans l'ouest de la Pologne, à environ 800 kilomètres de la frontière ukrainienne.

Samedi dernier, les pharmacies étaient à court d'analgésiques et de kits de premiers secours. La mobilisation est telle que certaines pharmacies préparent des colis de médicaments et de bandages à l’avance pour les vendre en fonction de ce que chacun est prêt à dépenser. 


La boutique d’Olena Pankiv-Boła est ouverte sept jours sur sept depuis le début de l’invasion russe | Photo : Monika Stefanke/DW
La boutique d’Olena Pankiv-Boła est ouverte sept jours sur sept depuis le début de l’invasion russe | Photo : Monika Stefanke/DW


Certains sont venus de très loin pour déposer leurs dons. Marcin est de Poznan, à près de 200 kilomètres de Slubice. Le jeune Polonais a apporté des téléphones portables et veut dépêcher deux camionnettes à la frontière ukrainienne pour aller chercher directement les déplacés. Il a déjà trouvé les véhicules en s’organisant avec des amis. 

Un couple germano-polonais est également arrivé de Berlin après avoir vu l'appel aux dons du magasin sur internet.

"Je ne m’attendais pas à ce que mon appel déclenche une telle vague de solidarité", raconte la propriétaire. Olena Pankiv-Boła se dit très touchée par cet élan de générosité. "Certaines personnes apportent des biens, d'autres de l'argent liquide. La confiance est énorme, je suis infiniment reconnaissante."

A (re)lire également : La France met en place "des dispositifs d'accueil" pour les Ukrainiens

Une partie des dons est déjà en route pour l'Ukraine. Ils sont transportés par un groupe de 15 Ukrainiens ayant décidé de rentrer chez eux pour combattre l’armée russe.

Andriy fait partie de ce groupe. Il ne veut pas donner son nom complet et préfère ne pas être pris en photo. Andriy travaille comme chauffeur routier en Pologne depuis deux ans. Boulversé, il n’a pas dormi depuis deux jours. Sa femme et ses deux enfants se trouvent en Ukraine, près de la capitale Kiev.

"J'ai décidé de rentrer et mon patron a tout de suite accepté", explique Andriy, qui dit ne pas vraiment savoir ce qui l’attend. Le groupe veut d’abord s’arrêter à Kiev, pour tenter de déposer les dons dans les hôpitaux et chez les médecins. "Je ne peux pas vous dire ce que je ressens en ce moment. C’est tout simplement trop dur".


Des volontaires pour rejoindre les forces armées ukrainienne font la queue pour s’inscrire | Photo : Forces armées ukrainiennes via Reuters
Des volontaires pour rejoindre les forces armées ukrainienne font la queue pour s’inscrire | Photo : Forces armées ukrainiennes via Reuters


Depuis le week-end dernier, des camionnettes continuent à arriver à Slubice pour charger les dons. Un autre groupe de volontaires ukrainiens doit partir cette semaine.

A Slubice, les habitants se préparent aussi à accueillir ceux qui fuient la guerre. "Nous avons déjà hébergé une famille de six personnes", indique Mariusz Dubacki, un habitant de la ville. Il coordonne l’organisation de l’accueil chez les particuliers. "Je cherche maintenant une chambre pour trois jeunes Ukrainiens qui sont en route pour venir chez nous. En ce moment, nous avons une quarantaine de places disponibles chez des particuliers. La plupart sont disposés à accueillir des femmes et leurs enfants", explique Mariusz Dubacki.



En parallèle, les autorités municipales ont installé un premier camp d'hébergement. Selon Mariusz Dubacki, "les logements mis à disposition par la municipalité ne sont pas nécessaires pour le moment. Mais tout pourrait évoluer très rapidement."

Beata Bielecka, porte-parole du maire, ajoute que les Ukrainiens installés de longue date en Pologne pourraient également avoir besoin de soutien. Près de 3 000 Ukrainiens vivent et travaillent dans la région.

"Nous avons reçu des informations des écoles de Slubice selon lesquelles les enfants des travailleurs ukrainiens souffrent d’un stress considérable", explique Beata Bielecka. "Leurs parents sont déchirés. Ils ne savent pas quoi faire. Doivent-ils aller en Ukraine chercher leur famille, ou rester ici où ils sont en sécurité ? Ce sont des décisions dramatiques. C'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur le soutien psychologique à apporter aux élèves ukrainiens ici."


Des habitants de Slubice rassemblent des dons dans un parc de la ville | Photo : Monika Stefanek/DW
Des habitants de Slubice rassemblent des dons dans un parc de la ville | Photo : Monika Stefanek/DW


De l'autre côté de l’Oder, le fleuve qui constitue la frontière naturelle entre la Pologne et l’Allemagne, les préparatifs ont également commencé dans la ville de Francfort-sur-l’Oder pour accueillir les déplacés.

Pour l’heure, la plupart d'entre eux ont été hébergés chez des proches vivant dans d’autres régions en Allemagne. Dans le Brandebourg, la région frontalière de la Pologne, les autorités ont mis 800 logements à disposition. À long terme, elles prévoient de porter cette capacité à 10 000. Mais jusqu'à présent, la demande reste assez limitée.

Ainsi, seuls une dizaine d’Ukrainiens se trouvent au centre d’hébergement pour les demandeurs d’asile de Eisenhuettenstadt, près de Francfort, qui a été en première ligne lors de l’accueil des migrants venus de Biélorussie. En revanche, quelque 400 personnes sont arrivées à Berlin selon les autorités. Certains ont trouvé refuge chez des proches ou des amis, d’autres ont déjà déposé une demande d’asile.

A (re)lire également : "J’ai été blessé à Kharkiv, maintenant, j’essaye d’aller à Lviv" : la fuite d'étudiants étrangers en Ukraine

Les premiers déplacés ukrainiens sont également arrivés dans la région du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, notamment à Schwerin, la capitale de la région. Des hébergements ont également été mis en place à Rostock, Neubrandenburg and Stralsund.

Katarzyna Werth, conseillère municipale à Loecknitz, un village de 3 000 habitants situé à quelques kilomètres de la Pologne, estime qu’il faut construire un centre d’accueil à la frontière. "Les centres actuels sont trop loin. J’espère également qu’un numéro vert en ukrainien va être mis en place. La plupart des informations ne sont actuellement que disponible en allemand."

La police fédérale se prépare également à une importante arrivée de déplacés. Les contrôles à la frontière doivent être renforcés au niveau de Frankfurt-sur-l’Oder.


Source: dw.com

Première publication, le 2 mars 2022

 

Et aussi