Quelque 43 000 réfugiés et migrants mineurs vivent actuellement en Grèce. Crédit : InfoMigrants
Quelque 43 000 réfugiés et migrants mineurs vivent actuellement en Grèce. Crédit : InfoMigrants

Les députés de la Chambre des Lords ont voté, la semaine dernière, en faveur de l'amendement Dubs, qui autorise les mineurs non accompagnés à rejoindre des membres de leur famille installés sur le sol anglais. Une décision, parmi d'autres allant dans le même sens, qui sonne comme une cinglante défaite pour la ministre de l'Intérieur britannique Priti Patel.

Il était présenté par le gouvernement britannique comme la "plus grande refonte du système d'asile au Royaume-Uni depuis des décennies". Un an après sa présentation devant la Chambre des Communes, la réforme préparée par la ministre de l’Intérieur Priti Patel - dont l’objectif principal était de ne plus accorder les mêmes droits aux personnes entrées légalement ou illégalement dans le pays - a du plomb dans l’aile.

La semaine dernière, les députés de la Chambre des Lords en ont retoqué plusieurs propositions. Et ils ont aussi voté en faveur de l’amendement Dubs, une mesure qui autorise les mineurs non accompagnés à rejoindre leur famille sur le sol anglais, par voie sûre.

Un itinéraire légal qui servira de "bouée de sauvetage" pour "les enfants réfugiés bloqués à Calais" et pour ceux installés "dans les camps sordides en Grèce", a réagi la directrice de l’ONG Safe Passage International, Beth Gardiner-Smith, interrogée par Mirror. "Cette semaine, le gouvernement a accepté que les familles de réfugiés ukrainiens soient ensemble au Royaume-Uni […] Il doit maintenant respecter cet engagement pour les enfants réfugiés d'autres nationalités qui sont coincés seuls en Europe alors qu'ils ont de la famille ici".

Avec le Brexit, plus aucune voie sûre pour les enfants non accompagnés

"Sans passage sûr, les enfants réfugiés n'ont d'autre choix que de risquer leur vie en voyageant à l'arrière de camions ou sur des bateaux gonflables à travers la Manche pour atteindre leurs proches et leur refuge au Royaume-Uni", a-t-elle ajouté. Pourtant, l’Amendement Dubs, proposé par le député travailliste du même nom, avait été entériné par le ministre britannique de l’Immigration, Chris Philp, quelques semaines après la mise en application du Brexit, le 1er janvier 2021.

Lors d’un échange de questions-réponses entre députés du Parlement britannique, il avait avoué, sans le formuler explicitement, que Londres n’offrirait plus de route légale pour les enfants non accompagnés souhaitant rejoindre le territoire britannique. Selon le journal anglais The Independent, il s'était justifié en déclarant qu'il était "important de se concentrer sur [les réfugiés] qui sont déjà ici avant d'accepter de prendre plus d'enfants". Faire venir des jeunes depuis des pays européens sûrs créerait, selon lui, un "facteur d'attractivité".

L’autre possibilité dont disposaient les mineurs pour rejoindre le Royaume-Uni, prévue par la loi sur le regroupement familial du règlement Dublin, leur avait elle aussi été retirée. Car en sortant de l’Union européenne, le Royaume-Uni s’était soustrait, de fait, à cette loi.

Depuis janvier 2021, les enfants réfugiés non-accompagnés n’avaient donc plus aucun moyen de rejoindre le sol britannique par une voie sûre et légale. Leur restait, comme des milliers de demandeurs d’asile, à se tourner vers les passeurs et à emprunter des routes dangereuses.

>> À (re)lire : Les mineurs isolés de Calais vont-ils pouvoir aller plus facilement en Angleterre ?

Avec l’aval des Lords, l’amendement est donc de nouveau d’actualité. À sa promulgation, il y a près de six ans, il devait bénéficier à 480 mineurs isolés, qu’ils soient coincés à Calais, dans le nord de la France, ou dans les îles grecques. Les bénéficiaires de la mesure devaient soit être âgés de 12 ans ou moins, soit être âgés de 15 ou moins et avoir la nationalité soudanaise ou syrienne. L’Amendement pouvait aussi s’appliquer à leurs frères et sœurs, âgés de moins de 18 ans.

L’amendement Dubs, salué par de nombreuses ONG, doit encore être validé par la Chambre des Communes, chambre basse du Parlement britannique dans les prochaines semaines.

 

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